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L'histoire se répète

“Les Amazighs du 19 mars” !

Contrairement aux planquées, les masses protestataires amazighes n'ont pas attendu 2018 pour réclamer leur identité. 

Après le cessez-le-feu en Algérie le 19 mars 1962, beaucoup avaient décidé de prendre le train en marche en rejoignant pour certains l’ALN, la Force locale créée pour encadrer la période transitoire à Rocher Noir (Boumerdes), et d’autres de déserter au dernier moment les casernes de l’armée française et rejoindre les maquisards. C’était alors les plus grands champions du nationalisme… et de l’opportunisme, après la fin de la guerre de libération nationale. Il n’y avait alors plus de danger !

C’était au village à cette époque, nous étions jeunes, que nous entendions chez les adultes, l’expression, avec un ton de mépris : "imjuhad n 19 mars" (les maquisards du 19 mars).

Nous ne savions pas à cette époque que ces "maquisards du 19 mars", les DAF (déserteurs de l’armée française), et les faux maquisards allaient rejoindre l’armée de l’extérieur et prendre le pouvoir par la force quelque temps après. Qui l’aurait imaginé dans l’euphorie de l’indépendance chèrement acquise ?

L’opportunisme n’est pas l’apanage de la seule Algérie. Dans tous les pays où des événements importants avaient amené des chamboulements dans la société (libération de la France du nazisme en 1945, révolution d’octobre 1917 en Russie, victoire des mollahs en Iran en 1979,…), des planqués se sont infiltrés jusqu’à parvenir aux plus hauts postes de responsabilité, et ainsi détourner le fleuve, comme l’avait si bien écrit feu Rachid Mimouni (1).  

La récente évolution positive de l’État algérien par rapport à la reconnaissance de la langue et de la culture amazighe et de yennayer, qui aurait dû se faire dès le 5 juillet 1962, semble libérer les esprits de nos concitoyens pour envisager une redéfinition de l’identité nationale sur des bases conformes à l’histoire et au vécu de nos peuples depuis des dizaines de siècles.

Certains parlent clairement de changement de paradigme, ce qui serait salutaire pour notre nation vue dans sa globalité, c’est-à-dire à l’échelle de l’Afrique du Nord.

Cependant, au lieu d’un foisonnement de débats sereins engageant la société et l’élite, l’impulsion de lieux d’échanges et de réflexions collectives pour ‘’secouer le palmier’’, nous assistons à de regrettables courses contre la montre dans cet opportunisme de positionnements égoïstes et de retournements de vestes, encouragés certainement par tous ceux qui tiennent à verrouiller et saboter cet avancée historique pour continuer de "détourner le fleuve".

Les quelques informations relatives au projet de création de l’académie algérienne de la langue tamazight permettent de douter de l’avènement, de sitôt, de ce changement de paradigme.

Nous voyons dès à présent naître (2), se propager et se multiplier une nouvelle espèce d’Algériens : "les Amazighs du 19 mars".

Est-ce une fatalité pour notre pays de recommencer à chaque fois l’échec  ?

A. U. L.
Notes :

(1) "Le Fleuve détourné", Rachid Mimouni, roman, édition Stock 1982.

(2) On apprend que le 21 janvier dernier, un bureau national des écrivains de langue amazighe a vu le jour à Boumerdès sous la férule de l’Union nationale des écrivains, et de désigner en son sein un président qui … ne parlerait pas un traître mot de tamazight et qui n’a jamais écrit un mot en tamazight !

https://www.inumiden.com/imbroglio-politico-litteraire-a-batna/ .

Auteur
Aumer U Lamara, physicien, écrivain de langue tamazight
 

Commentaires

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Bravo pour avoir prèféré le mot maquisard plutot que la parole moudjahid, qui est plus ambigue. Alors que c'est benbadis qui glorifiat le colonialisme on a elevé la donne islamique comme liberatrice et que le combat serait entre musulmans et chretiens. Alors que beaucoup de musulmans et chretiens se trouvaient des deux parties de la barricade.

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Ce poème de Si Mohand rapporté par Mammeri traduit bien la situation sur la valeur de ces nouveaux convertis.
Maintenant la valetaille a le vent en poupe
c'est elle qui commande.
Les charognards ont le pouvoir.
Les chefs c'est des entremetteurs.

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Nos opportunistes portent l’estampille du pouvoir illégitime et de la mauvaise gouvernance… en place depuis 62…Ce sont des opportunistes labélisés ! Et selon le vent…la voile…ces derniers venus, appelés à la rescousse…ferment la porte ! C’est pourquoi les peuples adultes…préfèrent la politique à la gouvernance !

Ah oui ! Le fameux, l'omniprésent, le saoulant…changement de paradigme ! Dans l'actualité, le paradigme foisonne ! Le mauvais style…c'est d'employer de grands mots…pour de petites choses ! On peut se demander d’ailleurs…pourquoi on ne dit plus…comme il n'y a pas si longtemps…modèle…système…courant de pensée…ou même concept…. si on veut absolument faire chic ! Tout ce pompeux…cet ampoulé…pour parler de l’once de lest…lâchée par le régime aux abois…et qui peut être reprise dès la première embellie financière ! Lamentable ! Pour ne pas paraître ronchon…je passe sur "l’évolution positive"…

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C’est un éternel recommencement. Les Kabyles lutent et généralement au prix de leur vie et quand vient le moment de la récolte les algériens arabophones scouatent tout sur leur passage. C’est toujours la même chose, en 62, en 80, en 88, en 95, en 2011...le résultat est toujours le même. AUL l’a bien mentionné dans son analyse « un bureau national des écrivains de langue Amazigh à sa tête un président qui ne parlerait pas un traître mot Amazigh » c’est comme le HCA, l’académie algérienne de la langue Amazigh, la télévision, Yennayer algérien...etc. Nous assistons à l’arabisation de tamazigh et nous ne pouvons rien faire du moment qu’elle est maintenant entre de bonne mains, celles de ceux qui l’on toujours combattu et ceux qui juraient qu’elle ne sera jamais langue officielle. D’après toutes les données, tamazight est prise en otage par l’Algérie arabo-musulmane qui au lieu de la promouvoir, elle la diluera dans l’idéologie arabo-musulmane jusqu’à ça disparition totale.Tamazight se portait bien quand elle était en dhors des institutions de l’état algérien, maintenant ils ont trouvé une nouvelle formule pour en venir à bout.
Bref, j’ai de la peine pour cette langue commune à tous les nord-africains. Heureusement que la mienne (le Kabyle) sera protégée par son état Kabyle libere et indépendant!

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