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DECRYPTAGE

Le Mouvement du 22 février : bilan à perspectives ouvertes

Le mouvement de contestation populaire du 22 février (M 22), semble n’ouvrir aucune perspective politique à l’avènement d’une « seconde » ou d’une « nouvelle » république. Mais ceux qui avaient appelé à l’une ou l’autre, avaient-ils en tête une 1ère république qui aurait réellement existé ? C’est à eux de l’expliquer devant les masses contestataires du M 22.

De notre part, le mouvement contestataire est un fait pour les sciences : il n’y a pas de matière immobile ; même au zéro absolu, le mouvement ne disparaît pas. Le déplacement des millions de catégories sociales et professionnelles est un résultat quantitatif d’accumulation de contradictions, de dégradations et de changements laissant émerger une forme nouvelles de lutte dans un espace-temps bien déterminé. Le M 22 est le résultat en même temps que la source de la contradiction sociale et politique qui avait débuté un certain octobre 1988.

Le système politique et économique contesté par le M 22 est celui qu’avait instauré le président Chadli en 1982, 20 ans après l’indépendance politique. Il fut une réponse à ces luttes entre les fractions de la bourgeoisie dirigeante du temps du colonel Boumediene. Le M 22 porte en lui les séquelles des contestations populaires, structurées ou non, qui agitaient la société algérienne.

Le M 22 est un mouvement résultant d’une source de contradictions économiques, que l’on ne peut séparer de l’interaction de cet ensemble de faits accumulés à travers notre récente histoire.

Le M 22 est une réaction au « système Bouteflika », non en tant que mécanisme ayant été élaboré depuis 2000, mais comme une totalité dont les parties se sont déterminées mutuellement à travers des interactions sociales, économiques et politiques et qui continuent à se développer. Ils englobent l’évolution et la dégradation, les changements qualitatifs, la disparition et l’émergence de formes nouvelles et ils s’identifient au devenir. C’est ce que nous  enseigne la dialectique de l’histoire.

Le Mouvement du 22 février en avant-garde

Le M 22 est le mode même d’existence de forces sociales qui forment l’expression de forces existantes aussi dans la nature. Il est une force de la nature. Le seul cri du verbe « dégage », prononcé par des millions d’Algériens et d’Algériennes et dans toutes les expressions du pays, n’est qu’une résonance physique de la matière qui gravite dans l’univers. Retirer ce qui a été donné en gage, c’est se libérer et prendre l'engagement avec de nouvelles responsabilités. C’est dans ce verbe que la parole devient action vers une prise de conscience politique nouvelle.

Après avoir « vendrediser », les masses populaires du M 22 se sont accaparées des journées cosmiques de la semaine pour les transformer en verbes de l’agitation, un acte créateur de cet imaginaire en perpétuelle transformation. Le M 22 est aussi un mouvement de création par le verbe.

Nous avons été certainement attristés par le fait que le M 22 ne soit pas organisé et encadré. Nous n’avons, certainement pas, bien vu de nos propres yeux. Le M 22 porte en lui une nouvelle dynamique, celle de revoir les anciennes formes d’organisations et d’interpeller de nouvelles exigences à l’organisation. Le M 22 remet en cause l’organisation a-historique du pouvoir en place, par l’effacement (Dégagé, tous !) de structures qui ne répondent plus à l’attente de ceux qui ont  entre 6 et 35 ans et qui ne veulent plus séparer la matière humaine de son mouvement vers l’avenir. Les millions de particules humaines n’étaient jamais inerte, l’énergie qu’elle porte en elle, est extraordinaire et inépuisable. Elle est de l’ordre de la pensée qui se renouvelle dans une dynamique enrichissante.

Le M 22 s’est saisi de l’ordre nationaliste, de ses symboles, ses martyrs, ses chants patriotiques et ses slogans d’avant 1954, pour les réinitialiser dans les espaces urbains, suburbains et campagnards. Il veut être le mouvement de la terre algérienne, ouvert sur le reste du monde des hommes. En plus de nos richesses en sous-sol, le mouvement semble dire que nous pouvons exporter nos nouvelles idées et nos imaginaires.

Le pouvoir politique de la décadence

Face au M 22, le pouvoir politique règne par le fourmillement des adjectifs. Abaissement, affaiblissement, affaissement et déchéance forment le lot de ses actions de retraits. Il s’est réduit lui-même en voulant réduire tout l’univers qui l’entoure en une contradiction entre matière et esprit. Baignant dans les propos du dépassement des réalités sociales et économiques bien dynamiques. Le pouvoir n’entend que son propre écho et ne réagit qu’à ses gestes. Séparer la masse des Algériens de son mouvement novateur, conduit ce pouvoir à sa propre idéalisation.

Le pouvoir en place tente de se renouveler, en tissant de vieilles étoffes sur des modèles vétustes et croulants. Lorsque nous entendons dire que le pouvoir en Algérie se nourrit de vieux réflexes, il y a lieu de se demander sur les sources mêmes qui le prononcent et le qualifient ainsi. Le pouvoir en question s’est retrouvé dans l’impasse de se nourrir de quoique ce soit, puisqu’il a puisé son verbe depuis l’avènement de Chadli et de la tentative de la mise en accusation de Bouteflika, en 1979.

Le pouvoir politique et ses auxiliaires de la politique se nourrissent tous d’un même suc : le nationalisme réactionnaire. Le nationalisme révolutionnaire a fait ses épreuves en conduisant le pays à la seule indépendance politique. Les autres tâches d’indépendance économique, culturelle et sociale, n’ont jamais le souci du pouvoir en place depuis 1962. Le nationalisme réactionnaire a ouvert de larges failles, pour que glissent dans ces crevasses, des individus et forces les plus obscurantistes qui existent dans le pays.

Ils contrôlent puissamment l’économie de bazar, ils manipulent une large frange du M 22 et ils se maintiennent en attente, en entrant par la fissure de la violence réactionnaire.

Auteur
M. K. Assouane
 

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