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REGARD

Le Hirak a sauvé la diplomatie algérienne

Le mouvement de dissidence populaire a poussé une partie du clan Bouteflika dehors. Crédit photo : Zinedine Zebar.

Connaissez-vous le nom du ministre des Affaires étrangères du gouvernement Bedoui ? Non ? Rassurez-vous, vous n'êtes pas le seul.

Voilà huit mois que l'Algérie ne parle pas au monde et que le monde ne juge pas utile de lui parler. Résultat: notre pays fait l'objet de marchandages politiciens entre la Turquie qui renoue avec les ambitions ottomanes, l'Otan et les voisins libyen et tunisien sans donner l'impression qu'elle s'est préparé à ce scénario.

L'Algérie qui se piquait d'être "la Mecque des révolutionnaires", plaque-tournante de la diplomatie arabe et africaine semble être la dernière consultée, ou alors juste du bout des lèvres, dans des opérations politiques mais surtout militaires qui se déroulent devant sa porte.

Que faisaient nos diplomates ? Ils attendaient les instructions qui ne venaient jamais, de la part du plus célèbre diplomate depuis Talleyrand : Fakhamatouhou ! Ils s'occupaient à jouer aux apologistes pour le compte de l'ancien président et à faire la propagande pour le 5e mandat ! Pendant qu'ils chantaient les louanges de Fakhamatouhou, l'Allemagne, l'Italie, les monarchies arabes, la France, pour ne citer que ceux-là mijotaient le plan d'intervention turque en Libye.

Ils s'installait, sur notre terre, un «sultanisme » omnipotent, archaïque et débridé qui ne correspond nullement au tempérament des Algériens ni à leur sociologie et qui imposait la peur et l'inertie au prix d’une régression sociale, pendant que la nouvelle économie des connaissances devenait une réalité déjà chez nos voisins.

Adelaziz Bouteflika a privatisé la diplomatie, l’enfermant dans El-Mouradia, pendant que le Maroc la faisait sortir du palais royal, pour conquérir l'Afrique, notre zone d'expansion, à laquelle nous avons dû renoncer. On se souvient de la baroque rencontre sur "le déploiement algérien en Afrique" qui s'était terminée par une pitoyable chamaillerie entre le Premier ministre Sellal et l'oligarque Ali Haddad... 

A l'heure où des troupes d'un pays de l'Otan se massent en Libye, l'Algérie n'a plus de voix dans le concert mondial parce que Bouteflika a enfermé la diplomatie dans le palais présidentiel pendant que le Maroc la faisait sortir du palais royal et s’implantait en Afrique dans les zones d’influence traditionnellement favorables à l’Algérie. Bouteflika s'est désengagé de l’Afrique subsaharienne alors que le Maroc reconquiert petit à petit ses espaces perdus depuis 1984 en s'ouvrant à l'Afrique dont elle avait pourtant boycotté les assemblées de l'organisation continentale pendant une quinzaine années. Bouteflika  n’a pas effectué une seule visite officielle bilatérale en Afrique depuis 1999 ! Il n’est obnubilé que par la France – où il s’est rendu 16 fois ! –. Bouteflika n’a même pas  reçu à Alger plus de cinq chefs d’État africains en 20 ans de pouvoir !

La médiocrité de l’État-Bouteflika a entraîné la dévalorisation des services de sécurité eux-mêmes et provoqué une lourde menace sur l’intérêt national. Après trois mandats de Bouteflika, les diplomates algériens n’ont ni les moyens humains ni la qualité pour poursuivre leur ancienne mission, eux qui se sont laissés surprendre partout et par tout : au Sahel, en Tunisie où les islamistes d'Ennahda se sont emparés l'ouvrage de l'État, en Libye où il a manqué une vue claire de l'après Kadhafi…Le niveau de gestion des crises, des prévisions, de prospective et de réaction a considérablement chuté en Algérie et ce n'est la faute de personne si ce n'est celle du pouvoir grabataire qui s'est accroché aux commandes d'un pays qui lui tournait le dos et qui l’a dépossédé d’un Etat. « Notre Président est beaucoup plus préoccupé par son image que par celle de l’Algérie et comme tous les chefs d’Etat du tiers-monde en mal de légitimité, il cherche à plaire aux grands de ce monde... », a dit l’ancien ministre Rahabi.

Nous en payons le prix.

L'addition aurait pu être plus lourde si le peuple n'avait pas envahi les rues pour crier à Dieu et aux hommes sa détresse et sa détermination.

Réalise-t-on que sans cette révolution nous serions gouvernés encore aujourd'hui par ceux-là même qui sont à El Harrach ?

Arrêtons-nous un moment sur ce point et réfléchissons sur le sort de notre pays si le défunt chef d'Etat-major de l'armée algérienne avait réussi à convaincre les manifestants de rentrer chez eux et d'accepter les compromis boiteux comme les y invitaient les bonnes âmes d'Algérie et d'ailleurs ?                                        

Comment s'empêcher de penser avec un froid dans le dos qu'il aurait suffi de rien pour que les milliardaires véreux, le clan Bouteflika, la pègre qui occupait le centre de décision ne soient, à l'heure qu'il est, non pas à El Harrach mais à El Mouradia, à Zéralda et au siège du gouvernement, protégés par le silence de ceux qui savaient, de ceux qui avaient la charge de protéger le pays et qui, quoi qu'on dise, appartiennent au même monde, chacun profitant du silence de l'autre et qu'en fin de compte c'est cela rien que cela le système que les manifestants rejettent eux qui crient "Partez tous", "laissez s'ériger un monde nouveau", auquel vous ne comprendrez jamais rien. 

Auteur
Mohamed Benchicou
 

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