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REGARD

Le racisme tapageur des antiracistes

"Les racistes sont des gens qui se trompent de colère.". Léopold Sédar Senghor

Aujourd’hui, l’inclinaison est à l’excommunication et à la prohibition. Autant commencer par cette évidence qu’il faut rappeler à chaque pas, le racisme n’a pas sa place dans notre humanité ici comme ailleurs. Il n’y a absolument aucune circonstance atténuante à désintéresser de cette abjection qui réduit des hommes à des animaux de somme. Il faut également rappeler que la traite humaine a de tout temps existé sous toutes les latitudes.

Si l’on parle le plus souvent du commerce triangulaire qui a consisté à échanger des « marchandises » négrières entre l’Afrique, l’Europe et l’Amérique, il ne faut pas pour autant omettre que les arabo-musulmans ont été des champions dans ce domaine. Les émirs et les sultans d’antan achetaient des convois entiers de jeunes éphèbes noirs pour en faire des eunuques pour garder leurs harems. Et cela s’est poursuivi avec les empereurs ottomans à Topkapi et ailleurs. 

Aujourd’hui même, en 2021, la Mauritanie et l’Arabie saoudite logent toujours des Ku Klux Klan bien à elles. L’esclavage est toujours de mise à Nouakchott. Quant à Riad, il suffit de se renseigner sur les jeunes filles asiatiques que les potentats engagent comme petites bonnes pour ne plus les relâcher. Au moyen de l’extorsion de leurs passeports et autres délicatesses.

La mort horrible de George Floyd a été l’occasion pour beaucoup, en Europe en tous les cas, en France et en Belgique essentiellement, de transformer un combat respectable en une dépravation inimaginable. Voilà donc que, place de la République à Paris ou avenue Louise à Bruxelles, des voyous revanchards, nourris au biberon de la haine, profitant allégrement des allocations que ces deux pays leur offrent, voilà-t-il pas qu’ils s’en prennent au passé de ceux qui leur ont permis de s’affranchir de leurs dictatures.

Disons-le tout net, la nouvelle inquisition n’aura pas de prise. En France et en Belgique, on n’exécute pas les apostats, on ne crucifie pas les hétérodoxes, on ne jette pas la pierre sur la femme infidèle, on ne crache pas sur les hérésiarques, de même qu’on ne jette pas à terre des statues des rois du dix-neuvième siècle ou des maréchaux d’empire.

Le passé est le passé et il n’est pas question de déboulonner les bronzes ou les marbres en place. On peut porter un jugement sévère sur ces anciens dirigeants et mettre en avant les atrocités commises en Algérie ou au Congo mais mettre en place des bûchers pour brûler ceux qui ne correspondent pas à notre vision, jamais !

L’antiracisme est un combat qui doit être une constante dans nos sociétés européennes comme dans d’autres parties du globe. Sauf que cet antiracisme est en train de se mordre la queue pour se transformer en racisme. Il suffit de voir la foule colérique, la bave aux lèvres, les babines retroussées, pour se rendre compte que nous avons affaire des gens qui sont venus pour faire un autodafé et insulter le blanc coupable d’avoir eu, il y a plus de cent ans, des gestes déplacés ou des pensées honteuses et d’insister, comme le loup de La Fontaine qui disait à l’agneau : « Si n’est toi, c’est donc ton frère ».

Le totalitarisme est de nouveau parmi nous. Un stalinisme du pauvre hère qui plie les genoux et qui courbe l’échine, celui d’un communautarisme qui se fabrique une victimisation indigéniste. Car voilà des jeunes et des moins jeunes qui ont failli boire la tasse au milieu de la Méditerranée, qui ont fui Bouteflika et Kadhafi, les oppresseurs et les tyrans de Kinshasa et de Niamey, pour venir cracher une haine incompréhensible à Paris ou à Bruxelles. 

Les meutes sont à l’œuvre, et les meutes ne se mettent en mouvement que pourvues d’une tête qui leur indique ce qui doit être déboulonné et ce qui doit être fracassé. La nouvelle inquisition s’est mise en branle. La supposée victime s’est dotée d’une morale qui lui permet de se venger lâchement à grand tapage de pavés et d’insultes. Les anomalies tapageuses du passé ne doivent pas être remplacées par une destruction de la mémoire commune.

Renverser une voiture ou fracasser une vitrine ne fera pas de Bugeaud ou de Léopold II des saints. Ils ont été ce que l’histoire a retenu d’eux. Il convient de les étudier et de démonter les auréoles que d’autres leur ont tressées, c’est comme cela que certains peuvent grandir aux yeux des autres.

L’histoire n’est pas une science exacte. Et la plupart du temps, elle n’est écrite que par les vainqueurs. Il convient avant tout de mettre toutes les cartes à plat et de chercher où se trouvent les failles, pas à prendre un briquet et de l’essence pour y mettre le feu. Les aigreurs et les fanatismes ne sont finalement là que pour désigner les erreurs de l’Occident, pour traduire l’Ouest en jugement. Comme si en deçà de la Méditerranée, le racisme et l’esclavage n’existaient pas.

Ces jeunes qui hurlent leur aigreur et leur inimitié, ici, à Paris ou à Bruxelles, n’ont jamais eu la moindre occasion de s’opposer au Caire ou à Conakry aux tyrans qui possèdent leurs pays d’origine pour faire valoir leurs droits les plus élémentaires.

Je terminerai ma chronique par cette citation de Pascal Bruckner tirée d’Un racisme imaginaire (2017) : « Il n'y a plus de races sinon celle, proliférante, des racistes qui pullulent comme vermine à rééduquer. »

Auteur
Kamel Bencheikh, écrivain