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TRIBUNE

Le Printemps berbère, une fondation pour une réalisation amazighe

Les plus « idéalistes » d’entre nous  soutiennent que le combat des Kabyles, est en premier lieu, un combat en faveur de toute l’Afrique du Nord. Les « réalistes », eux, sont catégoriques, sur le fait que le seul et vrai combat à mener, est uniquement pour la liberté de la Kabylie. Pour ma part, je considère qu’il est idéal d’avoir un regard extérieur pour asseoir une réelle et complète  stratégie de lutte. En d’autres termes, l’un complète l’autre, le réel renforce l’idéal.

De tous les écrits et témoignages que j’ai pu lire sur le printemps Berbère de 1980, je n’ai décelé aucune équivoque remettant en cause la dimension Amazighe de cet événement. 

En réalité, ce n’est pas l’adhésion des Amazighs, quand bien même souhaitée, qui a fait du printemps de 1980, un printemps Berbère,  mais c’est l’esprit dans lequel les Kabyles l’ont façonné, qui lui a apposé la signature Amazighe ou ce que j’appelle : la « reamazighisation moderniste » du continent nord-africain. 

Il est évident qu’il ne s’agira pas de reconstruire le royaume des Massyles, ni celui de Koukou. Il ne s’agira pas non plus de déconstruire cette histoire Nord-africaine qui nous a fait une place dans le monde des civilisations.  Mais il est question de bâtir des États Amazighs conformes à la volonté des peuples qui y vivent depuis la nuit des temps.

Aujourd’hui, au vu de l’histoire, il serait malhonnête de vouloir,  par une démarche révisionniste, dévoyer l’ambition qu’avaient  les acteurs du Printemps Berbère, qui consistait à sensibiliser au-delà de leur territoire, même si aujourd’hui, le constat est sans appel, quant à la faible adhésion des peuples de Tamazgha aux idées libératrices, portées par les Kabyles. 

Là encore, l’échec n’est pas dû à la nonchalance des Kabyles, mais il est le résultat d’un engourdissement de la conscience des autres peuples amazighs. Bien qu’il faille le reconnaître, l’éveil nord-africain commence à se sentir. Le pouls est à peine perceptible, mais le cœur d’une Afrique du Nord réconciliée avec son passé bat toujours. De ce fait, nous ne pouvons qu’être fiers de nos combats d’hier.

De surcroît, les  luttes des peuples et nations, à travers le prisme de leurs exploits et défaites, il est naturel que nous endossions la responsabilité d’assumer l’héritage qui en découle. 

En revanche, les dérives, l’irresponsabilité et la perfidie des individus, ne sont le bien que de leurs acteurs. 

L’histoire, qu’elle relève de la collectivité ou de l’individu, est de l’ordre du passé. Une rétrospective est toujours possible, mais l’histoire n’est en aucun cas une projection.

Le souhait, aujourd’hui, est de consacrer toute cette générosité et ce dynamisme pour bâtir une Kabylie forte et pérenne. En gardant constamment, la perspective d’une intégration plus large de nos acquis de lutte, au sein d’une Afrique du nord en phase avec son histoire et son « identité Amazighe».

Sans rentrer dans des considérations politiques, et loin de moi l’intention d’ouvrir « la boite de pandore », je pense que des personnalités telle que Saïd Sadi, Salem Chaker, Djamel Zenati, Aziz Tari, Malika Baraka, Bouaziz Ait Chebib, Hasan at Amar Wali, Hamou Boumedine, et bien d’autres, sont capables d’apporter un nouveau souffle, une nouvelle vision et une vraie solution, autant sur plan de la réflexion que sur le plan de la concrétisation. Leur "concours synergique" aura comme objectif, construire un avenir meilleur pour la Kabylie, l’Algérie et Tamazgha dans son ensemble. 

L’idée, c’est de donner un sens à l’indépendance, en libérant les peuples, afin de  leur permettre d’exercer une pleine souveraineté.

Enfin, aussi loin qu’on puisse retourner dans l’histoire, les Kabyles ont irrigué généreusement les rigoles des luttes justes. Ce qui constitue pour nous, et pour les générations futures "un viatique" (1) suffisante pour  achever ce  long chemin vers la liberté.

Y. C.

Notes

1- Mot emprunté du titre : "La fierté comme viatique". MEMOIRES, Saïd Sadi.

 

Auteur
 Yacine Cheraiou