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TRIBUNE

Le Général est mort, vive le prochain !

Des funérailles à la hauteur de l’homme qu’il a été ! L’homme se pliant comme de l’origami sous le règne de Bouteflika et l’homme, acculé par les règlements de comptes entre frères ennemis, rebondissant de sa léthargie comme une balle, après qu’il ne restait de Sa Majesté  que le portrait.

Mais ce dernier, même sans le portrait qui hantera longtemps les murs d’El Mouradia, lui survivra et semble vouloir mourir de longévité pour avoir, comme lui, un carré à El-Alia.

Cette longévité, qui est au centre même de l’idée que se font nos états-majors militaires de l’état et de ses institutions. Alors, le Général est mort, vive le prochain ! 

Cela étant dit, l’identité du prochain n’a pas d’importance, dans la mesure où, c’est dans l’idée et la forme qu’ils ont coutume de perpétuer le régime.

Pour ce qui est de l’idée, Chengriha, le nouveau chef d’état-major, n’inventera rien, qui est déjà connu et inscrit dans la longue tradition de gouvernance du pays, depuis l’emprise qu’ils ont sur lui. L’idée d’un coup d’État n’est pas une fin en soi, mais une fraction mathématique dont le numérateur, celui qui compte, représente autant d’affaires juteuses que de clans fuligineux qui gravitent autour, tandis que le dénominateur, celui qui désigne, représente la poignée de main qui œuvre dans l’ombre pour garantir, à chaque fois, le même résultat : un président qui redonne à chacun une part égale du festin. Alors, le Général est mort, vive le prochain !

Pour ce qui est de la forme, elle est mutante, souvent proportionnelle au tour de taille qui ceint leur appétit et désigne, à partir d’un certain nombre de cercles centrifugeurs, les présidents. 

Le huitième président a été ainsi désigné, par un général mort après avoir fait de lui l’idée vomitive d’une présidence qui se perpétue à l’image des funérailles qu’on lui a réservées. Alors, le Général est mort, vive le prochain !

L’état-major, en Algérie, ne contrôle pas uniquement les frontières. Il contrôle les puits de pétrole qui assurent sa longévité, les partis politiques qui signent sa pseudo légitimité, les syndicats qui saignent les travailleurs exploités, les médias qui miroitent une autre image du pays que celle moins colorée des damnés. L’état-major, en Algérie, va jusqu’à contrôler les égouts par lesquels est évacué le moindre soubresaut de leur rapinerie. Le premier qui s’échappe du conduit, mort ou très affaibli, est vite remplacé par le prochain sur le transit.

La mécanique est tellement huilée, qu’elle ne durcit pas, elle ne ramollit pas, elle demeure rigoureusement constante, elle est innée. Alors, le Général est mort, vive le prochain !

Pour garantir cette longévité structurelle du système politique, longtemps imposée au peuple au détriment de son indépendance et de sa souveraineté, l'état major affectionne les procédés de guerre froide au sein même de sa hiérarchie militaire.

Alors, ils s’épient mutuellement. Ils surveillent docilement le moindre penchant véniel d’un clan ou d’un autre. Ils s’aiment en même temps qu’ils se méfient les uns des autres, parce qu’ils redoutent qu’un Coup de Poudre trop appuyé d’un clan ne bouscule l’appétit concupiscent d’un autre.

Chacun détient sur l’autre ce que l’autre détient sur lui, mais se gardent, tous, de ne pas chambouler le système de prédation qui les façonne, sauf quand la situation exige de mettre la main sur un puits en passant le bras sur les urnes. Alors, le Général est mort, vive le prochain !

De la vie faste et opulente qu’ils ont eue, jusqu’au carré sacré d’El-Alia où ils sont enterrés, et dont le pied carré vaut davantage que les vies qu’on enterre dans les geôles d’Alger, il faut croire que même la mort a été travestie, que même la mort n'a pas échappé à ces corrompus. Alors, le Général est mort, vive le prochain !

Auteur
Mohand Ouabdelkader
 

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