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OPINION

Le poison du pouvoir central

Qu’est-ce qui justifie la concentration des pouvoirs et leur centralisation excessive ?

L’Algérie se caractérise par une économie fondée sur une distribution anarchique de la rente, administrativement menée par un pouvoir central s’exerçant à partir de la capitale. Des plans ont été conçus par des bureaucrates aux compétences limitées, squattant des cabinets ministériels, adossés à des agences et offices au rendement peu reluisant, coupés des besoins des régions et sans cohérence.

Les exemples foisonnent : plans de développement rural élaborés à partir du boulevard Amirouche d’Alger, gestion forestière à partir des bureaux de Ben Aknoun, politique de Sonatrach à partir des bureaux surpeuplés de Hydra, etc. C’est surréaliste, ubuesque et source d’énormes gaspillages.

Le nivellement par le bas et l’avilissement des emplois supérieurs, ont miné les institutions, les rendant inefficaces et budgétivores. Les privilèges de ces postes devenant la monnaie d’échange d’une médiocrité offrant clientélisme et népotisme. L’intérêt général s’exprimant comme une vague promesse, un mot de fortune brandi pour des populations intoxiquées par la démagogie, le tribalisme et le populisme.

Le pouvoir c’est la faculté qu’accorde une société à des personnes pour la gouverner. Il n’est ni total, ni définitif, ni indépendant car il est censé être contrôlé. C’est là que ça bascule : qui contrôle le pouvoir ? Qui supervise son exercice ?

L’antidote contre le poison d’un pouvoir central autoritaire peut s’incarner dans la régionalisation. Pas dans le régionalisme qui fait tant de dégâts. Il s’agit de se débarrasser du régionalisme et sa face hideuse, le népotisme, pour qu’il ne soit plus tabou d’évoquer la régionalisation dont les exemples foisonnent : les Landers et leur puissance en Allemagne, les Communautés autonomes en Espagne, etc. La région est un mot polysémique recouvrant des réalités, culturelle, historique, économique et sociale qui se confondent avec l'espace physique.

La région est d’abord un espace, ensuite une logique et enfin un pouvoir. Si la raison peut se dédouaner d'une telle polysémie, la région charrie d'autres signifiants, parfois péjoratifs, formés d'enjeux géopolitiques, économiques et culturels, rationnels et irrationnels. Le débat se nourrit d'une quadruple préoccupation non exclusive : comment se structure et s'organise l'espace régional, quel éclairage apporte le développement local dans la réussite économique des régions, comment s'organise le pouvoir des régions, et comment s'articule l'émergence des régions dans la mondialisation ?

La région est un espace, reflet d'un milieu de vie à la recherche d'un équilibre, résultat de contraintes naturelles sur lesquelles se combinent des activités humaines. On comprend que l’'apport des géographes, des sociologues, des économistes, des historiens, des démographes, des urbanistes est incontournable pour les prises de décisions. Comment intégrer le local dans le national en valorisant le poids géographique, culturel, économique et social d’une région ?

Les contraintes géographiques et écologiques consacrent l'organisation de l'espace. On parle de "région pastorale", de "région agricole", de "région maritime" ou encore de "région industrielle". Mais les espaces régionaux ne sont pas que le produit de structurations écologiques et le résultat d'activités économiques. Ils deviennent des "espaces vécus" dans lesquels les hommes investissent leurs représentations, des modes de vie, des traditions et des cultures.

Des identités s’épanouissent autour de l’articulation entre espace construit et espace investi. Il n’y a plus des "régions naturelles", mais des espaces organisés selon des logiques de centralisation, de contrôle, de valorisation ou dévalorisation, de renforcement ou de marginalisation, actionnées sous l'euphémisme des "politiques d'équilibre régional". Les structurations de l'espace s'articulent autour de relations institutionnalisées, matérialisées par des moyens à travers l'Etat.

La région devient un sous-ensemble administratif, bénéficiant d’une répartition des ressources, sous forme de localisation/délocalisation, décentralisation/déconcentration et de délégation d'autorité. Cela ne va pas sans problème. Quel que soit le régime, les pesanteurs de l'Histoire et les formes de représentation des populations ; la question du pouvoir de décision s’impose.

Elle est liée aux prérogatives des citoyens face aux projets qu'ils acceptent ou non de partager. Une région voudra, en fonction de son potentiel, promouvoir son développement sans préjudice de son attachement à la Nation. Cela peut susciter des oppositions avec un centre de décision, acceptant difficilement que "quelque chose lui échappe", sans que la méritocratie soit au rendez-vous. Ressurgit alors l’antagonisme entre citoyenneté et modèles de développement : faut-il, pour être citoyen, adhérer à une vision centrale, influencée peut-être par des considérations régionalistes et claniques, ou s’ériger en promoteur de son développement, libéré d'une tutelle éloignée des situations locales ?

C'est ce questionnement qu'il faut prendre en charge si l'on ne veut pas déboucher sur de "fausses solutions" à cause de problèmes "faussement posés". Un nouveau sens devrait être donné à l'exercice du pouvoir pour qu’il ne soit plus sectaire, clanique, ni solitaire. Un débat sur la régionalisation peut être salutaire. À chacun d'y contribuer, s’il considère qu’ainsi, il aura fait preuve de nationalisme.

O. B.

Cette contribution a été publiée sur la page Facebook de l'auteur.

Auteur
 Omar Benbekhti