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TRIBUNE

Le statu quo est devenu intenable

Depuis le 22 février, l'Algérie connaît un profond mouvement de dissidence populaire qui a conduit déjà à la démission du président Bouteflika.

Il est invraisemblable que l’élection présidentielle prévue pour le 4 juillet puisse se tenir. Tous les observateurs l’ont dit et en ont donné les raisons.

Pour cela, il est indispensable que soit organisée une période de transition qui ne soit pas trop longue et dont la direction serait confiée à un groupe de sages, c’est-à-dire à des personnalités politiques connues, expérimentées, dont l’intégrité morale est sans faille et qui n’ont plus aucune ambition politique. Ces personnes existent et si elles sont sollicitées ne manqueront pas à l’appel.

Il faut savoir que chaque jour qui passe affaiblit un peu plus l’économie nationale qui connaîtra en 2019 un quadruple déficit : celui de la balance commerciale, celui de la balance des services et des revenus, celui de la balance courante et celui de la balance des paiements. Par ailleurs, l’Algérie s’isole sur le plan international dans la mesure où nos partenaires peinent à saisir les signaux contradictoires qui leur parviennent d’Alger.

Quoiqu’il en soit, l’État-major devra conserver l’intégralité de ses prérogatives, y compris pour tout ce qui se rattache à la justice militaire et devra être partie prenante à la détermination du champ d’application de la justice transitionnelle.

L’accompagnement de la transition par l’Armée est la condition même de son succès. Aucun des observateurs qui connaissent un tant soit peu le fonctionnement de l’Etat algérien, ne prétendra le contraire. Ceci dit, la Constitution révisée du 6 mars 2016 est devenue complètement caduque. Une Proclamation solennelle de l’État-major devrait en sceller le sort une fois pour toutes.

Un vibrant hommage doit être rendu au Général Ahmed Gaid Salah et à l’ensemble des membres de l’État-major qui ont fait preuve d’un courage et d’un sang-froid extraordinaires face aux graves turbulences qui secouent l’Algérie depuis le 22 février dernier, se substituant à une classe politique impotente et veule et à une magistrature qui a librement consenti aux restrictions dont ses décisions ont toujours fait l’objet. Sur les épaules du général Ahmed Gaid Salah qui a rejoint les rangs de l’ALN de l’intérieur, alors qu’il n’avait même pas 17 ans, reposera, pour un temps indéterminé, la responsabilité de faire triompher l’Etat de droit auquel aspire notre population, bien plus qu’à une démocratie représentative dont le modèle est partout en crise, notamment en Occident.

L’Armée algérienne apportera ainsi la preuve qu’elle est autant, sinon davantage, attachée à l’ensemble des libertés individuelles et collectives que ses thuriféraires autoproclamés, oublieux de toutes les compromissions dont ils se sont rendus coupables avec le régime depuis 20 ans.

Auteur
Ali Mebroukine, universitaire