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OPINION

Le coronavirus: les religieux, les médias, les politiques et les scientifiques

À tour de rôle, chacun s'exprime à sa façon face à une épidémie qui ne cesse d'horripiler les habitants de planète entière. Cependant, le citoyen, décontenancé, est livré à une série de discours dogmatiques, d'informations alarmistes, de manipulation populiste et, en dernier, plus sérieuse, la précaution.

La pandémie est mondiale, elle suscite deux inquiétudes majeures : la santé des individus et celle de l'économie. Sans les avoir, ces deux, sainement, l'espèce humaine est menacée.

Chacun essaie d'imposer son propre avis dans une conjoncture d'événements que les sociétés n'ont jamais vécus à ce degré d'inquiétude. En tout état de cause, il s'agit des vies humaines, la prudence doit être prise au sérieux, car, malheureusement, il y a une négligence effarante dans les pays qui sont dominés par la pensée religieuse et le charlatanisme.

Souvent encadrés par des pouvoirs politiques illégitimes, ces moralisateurs font de l'ombre aux scientifiques pour les reléguer à un niveau inférieur. Ceux-la ont toujours de la peine à mener des campagnes de sensibilisation pour éviter une catastrophe comme celle du virus Covid-19. 

Le non-respect des consignes par des fidèles des mosquées est complètement saugrenu. Ils ont répondu aux appels de certains religieux qui font l’apologie du mensonge et de la conspiration. Aller jusqu'à attribuer cette pandémie à une punition divine, un châtiment en réponse aux divers actes commis par l'être humain qui ont provoqué la colère du Dieu, est un comportement plus que blasphématoire.  

En Algérie, le célèbre prédicateur religieux Chemseddine, un associé aux médias d'Ennahar, ne s'est pas gêné, de mettre la vie des algériens en danger en affichant son mépris face à l'épidémie. Les prêches d'Ali Benhadj, de Zitout et Djaballah dans lesquels ils dénoncent la décision de fermeture des mosquées ou de poursuivre les marches de vendredi est un phénomène sociétal qu'il faut vite éradiquer, sinon les conséquences seront désastreuses.

Avec ces errances, c’est l’absence d’une autorité politique légitime qui donne accès libre pour ce genre d'inepties. Il faut le mentionner sans détours que le système éducatif a contribué au désastre.

D'ailleurs, je suis curieux de voir une réaction de la part de ceux qui ont l'habitude de venir à leur secours, et qui sont prêts en toute circonstance leur offrir la gestion de l'État. Ces populistes qui font preuve de mansuétude et de l'apanage politique, doivent-ils faire face à cette offensive islamiste qui mène droit vers une hécatombe ?

En Iran, à voir les conséquences de telles dérives idéologiques, presque 2 000 morts, est l'une des raisons de se méfier de cette espèce d'individus qui se confondent entre la vie du moment et celle de l'éternelle. Pour mieux saisir leur fonctionnement politique pour la gestion de l'État, le budget alloué par le gouvernement iranien aux services religieux est quinze fois plus que celui de la santé. Sans surprise, pour s’en laver les mains de cette tragédie, leurs dirigeants jettent l’anathème sur les USA.

Même problème au Maroc, selon les médias de celui-ci, des salafistes ont bravé l'interdit en se rendant dans les mosquées des villes comme Rabat, Fes, Tetouan et d'autres endroits pour faire la prière malgré la menace du coronavirus. Cette agitation est l'œuvre de Cheikh Abou-al Naim, un islamiste virulent, qui a appelé à ne pas respecter les décisions de fermeture de ces lieux de cultes.

Un autre prédicateur connu sous le nom d'Omar Haddouchi, une autre figure du salafisme marocain soutient que le virus est « un soldat parmi les soldats d’Allah ».

À une certaine époque, aux environs de 14 siècles, la peste a fait des millions de victimes, et une bonne partie de la population européenne fut décimée, mais comme Jacques Attali tient à le rappeler dans sa dernière contribution (1) très intéressante: Que naîtra-t-il? Il parle de cette maladie « a participé à la remise en cause radicale, sur le vieux continent, de la place politique du religieux, et à l’instauration de la police, comme seule forme efficace de protection de la vie des gens. L’État moderne, comme l’esprit scientifique, y naissent alors comme des conséquences, des ondes de choc, de cette immense tragédie sanitaire. L’un et l’autre renvoient en fait à la même source : la remise en cause de l’autorité religieuse et politique de l’Église, incapable de sauver des vies, et même de donner un sens à la mort. Le policier remplaça le prêtre. 

Il en alla de même à la fin du 18e siècle, quand le médecin remplaça le policier comme le meilleur rempart contre la mort.

Ce qu'on peut comprendre à travers cette analyse, la société a toujours eu son dernier mot pour dénoncer les religieux. Et malheureusement, le rapport de force entre les scientifiques, les religieux et les pouvoirs autoritaires finit par donner raison aux premiers aux prix des milliers si ce n'est pas des millions de victimes.

Notre système santé et relégué au profit de l'idéologie islamiste, puisque l'État vient de dépenser des milliards de dollars pour une mosquée en plein centre Alger alors que nos hôpitaux sont dans un état lamentable. Mieux vaut prévenir que guérir.

Ce même État qui a donné un agrément au charlatan Belahmar pour une clinique spécialisée en séances de Rokia et toute sorte de pratiques qui contredisent la médecine moderne.   

Annoncer fièrement dans un scoop médiatique qu’un remède contre le coronavirus vient d’être découvert par notre scientifique national Loth Bonatiro est une supercherie qui aggrave davantage le moral d'une société qui ne sait plus à quel saint se vouer. Le comble, même le ministre de la Santé assume qu'il l'a orienté vers l'Institut Pasteur pour analyser sa demande. On se souvient de Zaïbat Toufik, un inconnu de la communauté scientifique, en 2016, ce prétendant médecin qui a réussi à duper les honnêtes gens avec l’aide d’un ministre. Il affirma, qu’il a mis sur le marché algérien un médicament dénommé rahmat rabbi pour le traitement du diabète, 

Un pouvoir qui a autorisé un médicament sans l'aval des spécialistes de la pharmaceutique et qui utilise les algériens comme de cobayes, est une complaisance pleinement assumée par l’État, une insulte pour la communauté scientifique.

La dernière décennie, soutenus par une catégorie de médias qui ne respecte ni les règles d'éthique et ni le code la déontologie, les espaces d’expressions scientifiques ont perdu beaucoup de terrain au profit des charlatans. On déplore l'absence d'une recherche scientifique qui pourrait être une valeur ajoutée l'économie nationale en établissant des ponts entre l'université et l'environnement sociétal. 

Être pris en otage, d’un côté, par un pouvoir incapable de gérer une situation de crise et de l’autre, par une catégorie de personnes très controversées dans le milieu de la pensée et de la science, est un état des lieux qui révèle l'urgence de se libérer du joug de ces deux entités.

Au Québec, la province francophone du Canada, le premier ministre, François Legault a fait des interventions remarquables au sujet des mesures à prendre contre le coronavirus. Les québécois lui reconnaissent sa droiture dans la gestion de la crise. Pour les rassurer, il a maintient son agenda avec beaucoup d'abnégation et de rigueur. Soutenu par le directeur et ministre de la Santé, en étant le politique, il n'empiète jamais dans les prérogatives des autres.

Il laisse Dr Horacio Arruda s'exprimer quand il s'agit du domaine médical, et il laisse madame Danielle McCann, quand il s'agit du domaine de la sécurité et la santé du citoyen. Il faut le souligner, les médias ont joué leur rôle convenablement pour diffuser la bonne information. C'est un modèle de gouvernance qui mérite d'être cité.

Contrairement à ce qui se passe en Algérie, au lieu de fourbir à la population les procédés de protection, Tebboune cherche, en premier lieu, à protéger le pouvoir qui l'a imposé, ensuite le citoyen. Il annonce des chiffres farfelus sur les moyens qu'il dispose le pays pour faire face à l'épidémie le Covid-19.  

Messaoudene Mahfoudh

(1) http://www.attali.com/societe/que-naitra-t-il/

Auteur
Messaoudene Mahfoudh
 

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