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OPINION

Le Haut commandement militaire veut éradiquer corruption et affairisme sordide

Depuis que le Haut commandement militaire (HCM) a pris en main les destinées de ce pays et avant que des élections présidentielles qui se dérouleront dans la transparence la plus totale avant la fin de cette année, ne désignent les nouveaux gouvernants de ce pays, la justice a décidé de s’attaquer bille en tête à la corruption, au crime organisé et au grand banditisme.

Aucun délinquant, quelles que soient les fonctions qu’il a exercées dans les sommets de l’État, ne pourra se soustraire à la machine judiciaire, sans que pour autant, la moindre atteinte au principe sacro-saint de la présomption d’innocence ne soit toléré ainsi que le caractère exceptionnel de la détention préventive qui est un principe constitutionnel(les salariés de Cima Motors ne doivent pas être pénalisés par l’incarcération de leur patron, (d’où le souhait exprimé ici que le fils de Mahieddine Tahkout puisse bénéficier de la liberté provisoire pour continuer à gérer l’entreprise familiale).  

Les preuves détenues par la justice contre les oligarques sont accablantes

Les avocats des différents prévenus peuvent témoigner que la justice n’est pas instrumentalisée mais qu’elle a, à sa disposition, des dossiers accablants contre les responsables de l’État qui ont disposé de l’argent public (en dizaines de milliards de dollars) pour s’enrichir et enrichir les clientèles du ci-devant clan présidentiel.

Il y a eu, au départ, conformément aux règles du CPP des enquêtes préliminaires qui ont été diligentées et conduites par des magistrats du Parquet avant que les divers dossiers ne soient transmis aux juges d’instruction compétents qui sont des magistrats du siège, instruisant à charge et à décharge, sous le contrôle sourcilleux de la Chambre d’accusation.

Depuis, le 22 février à ce jour, les  millions d’Algériens qui manifestent dans les rues des villes et des villages du territoire national (du moins celles et ceux qui sont sincères) réclament la justice et l’État de droit. Affirmer ou laisser entendre que le HCM n’est pas à leur écoute est une contre-vérité absolue. Les oligarques qui répondent aujourd’hui de leurs forfaits présumés (tant les charges qui pèsent sur eux sont très lourdes) n’ont porté aucun préjudice à aucun des membres du HCM.

Mais ils ont contribué à vider les réserves de change de ce pays et priver le Trésor de recettes qui se comptent en centaines de milliards de DA, notamment entre 2013 et 2019. Il faut savoir qu’un grand nombre de magistrats du Parquet qui ont été démis de leurs fonctions au cours de ces dernières semaines avaient bloqué tous les dossiers de corruption, de concussion et de prévarication et certains d’entre eux étaient liés aux membres du syndicat du crime.

Ces magistrats ont sévi 20 ans durant sans que jamais les partis politiques et les Associations qui réclament bruyamment le retour de l’Armée dans les casernes (comme si elle n’y était pas déjà) eussent  exprimé le moindre émoi.

On retrouve ici toute la veulerie d’une classe politique fermement rejetée par le Hirak lui-même. Il y a du reste une contradiction à exiger le départ du chef d’État-major (sans Ahmed Gaïd Salah, Bouteflika serait toujours Président de la République et l’Algérie en faillite, d’ici fin 2019) et demander que justice soit faite. C’est au HCM que l’on doit la mise en cause de personnes qui se sont comportés en ennemis de l’Algérie et qui ne méritent pas de conserver leur nationalité d’origine.

Le plan de Bouteflika, de son clan et des oligarques placés sous leur obédience était de mettre l’Algérie en état de cessation de paiements et l’obliger ainsi à s’adresser au FMI, avec à la clé un, voire plusieurs accords d’ajustements structurels dont les conditionnalités eussent été insupportables pour 4 Algériens sur 5. Les documents et les preuves existent ; ils seront exhumés le moment venu. C’est le travail remarquable mené par les services de renseignement rattachés à l’état-major.

Les institutions de contrôle en apnée

Aucune institution de contrôle n’a joué son rôle dans ce pays depuis 20 ans. L’action de la Cour des comptes a été paralysée dès l’origine, par la seule volonté de Bouteflika mais avec l’assentiment troublant de son Président, universitaire précédé d’une réputation  d’intégrité, laquelle avec le recul du temps, apparaît bien surfaite. L’Inspection Générale des Finances n’a également jamais pu remplir sa mission, à cause des blocages systématiques pratiqués notamment par le Ministre des Finances de l’époque, Karim Djoudi, qui n’a jamais accepté de faire aboutir un seul dossier et cela bien avant la maladie du Président de la République, afin que l’on résiste un peu à la tentation de braquer le projecteur sur son frère cadet.

L’Organe national de prévention et de lutte contre la corruption, créé en 2006, n’a strictement rempli aucune des missions et a servi surtout à placer des amis qui ont su fermer les yeux sur les innombrables turpitudes commises par les agents de l’État, souvent très haut placés. Les deux Premiers ministres qui ont causé le plus grand tort à ce pays sont indéniablement le machiavélique Ahmed Ouyahia et le folklorique Abdelmalek Sellal qui se sont scandaleusement enrichis ainsi que les membres de leur famille et ont transféré à l’étranger des dizaines de millions d’euros.

Quand aux huit (8) ministres mis en cause, tous ont signé des documents attribuant des marchés en violation de la Réglementation des marchés publics et l’exécution d’opérations commerciales, en violation des réglementations relatives aux changes, aux domaines, à la banque, à la douane et aux impôts.

Au même moment, des milliers de PME/PMI cherchaient à reconquérir le marché intérieur mais handicapées par des  fonds propres insuffisants, avaient essayé d’accéder au crédit bancaire, malheureusement sans succès, car les banques publiques accordaient des méga-crédits (sans exiger ni sûreté réelles ni sûretés personnelles) à une centaine d’oligarques, lesquels, cerise sur le gâteau, étaient dispensés de rembourser les intérêts des emprunts.

Il en est de même de la Banque d’Algérie qui n’a été une institution digne de ce nom, que lorsqu’elle était dirigée par Abderrahmane Hadj-Nacer et Abdelwahab Keramane (victime d’une monstrueuse injustice de la part d’une magistrature aux ordres, alors qu’il incarne la vertu et l’intégrité, en plus d’une rare compétence).

En 20 ans, la Banque d’Algérie n’a jamais vraiment exercé ses diligences ni ne s’est comportée en superviseur rigoureux des banques de la place dont les responsables obéissaient aveuglément au pouvoir exécutif qui les avait nommés et à des centres de commandement informels. Jamais la Commission bancaire n’a été en mesure d’exercer son office et de contrôler le respect des ratios prudentiels par les banques publiques et, pire encore, elle a renoncé à mettre en place des mécanismes de prévention de la fuite illicite de capitaux. Autant dire que notre pays n’a pas de Banque centrale.

Le sens des responsabilités de l’État-major versus l’impotence de la classe politique

Quoi qu’il en soit, jamais depuis l’indépendance, une opération d’assainissement de cette envergure n’a été menée avec le souci de récupérer l’ensemble des fonds dissipés afin qu’ils fassent retour vers la cagnotte de l’Etat. Le HCM n’a donné qu’une seule instruction aux magistrats : « Vous avez des dossiers lourds à instruire et ce sont de dizaines de milliards de dollars qui ont été soustraits à la collectivité publique. Faites votre travail, comme si l’indépendance de la justice était un acquis irréversible et ne rendez compte qu’à votre conscience. »  

Celles et ceux qui réclament à cor et à cri le départ de l’Armée doivent se poser la question de savoir si cette opération d’assainissement qui va rapporter au Trésor des sommes colossales, alors que se profile le spectre de l’endettement à l’horizon 2022, aurait pu être menée par des civils, notamment les formations politiques qui disposent d’une légitimité auprès des populations qui est, de toute façon, inférieure à celle de l’Armée. Ces formations politiques n’ont aucune base électorale, leur degré de communication avec leur électorat potentiel est voisin de zéro et leur ancrage populaire nul.

A la veille de chaque scrutin, ces formations viennent marchander avec le pouvoir le nombre de députés, de sénateurs ou de présidents d’APC que ce dernier consentira à leur accorder. Ce n’est pas sur de telles entités fantasmagoriques, boycottant une fois les législatives mais participant plus tard aux élections locales, comme si le pouvoir qui organisait le scrutin avait changé dans l’intervalle, que les Algériens peuvent compter pour accéder à l’Etat de droit.

Par ailleurs, l’attitude d’une certaine presse ne laisse pas d’intriguer. Durant des années, la presse indépendante a éventé la scandaleuse gestion des affaires publiques et des finances du pays et dénoncé l’impunité dont jouissaient les oligarques qui œuvraient à l’ombre du clan présidentiel en se livrant au pillage des ressources du pays. C’est tout juste, si aujourd’hui elle ne prend pas le parti de ces délinquants qu’elle vouait aux gémonies, il y a seulement quelques semaines. Est-ce en raison du fait que le HCM a tenu parole et entreprit de nettoyer les écuries d’Augias ? Est-ce parce que seule l’institution militaire est capable d’assainir la gestion du pays et que, ce faisant, elle a toutes les chances d’accroître sa crédibilité auprès des populations ?

Il est clair, en tout cas, que l’opinion publique ne peut qu’être troublée par des messages aussi contradictoires. En réalité, le complot contre l’État-major se poursuit par d’autres voies que celle ouvertes par les pensionnaires actuels de la maison d’arrêt militaire de Blida. Il s’agit de lui dénier tout mérite dans les avancées actuelles vers l’Etat de droit.

Conclusions

  1. Les membres du HCM n’ont aucune ambition politique. Le chef d’État-major ne sera pas le Sissi algérien. Ce sont les Algériens qui éliront leur Président(e) à l’occasion d’un scrutin transparent et honnête. Et il n’y aura aucun candidat issu de l’Armée ; l’Algérie n’est pas l’Égypte.

  2. Puisque le FLN, le RND, le MPA et le TADJ sont à jamais discrédités, aux yeux des populations, ils n’ont aucune chance d’avoir un seul député ou sénateur au Parlement (au cas où le bicamérisme est maintenu) ; ils ont signé leur arrêt de mort en soutenant inconditionnellement toutes les dérives de Bouteflika, 20 ans durant.

  3. L’Armée n’a ni la volonté ni les moyens de contrarier un processus de démocratisation du régime ; elle entend l’accompagner, ce qui est, du reste, le vœu de plus en plus d’Algériens.

(*) Ali Mebroukine, Professeur de droit, Président du Cercle d’étude et de réflexion sur l’insertion de l’Algérie dans la globalisation

Auteur
Ali Mebroukine (*)