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REGARD

Le jeu monétaire et bancaire et la dérive des entreprises publiques

Le gouvernement doit-il intervenir pour sauver certaines entreprises déficitaires ?

Vouloir changer le comportement de l’entreprise sans comprendre ses motivations, revient à vouloir mettre en route une voiture qui a calé en lui donnant des coups de pieds.

Pendant longtemps, on a pu nier la dimension politique du jeu monétaire et bancaire. En effet quel est l’écart entre une entreprise en difficulté et une entreprise en cessation de paiement ? Dans le contexte algérien, il s’agit d’une question hautement politique. Une entreprise n’est pas en cessation de paiement, elle y est mise parce qu’elle vit par le crédit et du crédit. L’entreprise sera mise en cessation de paiement, le jour où la banque décide de ne pas assurer une échéance. On peut parler du droit de vie ou de mort des banques sur l’entreprise. 

Lorsque plusieurs pouvoirs se sont penchés sur une entreprise malade, on peut se demander si le redressement des entreprises en difficultés est une affaire privée relevant du rôle des banques. En effet l’instrumentalisation de l’entreprise par les interférences politiques n’a pas totalement disparue malgré le désengagement formel de l’Etat de la gestion directe des EPE (Loi n° 88-01 du 12 janvier 1988). De même que les performances de gestion ne sont pas évaluées et appréciés en fonction des résultats de l’entreprise mais des pressions relationnelles externes.

C’est le degré d’emprise des agents extérieurs à l’entreprise sur les décisions de celle çi qui va délimiter la sphère des pouvoirs, la sphère des compétences, la nature et le degré de l’autorité des dirigeants et par conséquent, elle devrait également délimiter les responsabilités et déterminer les sanctions positives ou négatives. La promotion de l’économie de marché postule la primauté du calcul économique individuel.

Les mécanismes monétaires et financiers et les institutions qui en ont la charge ne sont pas politiquement et techniquement neutres. Ils participent activement au fonctionnement de l’organisation économique et sociale. Le problème devient complexe si l’on doit prendre en considération le sort des salariés qui peut justifier certaines tentatives de sauvetage effectuées parfois sous la pression des pouvoirs publics.

C’est pourquoi les relations entre les différents partenaires sociaux seront de plus en plus difficiles dans la mesure où l’Etat est à la fois propriétaire des entreprises et des banques d’une part et que la politique sociale est une tâche qui incombe à l’Etat d’autre part. Par conséquent, il n’est pas surprenant que les banques elles-mêmes astreintes aux contraintes de liquidité et de solvabilité fassent une nouvelle fois appel aux pouvoirs publics par le biais de la responsabilité de la puissance publique.

Le désengagement de la banque doit s’accompagner d’un engagement accru de l’Etat qui doit supporter tout ou partie de la responsabilité découlant de ses initiatives économiques en matière de concours financiers.

Mais il faudrait peut-être éviter un développement excessif des réparations étatiques dans un contexte d’une crise multidimensionnelle à la fois politique, économique, financière et sanitaire aggravée par une récession économique mondiale comparable à celle de 1929  ayant provoqué un séisme de grande intensité à l’échelle planétaire. 

Il va falloir être prudent et compter ses sous. Pour ce faire, il convient d’inciter les entreprises à agir sur leurs coûts et prix de revient que la plupart ne connaissent ayant été abreuvées à la rente pétrolière et gazière en voie de disparition, par une lutte implacable contre le gaspillage et la corruption. La prospérité produit des faibles, l’adversité révèle les grands.

Auteur
Dr A. Boumezrag