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TRIBUNE

Le mystère de la dissidence populaire algérienne

Manifestation contre le système militaro-civil. Crédit photo : Zinedine Zebar.

Partout dans le monde, et depuis toujours, un mouvement populaire vise à se doter le plus tôt possible d’une organisation autonome, pourvue de mandataires représentatifs.

Car tout mouvement populaire dans le monde, en absence d’une telle auto-organisation et de tels mandataires représentatifs, fut voué à l’échec, soit en étant récupéré par une partie de l’oligarchie combattue, qui, alors, conquiert l’hégémonie, soit en disparaissant tout simplement parce que l’oligarchie dominante dispose, elle, de sa propre organisation et de ses propres mandataires représentatifs.

Alors, pourquoi et en quoi le mouvement populaire algérien actuel ferait exemption ?

En effet, au huitième mois du soulèvement, pas d’auto-organisation autre que celle des manifestations hebdomadaires, et pas de mandataires représentatifs ?… L’auteur de ces lignes pose cette question depuis le début de l’intifadha, revenant à plusieurs reprises sur ce problème (1). Une minorité d’autres Algériens évoquent également la nécessité d’une auto-organisation complémentaire du mouvement social, sous forme de comités populaires autonomes, produisant des mandataires représentatifs. Mais encore rien !… Aussi, les circonstances exigent de revenir sur ce problème.

Rappelons et éclaircissons davantage. D’une part, le mouvement populaire démontre une remarquable organisation et un admirable comportement tactique lors de ses manifestations hebdomadaires, tant générales qu’estudiantines. Cela prouve la présence d’un encadrement très compétent, quelque soit sa nature : propre au mouvement populaire ou composé de manipulateurs, internes ou étrangers, ou, encore, un mélange des deux types d’agents. De là, la question fondamentale : quelle est l’identité des membres de cet encadrement ? Qui représentent-ils réellement ?

Manipulations ?

Certains pensent aux manipulateurs des agences étrangères états-uniennes, spécialistes des « révolutions colorées ». Certes, des aspects du mouvement populaire permettent cette hypothèse : pacifisme et sourires, nettoyage des rues. Cependant, il est incontestable que le peuple des manifestants exprime, au-delà de toute hypothétique manipulation, des exigences légitimes. Toutefois, elles se cantonnent essentiellement à des négations (« Yatnahou ga3 ! », « Qu’ils dégagent tous ! »), pour proposer de temps à autre des « personnalités » non compromises avec le système social rejeté… Or jamais, nulle part, des « personnalités », aussi honnêtes et compétentes soient-elles, n’ont permis la réalisation des objectifs les plus essentiels d’un mouvement populaire. Pas même Lénine, ni Mao Tsé Toung, ni Ho Chi Minh, ni Fidel Castro. Pas même Gandhi, ni Nelson Mandela !… Les preuves en sont là : une oligarchie ancienne fut remplacée par une oligarchie inédite, d’une certaine manière plus cruelle envers le peuple que la précédente, avec le prétexte de savoir mieux que le peuple en quoi consiste son « bonheur ».

D’autres pensent à des manipulations intérieures du mouvement populaire, venant du « clan » oligarchique algérien vaincu par celui actuellement vainqueur. Hypothèse également à considérer, tout en sachant que l’intifadha (secousse) populaire a ses motifs propres et légitimes d’exister.

Occultation

Bien entendu, seul un ignorant ou un naïf peut s’étonner de constater que les « personnalités » politiques algériennes de l’opposition n’évoquent jamais la nécessité de l’auto-organisation de comités populaires autogérés, produisant leurs mandataires représentatifs, afin de concrétiser les objectifs légitimes du mouvement populaire. Un exemple. Saïd Sadi, vieux routier de l’opposition, souligne, dans une très récente déclaration : « Il reste à répondre à la déjà vieille question de savoir par quelle stratégie la révolution peut faire concrétiser au mieux et au plus vite son objectif de refondation nationale ».

Et Saïd Sadi envisage : « Des actions diversifiées et pacifiques sont à même d’augmenter la pression sur le pouvoir afin d’écourter ces périodes grises propices aux provocations. » (2) N’est-ce pas vague, trop vague, donc sans consistance pratique ?… Sacrés donneurs de leçons et de « sauveurs du peuple » ! Il leur est impossible de s’intéresser et de comprendre que le peuple ne peut réellement se sauver que par sa propre auto-organisation autonome, autogérée, disposant de ses propres mandataires représentatifs ; que donc les Saïd Sadi peuvent tout au plus être invités à donner des avis, mais jamais se voir confier la gestion de la société, afin d’éviter de voir s’établir une nouvelle oligarchie, dite « libérale », « moderniste », « laïque » (et qu’on ajoute les étiquettes les plus luisantes), mais néanmoins oligarchie. L’histoire ne cesse de le démontrer : les peuples ont à se méfier plus de leurs auto-proclamés « amis » que de leurs déclarés ennemis. Évidemment, les « sauveurs de peuple » traitent ces observations avec condescendance quand pas mépris, en les stigmatisant comme « anarchie », « illusions dangereuses », « propos irresponsables », etc.

L’aspect décisif

Quelque soient les agents qui animent le mouvement populaire, ils semblent s’en tenir aux manifestations hebdomadaires, sans consolider ce mouvement par ce qui lui est indispensable : une auto-organisation horizontale capillaire dans tous les quartiers des villes et villages, sous forme de comités populaires autogérés, choisissant leurs propres représentants sous mandat impératif. Pourquoi ce manque ?

Il est vrai que des manipulateurs du mouvement populaire, étrangers ou internes, n’ont absolument aucun intérêt à voir le mouvement populaire se doter d’une auto-organisation de base, qui l’anime dans la quotidienneté, qui le structure en tant que contre-pouvoir institutionnel réel, fort, capable d’affronter le pouvoir étatique de manière victorieuse. De là, le terrible et légitime soupçon que le mouvement populaire est, malgré lui, manipulé. Par exemple : le mouvement populaire rejette la tenue d’élections organisées par les autorités étatiques. Soit ! Cependant, ces dernières font tout pour réaliser des élections, à la manière des anciennes, en changeant seulement les apparences. Preuve en est la déclaration la plus récente de Mouloud Hamrouche, refusant de participer à ces élections (3).

Alors, pour le mouvement populaire, pourquoi se contenter de refuser les élections proposées par l’adversaire, sans, toutefois, organiser, à sa manière et selon ses possibilités, sa propre et autonome campagne d’élection populaire ?… Parce que le mouvement n’en a pas les capacités ?… Alors, il est dangereusement faible, et court le risque d’être vaincu... Parce que les animateurs, - les authentiques, les honnêtes, et non les manipulateurs -, n’en sont pas convaincus ?… Pour quels motifs ?… Comment et pourquoi donc des animateurs d’un mouvement populaire, ayant fourni toutes les preuves de sa maturité tactique durant huit mois de manifestations populaires, ne produit-il pas son auto-organisation horizontale, la plus large et la plus insérée dans la population ?… N’est-ce pas montrer une remarquable capacité tactique, mais une absence de capacité stratégique ? En effet, les manifestations hebdomadaires constituent des batailles, mais pas la guerre. Celle-ci consiste, pour le mouvement populaire, à se concrétiser de manière institutionnelle, pour sortir vainqueur, autrement dit à remplacer un système social prédateur oligarchique par un système social au bénéfice du peuple et de sa nation.

Dès lors, pourquoi pas d’existence de comités citoyens autogérés dans les quartiers populaires des villes, dans les villages et partout où vivent des collectivités locales ? Sans ces structures organisationnelles, comment un mouvement populaire, quelque soit la puissance et les performances de ses démonstrations de rues et de places publiques, peut-il être autre chose qu’une masse de manœuvre utilisée par la composante hégémonique de l’oligarchie dominante, au service de ses intérêts exclusifs ?... En effet, qu’a donc obtenu le mouvement populaire jusqu’à présent sinon la victoire d’une partie de l’oligarchie dominante sur une autre partie, la victorieuse pratiquant la même politique autoritaire que la vaincue, en ce qui concerne les droits citoyens légitimes ?

Encore une fois, la déclaration de Mouloud Hamrouche  le prouve, au point de reconnaître : « Je vous le dis sincèrement : même si j’étais élu Président dans le cadre du processus actuel, je ne pourrais rien faire. » Il va jusqu’à avouer : « Il y a des choses que je ne peux pas dire ». Est-ce là des signes d’un changement positif dans le système de gouvernance actuel, par rapport à celui de Bouteflika ?

N’est-il pas pertinent de conclure, en paraphrasant une fameuse expression : « Intifadha populaire algérienne, où est ta victoire ? », autrement dit la concrétisation de ton propre objectif, à savoir l’établissement d’un système social authentiquement par et pour le peuple ? Autre manière, concrète et pratique, de poser la question : Intifadha populaire, quelle est ta stratégie ?

 Kaddour Naïmi

Email : xundao1@yahoo.com

Notes

(1) Voir http://kadour-naimi.over-blog.com/

(2)  Voir https://www.lematindalgerie.com/said-sadi-lappel-de-novembre

(3) Voir https://www.algeriepatriotique.com/2019/10/05/mouloud-hamrouche-a-ses-partisans-il-y-a-des-choses-que-je-ne-peux-pas-dire/

 

Auteur
Kadour Naïmi
 

Commentaires

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et pendant ce temps perdu, on fait passer des lois qui hypothéqueront l'avenir du pays et son peuple, c'est l'enjeu, ces lois n'ont pas lieu d’êtres, mais on ne les dénonce pas; on laisse faire, on laisse passer ces lois scélérates,

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L’auteur cite Mouloud Hamrouche: « Je vous le dis sincèrement : même si j’étais élu Président dans le cadre du processus actuel, je ne pourrais rien faire. » Il va jusqu’à avouer : « Il y a des choses que je ne peux pas dire »
Je ne sais pas de quoi il parle. Mais je suis d’accord avec lui. Aucun Président ne peut sauver l’Algérie. Il peut uniquement éviter une guerre civile en neutralisant les dizaines de traîtres et les milliers de voleurs.

Voici mon analyse :

L’organisation secrète
L’histoire de l’Algérie se répète comme si on avait imposé aux gouvernements successifs la même feuille de route écrite en dehors de toute règle de bonne gouvernance. Est-ce pour cela qu’on retrouve tant de points communs entre les régimes politiques de ces dernières décennies et qu’on ne peut pas s’empêcher de conclure qu’il existe une seule et unique organisation secrète qui coordonne l’exécution d’un plan machiavélique de long terme dont on ne connait ni les initiateurs, ni les objectifs ultimes?
Jugez-en vous-mêmes:
 Chadli a inauguré son mandat par le slogan "pour une vie meilleure". Il emprisonne les managers des entreprises étatiques de production (innocentés par la suite) et «booste» les importations de biens subventionnés qui vont approvisionner les circuits de contrebande des Hadj Bettou & Co. Parallèlement, il déstructure le groupe Sonatrach et prépare sa privatisation. La suite, nous la connaissons tous. Le pétrole chute en 1986 à moins de 10 dollars/bbl et la révolte s’installe dans nos rues deux ans plus tard parce que l’Algérie est en situation de faillite financière.
 Bouteflika a une approche plus élaborée qui suit le même cheminement stratégique pour des objectifs apparemment identiques. Il s’appuie sur une maffia internationale en col blanc pour la mise en œuvre d’un programme pernicieux de déstabilisation à long terme qu’il finance par une corruption et un clientélisme qui touchent à tous les secteurs. Son ami d’enfance, Chakib Khelil, non inculpé à ce jour malgré l’accumulation des preuves irréfutables de corruption, se débarrasse des cadres compétents et intègres pour imposer à Sonatrach un management composé de truands fichés par plusieurs services de sécurité.

Dans les deux cas, tout porte à croire que l’objectif non affiché de cette organisation secrète qui a placé Chadli et Bouteflika sur le devant de la scène politique est la privatisation totale du secteur des hydrocarbures, une sorte de revanche par rapport aux décisions historiques de création de Sonatrach et de nationalisation du secteur des hydrocarbures. Mon premier postulat est donc que cette organisation secrète est probablement soutenue par des groupes d’intérêts proches des sociétés multinationales qui se préparent à devenir des acteurs gaziers majeurs en Afrique.

En parallèle, une politique socio-économique catastrophique est mise en œuvre pour désarmer la société algérienne, notamment en détruisant l’école, l’intégrité des institutions, l’agriculture, les PME etc.
Une destruction profonde et sophistiquée du système éducatif a réussi à annihiler les facultés d’analyse chez la plupart des lycéens et des étudiants. L’esprit critique est banni pour être remplacé par une science infuse, souvent prodiguée par des enseignants salafistes qui se prennent pour Dieu en s’adressant à l’élève Adam. Pour eux, il est important de généraliser la médiocrité et aujourd’hui, on la voit se propager partout autour de nous. Apparemment, les ennemis de la nation algérienne appliquent à la lettre un célèbre adage chinois: «Si vous voulez détruire un pays, inutile de lui faire une guerre sanglante qui pourrait durer des décennies et coûter cher en vies humaines. Il suffit de détruire son système d’éducation et d’y généraliser la corruption. Ensuite, il faut attendre vingt ans et vous aurez un pays constitué d’ignorants et dirigé par des voleurs. Il vous sera très facile de les vaincre».

La gouvernance transparente et participative avec des objectifs chiffrés, les études de faisabilité économique pour tout investissement comme préalable à l’octroi d’un financement public au secteur privé, le recouvrement des créances des banques étatiques, tout cela n’existe plus depuis des décades! A défaut d’études et de réflexions stratégiques, on ne sait donc pas sur quoi se base l’administration centrale, à travers son CNI, pour arrêter sa stratégie nationale d’investissement et de financement public. L’Etat privatise des biens publics au dinar symbolique dans l’opacité totale (El Hadjar, Asmidal) pour les racheter quelques années plus tard à coup de milliards de dollars pour, dit-on, préserver l’emploi. De nombreux hommes d’affaires, soutenus politiquement et financièrement par la nomenklatura, investissent les filières énergivores (sucre, acier, ammoniac, ciment etc..) pour bénéficier des subventions sur le prix du gaz. Cette approche industrielle aggrave le déficit budgétaire du pays sans aucun justificatif, en dehors de l’enrichissement des promoteurs. Avec la confirmation de la baisse de production d’hydrocarbures, l’Algérie connaitra à moyen terme une crise énergétique sans précédent. Cela n’empêche pas l’Etat de freiner le développement de l’énergie solaire et d’importer massivement des carburants qu’elle subventionne à 80% pour favoriser la contrebande.
La croissance nationale de la demande de certains biens (gaz naturel, carburants, céréales, sucre etc..) n’obéit à aucune logique. Seule la corruption, institutionnalisée au niveau de tous les secteurs, semble suivre des règles codifiées (par exemple la « chipa » de 3,5% sur les contrats de service de Sonatrach mais beaucoup plus sur la construction des stades et des centrales électriques). Gare à ceux qui ne respectent pas ces lois non écrites. Tout le monde sait que «seuls, ceux qui osent voler la maffia vont en prison». On fait marcher l’Etat sur la tête pour que des membres de la pègre régnante s’enrichissent. On parle d’une dépense de plus de mille milliards de dollars durant le règne obscur de Bouteflika!

L’algérien lambda ignore tout de ces forfaitures. Il découvre souvent par hasard, en lisant les journaux, les scandales associés à ces pratiques illicites révélés par les Panama Papers et les verdicts des juges de tribunaux étrangers (Italie, Suisse, Espagne). Aujourd’hui, la corruption est devenue un phénomène gravissime surtout depuis que les montants détournés qui atteignent globalement des milliards de dollars sont publiés par la presse étrangère. Les auteurs de ces crimes économiques pavoisent aussi bien en Algérie qu’à l’étranger en arborant fièrement leur statut de mafiosos intouchables. Que du beau monde : Chakib Khelil, Ghoul, Bouchouareb, Haddad, Sellal etc. (la liste est trop longue pour ce papier). Le citoyen prend son mal en patience avec l’espoir que des institutions vont un jour défendre l’Etat de droit en Algérie. Malheureusement, les civils et les militaires qui se sont invités dans le débat public pour dénoncer les forfaitures de la pègre régnante sont embastillés souvent sans procès.
Et dire que sous le règne de Bouteflika, l’Algérie avait les moyens d’asseoir les piliers d’un nouveau modèle économique en mesure d’assurer une transition énergétique cohérente et une diversification de l’économie qui aurait accordé la priorité à la promotion d’une politique agricole vertueuse. On aurait pu aspirer à une croissance économique durable au lieu et place d’un PIB indexé sur les revenus des hydrocarbures. Mais, hélas, on est dans une conjoncture plus grave que celle d’octobre 1988 car ce n’est plus une affaire de baisse de prix du pétrole. L’Algérie va subir dans les dix prochaines années les retombées d’une situation planifiée de « Peak Gas » qui va réduire en peau de chagrin les exportations d’hydrocarbures. Dans le domaine de l’amont gazier, pour être au rendez-vous dans dix ans, il aurait fallu prendre les bonnes décisions il y a dix ans, au moment où Chakib Khelil avait décidé de privatiser l’Institut algérien du pétrole pour, dans la pratique, arrêter une formation d’ingénieurs qui a contribué à l’essor de Sonatrach.
En fait, la situation actuelle est le résultat de plus de vingt ans de manœuvres politiques, de clientélisme et d’alliances contre nature. Le régime maffieux a finalement réussi à construire un système politique propice au développement d’une économie de bazar où la zakat remplace l’impôt. Le régime totalitaire a rendu toutes les algériennes mineures à vie en leur imposant en 1984 les injustices flagrantes d’un code moyenâgeux de la famille (pardon un code de l’infamie) et garde en réserve la menace d’une application intégrale de la charia. Il est convaincu que l’adage chinois est toujours applicable et qu’il pourra garder le pouvoir en abrutissant le peuple et en privant la femme algérienne des droits qui lui permettront de participer de manière active et responsable à la croissance de l’économie algérienne.

Le sabotage de l’éducation
Dans ce papier consacré au sabotage de notre pays, il est important de citer Benbouzid et les frères Hadjar, ces baathistes à qui le pouvoir de l’ombre a confié une mission essentielle, celle d’effacer l’identité berbère ancestrale et de saboter le système éducatif. Au lieu de développer l’enseignement des langues pour perpétuer notre culture et accéder au savoir universel, ces islamo-baathistes, qui envoient leurs enfants étudier à l’étranger avec des bourses d’état, ont tout fait pour dégrader le niveau de l’école et de l’université algériennes. Tahar Hadjar, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique a récemment déclaré : « En quoi ça m’avance moi, si on a un prix Nobel issu de l’Université d’Alger? ». Faut-il en déduire que le régime a nommé cet âne pour couler l’université algérienne, une approche que l’on retrouve d’ailleurs dans plusieurs secteurs qu’on cherche à démanteler?
Les conséquences du sabotage de l’éducation et de la formation de notre jeunesse sont dévastatrices. La jeunesse algérienne diplômée ou non, avec ou sans expérience, est confrontée au chômage. Au lieu de créer des emplois, les milliards de dollars injectés dans des mégaprojets ont drainé des milliers d’ouvriers étrangers, notamment des chinois. Se sentant trahis par leurs aînés, de jeunes algériens désespérés optent pour la barque suicidaire ou l’immolation par le feu. Le pouvoir algérien de l’ombre est convaincu qu’il a réussi à s’affranchir de la peur des émeutes des jeunes. Il se fait plaisir en dépensant des milliards de dollars dans l’importation de services à travers des contrats qui se prêtent très bien aux opérations de corruption.
L’Algérie est devenue le pays des paradoxes. L’Etat refuse de se dessaisir de ses vieux hôtels parfois délabrés mais n’hésite pas à privatiser des secteurs stratégiques. Par ailleurs, l’Etat rémunère en devises des services à la portée des compétences nationales publiques ou privées. Faut-il en déduire que le pouvoir de l’ombre est « invité » par ses parrains étrangers à attribuer des marchés en gré à gré à des sociétés de service qui lui sont désignées en échange de son soutien? Sinon comment expliquer la profusion de contrats internationaux de gestion pour des activités de services (eau, métro, aéroports, ports et j’en passe) signés avec des sociétés étrangères dans une opacité totale?

La crise financière
Nous savons tous que le pouvoir de l’ombre tire sa force de la rente pétrolière utilisée pour acheter la paix sociale, du clientélisme politique et de la corruption. Ce régime ne se sent pas menacé par la perspective d’effondrement à moyen terme des réserves de change. Pour lui, la menace du chaos poussera tous les acteurs à adhérer au projet de développement des ressources de gaz de schiste qui, pensent-ils, va perpétuer le modèle socio-économique rentier du régime. Mais le temps presse car la baisse des prix du pétrole est venue créer une situation nouvelle qui bouscule à la fois le financement de la campagne d’endormissement du peuple et la rémunération des agents d’exécution du régime.
La crise financière s’aggrave chaque année depuis 2015 suite à l’effet conjugué de l’effondrement des prix du pétrole et de la baisse des volumes d’hydrocarbures exportés. Cette crise représente une menace pour l’omerta car elle fragilise la discipline au sein des rangs des exécutants maffieux. On assiste à une guéguerre autour du partage du gâteau de l’import-import. Des enjeux importants semblent menacés puisque des généraux sont menacés et même incarcérés. C’est une situation inédite en Algérie.
Des hommes puissants et insatiables ont réussi à maintenir une politique économique d’importation destructrice pour le pays afin de conserver leurs privilèges. On décide de remplacer le marché des importations de voitures neuves par une pseudo industrie de montage avec une facture d’importation de voitures en kits plus salée de plusieurs milliards de dollars. De grosses pontes ont même osé diversifier leurs importations en se lançant dans le business très profitable de la cocaïne. L’arbitrage du partage de la rente entre les alliances et la pègre se gère au jour le jour car le gâteau ne suffit plus à nourrir tout ce beau monde. Tout cela laisse forcément des traces qui ternissent encore plus l’image du régime et donne du grain à moudre aux bloggeurs algériens.

On peut dire aujourd’hui que la crise financière et la dégradation de l’état de santé du Président Bouteflika ont fait tomber les masques. Il est devenu clair, pour les parrains du régime, que la feuille de route initiale n’est plus applicable et qu’un passage en force, avec violence si nécessaire, est devenu incontournable. Terreur, provocation, humiliation et propagande sont devenues les outils préférés d’une cabale dont les tentacules ont investi massivement tous les moyens modernes d’endoctrinement et de contrôle de l’opinion publique. Les lois sont bafouées quotidiennement par un appareil judiciaire à la botte de l’exécutif.

Le retour du Messie américain et de ses Apôtres
Toute honte bue, le régime sonne le retour de Chakib Khelil, le messie américain, en prenant soin de neutraliser les derniers généraux qui lui restaient hostiles. Ce retour a été rendu possible grâce à une étroite collaboration avec plusieurs alliés étrangers, collaboration qui a commencé à Milan et s’est achevée à Tiguentourine. Le clan présidentiel a sollicité les zaouïas ayant bénéficié de généreuses gratifications pour leur demander d’absoudre les péchés de Chakib Khelil. Le port du burnous blanc et le pèlerinage inédit à travers les zaouïas ciblées ont-ils réussi à le réhabiliter aux yeux des algériens? Le Chef du gouvernement Ouyahia déclare qu’il est innocent de tout ce qu’on l’accuse. Hélas, il ne nous a pas expliqué pourquoi Sonatrach ne s’est pas portée partie civile pour récupérer les montants qui ont été versé par Omar Habour à Mme Khelil sous forme de «Zakat» (justice-omar-habour-versait-de-largent-sous-forme-de-zakat-a-lepouse-de-khalil/.)
Protégé par des gardes du corps du gouvernement, Chakib Khelil sera reçu dans des forums sécurisés consacrés à l’économie algérienne et "honoré" par les partis de l’Alliance qui le présenteront comme le sauveur de l’Algérie. Au cours de ses conférences fortement médiatisées, Chakib Khelil présente son programme politique de développement pour le pays.
Dans la foulée, le régime maffieux n’a pris aucun gant pour nommer Ould Kaddour, un des fidèles lieutenants de Chakib Khelil, à la tête de Sonatrach. Apparemment, sa nationalité française et surtout sa condamnation pour haute trahison n’ont pas dérangé les organes de sécurité. Force est de constater que l’institution militaire algérienne s’écarte dangereusement de sa mission en fermant les yeux sur ce que est inacceptable. Elle creuse le fossé qui la sépare du peuple. Demain, il lui sera très difficile d’obtenir l’adhésion de patriotes pour assurer sa mission. Pour l’ensemble du peuple algérien, il est devenu clair que cette nomination confirme que quelque chose de grave se prépare.
Des bureaux d’étude sont à nouveau mobilisés, à coup de millions de dollars, pour concevoir un «remake» de la loi sur les hydrocarbures de 2005. A cet effet, c’est de nouveau un cabinet juridique américain (Curtis, Mallet-Prevost, Colt & Mosle)» qui a été chargé d’élaborer cette nouvelle loi afin, nous dit-on, d’attirer les investisseurs étrangers.
Tout indique que l’objectif annoncé par Chakib Khelil en 2001, à savoir la déstructuration et la privatisation du groupe Sonatrach pour accélérer l’ouverture totale du secteur pétrolier algérien est toujours d’actualité. Le rappel discret des éléments maffieux de Sonatrach condamnés par la justice est actionné pour exécuter de nouvelles missions de trahison, de sabotage et de détournement d’argent public.
Le PDG de Sonatrach choisi pour son expertise avérée dans ce domaine, au CV lourd de faux diplômes et d’actes malveillants, donne le ton et veut faire croire qu’une opération de troc de pétrole contre des carburants peut réduire la facture d’importation de 2 milliards de dollars. Est-ce que les journalistes qui publient ses âneries prennent leurs lecteurs pour des imbéciles?.

Les donneurs d’ordres sont convaincus qu’ils pourront perpétuer leur modèle économique basé sur la rente gazière « merdique » (gaz de « shit ») pour acheter la paix sociale et se maintenir au pouvoir. Apparemment, Ould Kaddour a été rappelé pour exécuter un plan bien précis qui repose sur trois axes:
1. la modification de la loi sur les hydrocarbures pour promouvoir le développement du gaz de schiste en réduisant la fiscalité et en introduisant le partage production dans les gisements de gaz naturel.
2. La poursuite de la privatisation du Groupe Sonatrach dans le prolongement de la cession de la rente gazière (villar-mir-corruption-algl).
3. La contribution (par la corruption) au financement des actions occultes du régime et à l’enrichissement du pouvoir de l’ombre.
Ould Kaddour reçoit le feu vert pour franchir un nouveau pas en achetant une raffinerie à l’état de ferraille en Sicile qui, dit-il, va satisfaire la demande de carburants destinés au marché national. En fait, on a tous compris que cette raffinerie, qui n’est pas conçue pour traiter de manière optimale du pétrole algérien, va permettre à la maffia de détourner des cargaisons de pétrole brut. Ainsi, l’association de malfaiteurs, qui est en cours de reconstitution à Sonatrach (Sonatrach-réhabilitation-des-repris-de-justice), a inauguré «l’opération pétrole contre chipa » version Vitol.
A combien va se chiffrer ce nouveau scandale qui fait suite au préjudice de 300 millions de dollars associé aux huit cargaisons de pétrole livrées sans paiement en 2012 à Petroplus, une société mise en faillite par Vitol (Petroplus-un-crime-reste-impuni/) ?
On peut lire dans les journaux (algerie-risque-de-ne-plus-avoir-de-gaz-a-exporter-dici-trois-ans-guitouni/) que l’Algérie risque de ne plus pouvoir exporter son gaz naturel dans quelques années. Pourtant, cette dépendance n’a jamais inquiété les gouvernements successifs puisqu’il n’y a toujours pas de plan de transition énergétique en dehors des effets d’annonce. Alors que le PV (photovoltaïque) résidentiel existe depuis des décades dans les pays voisins du Maghreb, on nous annonce que les producteurs privés d’électricité pourront revendre leur excédent électrique à Sonelgaz au 2eme semestre 2019 (les-entreprises-pourront-enfin-revendre-leur-excedent-electrique-a-sonelgaz). Est-ce un réveil tardif ou un nième effet d’annonce ?
On est donc tenté de penser que le modèle algérien de consommation énergétique totalement incohérent et combiné à une politique d’absence de renouvellement des réserves d’hydrocarbures conventionnels fait partie du complot contre l’Algérie.

Siphonage des devises et tirage des dinars
Les importations massives, sans création de valeur ajoutée (destinées à enrichir certains mais aussi à siphonner rapidement les réserves de change) et le sabotage du modèle énergétique reflètent-ils une volonté manifeste d’atteindre rapidement une situation de faillite financière? Comment épuiser rapidement les réserves de change? C’est simple, un budget de la défense à deux chiffres, un port en eau profonde d’import/export dans une zone au fort potentiel touristique, une 5eme usine d’ammoniac pour siphonner avec des complices étrangers quelques milliards de dollars des exportations de gaz naturel, l’achat d’usines obsolètes à l’étranger, des importations massives de voitures diesel et du gasoil importé aux dernières normes etc. Les idées ne manquent pas. Même la Safex estime que c’est le moment d’injecter 2,8 milliards de dollars pour rénover ses installations.
Mais, vous noterez que le régime n’entretient même pas les universités scientifiques existantes (en état de délabrement avancé), ne cherche pas à construire des hôpitaux modernes ou à développer l’agriculture pour espérer atteindre l’autosuffisance alimentaire etc. Vous avez bien compris. Il n’est pas question d’investir mais de dépenser l’argent quitte à le jeter par la fenêtre. Pour les dinars, la solution a été très vite trouvée: une planche à billet qui a imprimé l’équivalent de 40 milliards de dollars, de quoi dévaluer rapidement notre monnaie et bien sûr baisser le pouvoir d’achat des algériens. Le recours à la planche à billets n’est qu’un moyen de prolonger le statu quo en pavant de billets de banque (bientôt sans valeur) les derniers kilomètres d’une transhumance vers le chaos.
Cette démarche politique et économique suicidaire, sans aucune vision de long terme, inquiète le citoyen algérien à qui on a fait croire que la rente des hydrocarbures sera au rendez-vous jusqu’en 2030, voire 2040. Même les Baltaguiya alliés au clan d’Oujda ne comprennent pas cette politique autodestructrice car personne ne leur explique pourquoi le commandant du navire (qui peut ni se mouvoir, ni parler, ni recevoir) maintient le cap vers une zone de tempête en faisant régulièrement escale pour renouveler son équipage. Sur le pont supérieur, les "gardiens du temple" de la grande muette fument leurs cigares et scrutent l’horizon, satisfaits de l’opération de "décervelage" du peuple qui facilite l’atteinte de leurs objectifs idéologiques et maintient la paix sociale. Mais jusqu’à quand ?

L’encerclement militaire
Nous sommes conscients que l’Algérie n’est qu’un petit pion sur l’échiquier de la scène géopolitique mondiale. Toutefois, la menace se précise avec le dispositif d’encerclement militaire autour de nos frontières. On dit que seuls les peuples qui comprennent la logique qui les détruit et la rejettent peuvent survivre. La Syrie, avec l’aide militaire de la Russie et de l’Iran, a su faire face à un plan de destruction qui a mobilisé des moyens militaires et financiers colossaux. L’Algérie sera-t-elle épargnée parce que des hommes et des femmes vont se réveiller, dénoncer ce complot et imposer des mesures de sauvegarde ou connaîtra-t-elle le sort réservé à ses prédécesseurs, l’Irak, la Lybie et la Syrie, ces pays très riches devenus brutalement exsangues avec la complicité morbide de leurs dirigeants?

Le silence des agneaux
Hélas, nos intellectuels n’ont pas vu venir depuis plus de vingt ans cet énorme tsunami qui va bientôt balayer notre pays. La majorité des analyses publiées manquent de recul et se focalisent, pour la plupart, sur les affaires de corruption qui ne représentent que la partie émergée de l’iceberg du mal algérien. On les comprend, ceux qui sont encore libres de s’exprimer se rassurent quelque peu en optant pour la piste maffieuse et refusent de voir l’insoutenable vérité, celle de la haute trahison au sommet d’un Etat dirigé apparemment par des personnages ayant double ou triple nationalité, des marionnettes au service de leurs parrains étrangers, et tout cela sous le regard accommodant de ceux qu’on nommait les gardiens du temple, convertis en hommes d’affaires véreux.
Des experts reconnus et intègres se sont fait berner par des membres importants du gouvernement en acceptant de collaborer dans des Task force qui devaient soi-disant piloter les réformes d’un nouveau modèle économique, donnant ainsi du crédit à des hommes politiques (cités par les Panama Papers) qui s’enrichissent sans vergogne en organisant, au profit d’hommes d’affaires véreux, d’immenses transferts d’argent public, de concessions de biens fonciers agricoles et industriels, de carrières et mines etc.
Des Think-tank déversent à longueur d’année des recommandations que personne ne lit. Ils sont tolérés tant qu’ils ne publient pas des bilans économiques chiffrés avec des diagnostics critiques et surtout tant qu’ils n’entrent pas dans le débat politique. Enfin, il ne faut pas oublier de citer les pseudo-experts payés pour désorienter les débats sur des questions technico-économiques et qui, par exemple, proclament que l’Algérie exportera l’équivalent de 3 milliards de dollars hors hydrocarbures en 2019.

Que restera-t-il de l’Algérie après l’épuisement des réserves de change et le transfert des réserves d’hydrocarbures à des parrains étrangers ? Un pays avec un peuple docile qui accepte les règles de gestion du FMI (thèse de Chakib Khelil) ou un pays à l’agonie livré au pillage et à une guerre civile qui justifiera l’intervention militaire des nations de l’OTAN qui ont déjà pris position autour de nos frontières (Tunisie, Libye, Tchad, Mali, Maroc..).
Qui va assurer la continuité de la feuille de route ?
Le 26 mai 2018, des personnalités de la société civile adressent une lettre ouverte à Bouteflika pour lui demander de renoncer à un 5eme mandat. Trois jours plus tard, le 29 mai 2018, les forces navales algériennes saisissent 701 kg de cocaïne à bord d’un bateau supposé transporter de la viande pour le compte de Kamel Chikhi. Cet énorme scandale a entrainé l’inculpation de membres influents de la nomenklatura et le limogeage du général Abdelghani Hamel. Notons que le clan présidentiel a annulé la décision d’expulser Hamel de la résidence de Hydra appartenant à la DGSN. Faut-il s’attendre à une réhabilitation de Hamel après un pèlerinage en burnous blanc dans des zaouïas sponsorisées par les narcotrafiquants?
Hélas, l’Algérie, le plus grand pays d’Afrique, est devenue la risée du monde entier depuis que l’ensemble de ses institutions, y compris l’institution militaire, appelle à réélire un président impotent qui n’a pas parlé à son peuple depuis cinq ans. En prenant cette position, cette institution s’éloigne de son peuple qui lui demandera demain d’en assumer toutes les conséquences.

Les enjeux du 5eme mandat
Tout le monde se rend compte que Bouteflika ne peut pas assumer les fonctions de président.
Contrairement aux autres membres du Clan présidentiel, Chakib Khelil est le seul à promettre la continuité sans aucune mesure d’austérité, en avançant qu’il a la solution pour "redresser la situation économique du pays". Chakib Khelil a déclaré qu’il faut rompre avec les discours pessimistes : "Au pire, il y a l’endettement extérieur", dit-il avec morgue. Il reprend intégralement le message du FMI qui considère que "la diminution rapide de l’épargne budgétaire signifie que l’Algérie devra emprunter davantage pour financer les déficits futurs". En plus du "recours accru" à l’emprunt obligataire national, le FMI recommande aux autorités "d’envisager l’endettement extérieur et d’ouvrir le capital de certaines entreprises publiques au secteur privé, de manière transparente".

Peut-on encore sauver notre pays ?
Le défi majeur de l’Algérie, c’est l’instauration d’une démocratie véritable et le recours à un modèle économique qui nous permettrait d’instaurer la bonne gouvernance. C’est l’œuvre d’au moins une génération.
Les recommandations en ce sens relèvent du bon sens: il faut récupérer l’école et former des ressources humaines compétentes, rétablir la justice, promouvoir notre potentiel agricole, encourager le développement d’industries stratégiques et des services créateurs d’emplois et de valeurs ajoutées et surtout, redonner l’espoir à nos jeunes. Mais pour que tout cela se réalise sans violence, il y a un prix à payer que le peuple va exiger avant d’accepter de se serrer la ceinture: il faut lui rendre justice en faisant la lumière sur tous les scandales et les actes de corruption et de trahison du clan présidentiel et de leurs complices cachés derrière le rideau. Les crimes de corruption sont imprescriptibles et régis par des accords internationaux. Il faudra juger et condamner ces criminels pour pouvoir saisir leurs biens et rapatrier les centaines de milliards de dollars qui ont été volés.
S.K

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