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"Youtubers" algériens

Le discours islamiste dilué dans le verre de la contestation !

"Islam United" est le nouveau slogan gravé sur les tee shirt de podcasters algériens. Plus qu’une marque de fabrique, c’est une entreprise fanatique  qui dissout le discours islamiste dans le verre de la contestation. Surfant sur le malheur d’un peuple abandonné par  Dieu et de ses anges, les nouveaux “contestataires” du Web n’hésitent pas à glisser entre deux phrases, le venin de l’idéologie islamiste. Effet de mode oblige, ces jeunes ne se présentent plus avec des barbes longues et des qamis, mais ils se déclinent en mode  "hip hop" en trompe-l’œil pour se fondre dans la masse d’une jeunesse dopée au culte des valeurs rétrogrades.

"Rani Ze3fan" du podcaster Anes Tina ne déroge pas à la règle que celui-ci s’est établie dès ses premiers podcasts : répandre la morale religieuse.

S’attaquer à la ministre de l’Education et condamner les orientations sexuelles de certains artistes du "raï" est un discours qui se vend bien dans les marchés informels  des «islamistes maison». Juste après la publication de son nouveau clip sur YouTube, son ami et pas moins islamiste que lui, Lotfi DK, s’occupe de la promotion et la publicité, il fait mieux qu’une maison d’édition, celui-ci totalise presque six millions de "suiveurs". En moins d’une semaine, la vidéo cartonne avec plus sept millions de vues.

Le ministre de la Communication,  dans une conférence de presse, dans la posture d’un « shérif » en mal de virilité et sous sa moustache grisée par la servilité à un système qui se présente souvent comme tuteur illégitime d’un peuple qu’il considère toujours mineur, frise le ridicule en taclant le youtuber sur une préposée somme d’argent grasse qu’il toucherait de l’entreprise YouTube, au lieu de condamner ce « prosélytisme » New tendance.

Un autre facebookeur très suivi, lui  aussi, par une jeunesse en mal de repères,  le très controversé AmirDZ, cauchemar de la jet-set du régime, ne se gêne pas de publier un message qui fut le slogan du FIS dans les années 90 : « Ya Belhadj, Ya Abbas El Djabha Rahi labes » ( Ô Belhadj, Abassi, le front se porte bien). Un message d’allégeance aux deux dirigeants du parti dissous. Parrainé et couvé par l’opposant des plateaux télé, Larbi Zitout, porte-parole du mouvement «  Rachad » d’obédience islamiste et regroupant quelques ténors de l’ex-FIS comme Mourad Dhina, Amir ne se refuse rien et n’épargne personne, de la petite Numidia Lezoul, coqueluche de la télé réalité version algérienne, au patron du redoutable DRS Bachir Tartag, en passant par les ministres et les officiers moins gradés.

Contradiction et hypocrisie

Derrière ces vidéos qui sentent parfois la poudre, ces nouveaux prédicateurs du web répandent la “bonne parole”. Ils citent comme références les exégètes musulmans qui prennent toujours la femme pour cible, la tenant pour responsable des tremblements de terre, des ouragans et d’autres phénomènes naturels que ces hurluberlus expliquent comme la colère de Dieu contre ces jeunes femmes qui s’exhibent en tenues légères dans nos villes. Pourtant,  ils ne se gênent pas à réaliser leurs montages vidéos avec de belles filles non voilées comme le cas de Tina, de se prendre en photos avec elles en bikini dans des complexes touristiques comme le cas du producteur de son dernier podcast. Lotfi DK quant à  lui chauffe les pistes des boîtes branchées à Paris comme à Montréal.  Amir, de son côté se fait photographier avec des  bouteilles de bière, de belles blondes et dans ses interventions, il parle souvent en employant un langage très vulgaire.

Pourquoi donc ces jeunes qui veulent aussi vivre leur époque, voyager, posséder une belle voiture, une belle copine, une belle maison font-ils la promotion d’une idéologie qui leur interdit tout cela ? Que cachent-ils derrière ces discours dénonciateurs des pratiques du régime mais empreints d’une religiosité éculée ?

Est-ce l’expression d’une hypocrisie originelle qui frappe nos jeunes, tiraillés entre le désir de savourer les  caprices de la vie et la peur du jugement dernier, ou bien ont-ils juste compris que la société est profondément aliénée par la religion qu’ils jouent sur cette fibre sensible pour cumuler plus de fans et de suiveurs ?

Échec de l’opposition virtuelle

Les dernières élections locales ont signé l’échec de l’opposition virtuelle. Malgré les millions de suiveurs des pages de ces bloggeurs précités, une grande partie de la population est allée voter, nonobstant les soupçons de fraude et les appels incessants de la blogosphère à boycotter ces échéances électorales.

Maintenant que les funérailles politiques sont terminées, la souveraineté populaire ensevelie dans un linceul de honte, il va falloir repenser la philosophie et la pratique politique, se réapproprier  les espaces de débat et revenir aux fondamentaux, pas en restant embusqué avec un pseudo derrière un clavier mais dans la rue ou les espaces de possibles débats à visage découvert.

Auteur
Salim Chait