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DEBAT

Le drapeau amazigh, un emblème trans-national

Comme chacun le sait, l’émigration algérienne a été le fer de lance du mouvement national pour l’indépendance algérienne mais aussi pour le combat pour l’amazighité.

Il est donc naturel que l’étendard de l’identité nord-africaine naisse au sein de cette immigration à majorité kabyle. C’est un étendard voulu fédérateur incluant la Méditerranée c’est-à-dire l’ancienne Berbérie (Tamazgha).

Au lendemain des indépendances des pays nord-africains, l’identité amazighe a été occultée et réprimée et l’histoire des populations amazighs totalement travestie. C’est pourquoi une structure a été fondée à Paris en 1969 appelée
"Agraw Imazighen" (Académie Berbère de Paris). Elle avait pour but de lutter pour le recouvrement de droits des Amazighs.

C’est autour de Bessaoud Mohand Arab qu’un groupe de militants déterminés a eu l’idée de créer un emblème fédérateur symbolisant l’identité occultée par les pouvoirs des pays post-indépendants de l’Afrique du Nord.

Le choix des couleurs pour cette bannière avait été, à cette époque-là, opéré suite à plusieurs débats entre certains militants.

L’option a été pour un bleu, vert et jaune. Le bleu représente la côte méditerranéenne, le vert la bande fertile de la région et le jaune le territoire saharien. Enfin un Aza (Z en tifinagh) de couleur rouge a été rajouté au centre pour signifier à la fois le sang donné pour que vivent libres les peuples de cette région et pour donner la note nécessaire à son identité ancestrale amazighe.

Le drapeau n’a pas été rendu public tout de suite pour des raisons de sécurité. Le climat politique dans les deux pays, France et Algérie, n’était pas propice en ce temps-là comme ça ne l’était pas non plus dans les pays voisins où les militants amazighs étaient pourchassés notamment au Maroc et en Libye.

Les responsables et les militants d’Agraw Imazighen ont joué la prudence, considérant les intérêts politiques du pays d’accueil trop liés à ceux du pays d’origine. Les services secrets des deux pays travaillaient la main dans la main pour étouffer, voire éradiquer le fait amazigh qui regroupait l’opposition au régime en place.

Et pour rendre à César ce qui appartient à César et… l’Afrique aux Africains, c’est Ahmed Hadj Ali, connu sous le pseudonyme de Hmed U Mechras, qui a acheté les premiers tissus au marché Saint-Pierre dans le 18ème arrondissement de Paris, pour fabriquer cet emblème devenu depuis la propriété de tous les Nord-Africains.

Par ailleurs, le militant Mouloud Kaneb qui est plus qu’un témoin, détient lui-même à ce jour l’un des drapeaux originaux confectionnés dans les années 1970.

Toutefois, il faut rajouter pour mémoire que dans les années 1970, le restaurateur Mouloud Manseri – rue Marcadet, dans le 18ème arrondissement de Paris- arborait déjà ce drapeau dans son restaurant et composait également la carte de son menu en alphabet tifinagh.

La première fois que cet étendard avait été exhibé publiquement, c’était lors des obsèques de feu Maître Ali Mecili assassiné par la Sécurité Militaire algérienne le 7 avril 1987.

Par la suite, d’autres associations à caractère amazigh ont continué sa promotion à travers l’Afrique du Nord tels que l’association Tamazgha dirigée par Masin Ferkal, le Congrès Mondial Amazigh, l’association Afus Deg ufus de Roubaix fondée par un membre actif d’Agraw Imazighen, Mohand-U-Ramdane Khacer.

Ce drapeau, avec tout le succès qu’il a eu, a le grand mérite de contrer symboliquement les fossoyeurs de l’unité Nord-africaine telle que voulue par les fondateurs de l’Etoile Nord-africaine initiée par Imache Amar et ses compagnons.

C’est ainsi qu’il transcende les nationalismes des États de la région. Toute tentative de fabriquer à postériori une autre paternité à cet étendard ne serait qu’une vaine récupération et une polémique inutile.

Paris, le 19 juin 2019
Signataires (anciens membres d’Agraw Imazighen / Académie Berbère) :

  • Hebib Youcef

  • Edjekouane Belkacem

  • Kaneb Mouloud

  • Mohand-U-Ramdane Khacer

  • Beddad Boussad

  • Guemghar Mouloud

  • Akli Djabri