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POINT DE VUE

Le peuple en colère a mis fin à la lâcheté de la hogra et à la honte de l’humiliation

L’histoire qui s’écrit depuis des mois a remis les pendules à l’heure. La froidure qui a généré des idées mortifères et a maintenu sa carapace sur les idées de la vie a été submergée par un soleil bienvenu du printemps précoce de l’année 2019.

Et cet évènement, inédit et inattendu, en ce 22 février de cette année-là, a fait naître une nouvelle catégorie de femmes et d’hommes de cet Algérie qui regarde autrement et son histoire et sa projection dans l’avenir. On les appelle les enfants du sourire, une sorte d’optimistes habités par l’utopie et armés de patience. L’histoire leur a d’ores et déjà donné raison, raison de croire que rien ne tombe du ciel et tout se passe sur notre terre si fertile et si riche en surprise.

Dame Histoire leur a donc déjà prodigué quelque félicitation, celle d’avoir fait sortir de leurs palaces quelques intouchables dénommés ‘’issabates’’ pour les expédier dans les geôles d’El Harrach. Leurs vassaux qui jouaient les idiots du village s’attendaient à ce qu’ils reviennent vite de ce bagne jusqu’ici réservé aux victimes de leur sale besogne. Oui idiots ils sont, idiots ils resteront car ils pensaient que le pays connaissait un simple chahut de gamins dans les cours d’écoles qui s’éteindra à la fin de la récréation. Comme c’est bizarre, quelque trente ans auparavant, un de leurs ‘’ancêtres’’ avait inventé la formule de "chahut de gamins" pour qualifier les émeutes populaires d’octobre 1988.

Ces évènements de 88 sont entrés dans l’histoire et on peut dire sans trop se tromper qu’ils ont constitué les semences qui ont bourgeonné pour éclater en superbes fleurs du mouvement de dissidence populaire de 2019. Voici donc pourquoi, il est des optimistes qui s’enivrent aux fontaines de l’histoire pour mieux résister et finir par balayer ceux qui sirotent un breuvage qui les rend sourd aux fureurs de la vie.

Et ces enfants du sourire ont d’autres acquis à leur actif depuis leur entrée fracassante dans l’histoire par la grande porte, celle qui mène de plain-pied à la rue, cet espace public qui fait trembler tous les despotes. Et l’un de ces acquis est phénoménal parce qu’il est le vecteur de la pensée, de la politique (vie de la cité) traduite avec des mots qui mettent au rebut un langage indigeste qui servait de piliers vermoulus à l’immobilisme et à l’ennui qui castraient ces enfants du sourire.

A ce langage indigeste, la jeunesse hirakiste oppose des mots qui se conjuguent au mode de la délicatesse et de l’élégance. La délicatesse comme outil de la rigueur, l’élégance comme vecteur de plaisir pour l’esprit. Ainsi ce langage nouveau chanté avec le son et l’accent délicieux des langues populaires, nous transporte loin très loin du discours politique ‘’institutionnel’’ dont le maître mot est dialogue. Question à un dinar, comment amener à dialoguer des gens qui soliloquent dans leur coin tout en louant les vertus du dialogue ? Autant vider la mer avec une louche.

Dialoguer dans le cas précis du mouvement populaire actuel, c’est échanger des idées pour rapprocher des points de vue dont le seul vainqueur devrait être le peuple vivant dans une Algérie hors de portée des prédateurs domestiques et des gendarmes actuels du monde. Dialoguer implique pour les partenaires autour de la table, deux conditions, égalité de statut (citoyenneté sans zaïm de droit féodal) et de confiance (sans ruse et engagement à se soumettre au suffrage du peuple). Deux critères inconnus dans la langue des acteurs de cet étrange dialogue qui entretient des liens avec une fiction faute de vouloir ou pouvoir comprendre la complexité du réel ou simplement par peur de se confronter (à ce réel).

Question encore à un dinar, au vu de la situation sur le terrain, quel est le mot d’ordre qui est au plus près des aspirations de la société, Yatnahow Gaâ ou bien dialoguer ?

Inutile de tourner autour du pot, l’évidence saute aux yeux, les deux mondes qui se font face ne parlent pas la même langue, chacun ayant son propre langage.

Dis-moi les mots que tu utilises, je te dirai qui tu es ? En plus du détournement de leurs sens, les pauvres mots sont passés à la moulinette des comparaisons en faisant fi de l’époque et de la géographie des pays. Comme si l’Algérie n’avait ni problème ni histoire pour aller chercher ailleurs des matériaux d’analyse.  Ainsi, pris au piège de l’impuissance politique à analyser la situation, d’aucuns prennent des chemins vipérins de la fuite en avant.

Alors, l’Algérie immense pays qui a sa propre histoire et ses propres atouts devient tour à tour potentiellement la Syrie de Bachar Assad, puis l’Egypte fantasmée du général Sissi, (ami ami avec Israël et les USA) pour finir au détour d’une page de Facebook de se retrouver dans le champ ouvert à tout vent de la Libye qu’on oublie de dire qu’elle est avant tout victime d’une alliance de féodaux et de puissances étrangères.

Mais qu’arrive-t-il à ces politiciens, qu’espèrent-ils pour nous balader dans des ailleurs pour nous faire peur. Sont-ils à ce point hors sol pour ne pas se rendre compte qu’il est difficile de faire gober pareilles balivernes à un peuple qui a prouvé sa ténacité et sa maturité. Ont-ils oublié que ce sont des mots d’ordre dans les manifs qui apostrophaient Macron et Trump en leur demandant de ne point fourrer leur nez dans les affaires du pays.

A moins que l’attitude de ces politiciens n’est que fuite en avant, des signes pour masquer la vacuité de leur idéologie handicapante devant la dynamique en cours dans le pays. Un handicap qui n’est pas étranger à la difficulté de comprendre la phrase de Gramsci sur le vieux monde qui tarde à partir et le nouveau qui rencontre des difficultés à s’imposer (1). Et ce handicap explique souvent la recherche effréné du fameux consensus que l’on s’échine à construire.

Le tableau du paysage politique du pays en cette période de crise est en grande partie l’œuvre du machiavélisme au sens maffieux du terme de la issaba sous la conduite d’un chef dont la mesquine philosophie se résumait à la maxime : après moi le déluge. Lequel paysage arrosé non par une pluie salvatrice mais par un ciel orageux qui laissait tomber des grenouilles comme dans les contes pour enfants.

Et ce champ-là condamné jusque-là à la désertification attend que de véritables partis politiques représentatifs véritablement des citoyens mettent fin à la mauvaise fiction actuelle pour construire des institutions sur le socle du réel en tirant des leçons de notre récente histoire de 1954 à 2019.(2).

Ali Akika.

Notes

(1) La phrase exacte de Antonio Gramsci homme politique italien est celle-ci : La crise est le moment où l'ancien ordre du monde s'estompe et où le nouveau doit s'imposer en dépit de toutes les résistances et de toutes les contradictions. Cette phase de transition est justement marquée par de nombreuses erreurs et de nombreux tourments.

(2)  Dans l’art et notamment dans le cinéma une bonne fiction conjugue à merveille la vraisemblance du réel (Aristote) et l’imagination féconde de l’artiste.

Auteur
Ali Akika, cinéaste
 

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