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TRIBUNE

Les bateaux de la honte du pays de la redjla !

Cette terre que certains disaient être l’élue de la dignité, de la foi, des réserves en hydrocarbures et des startupers a donné une image au monde de la misère, du désastre et de la fuite en guenilles.

Une situation qui me fait rougir de honte et de colère.

Où est la grandeur ostentatoire des milliards ?

Où sont les milliards en devises acquis par la grande nation ? Pourquoi tant de misère humaine et intellectuelle face à des patrimoines immobiliers, industriels et financiers de magnats algériens qui possèdent de quoi faire vivre mille fois plus de fuyards clandestins pendant trois siècles ?

Où sont nos rêves des années 70, avant qu’un tsunami ne vienne les faucher ? Où sont ces intellectuels qui nous ont insultés et qui se présentaient comme les chantres du nationalisme et du patriotisme ? Où est cette grandeur ancestrale qui nous a écrasé de sa prétention pendant des décennies ?

Ce pays est aujourd’hui, comme les autres pays africains et arabes, dans l’image déplorable des hordes de clandestins qui fuiraient la peste, la rage et la famine. Une honte nationale qui n’a pas de nom. 

Tout d’un coup, ce pays s’aperçoit qu’il est dans la même situation que tous les autres qui ont cru développer un avenir avec des incantations et des régimes politiques détestables.

Mon discours en réquisitoire dissimule mal ma consternation et ma profonde douleur devant un désastre dont souffrent ces pauvres malheureux, victimes d’une gigantesque illusion crée et nourrie par ceux qui en ont tiré un profit inqualifiable et criminel.

Ils sont les enfants d’une nation qui aurait pu être, avec un discours plus modeste et un régime politique totalement différent, à la pointe des espoirs de ce siècle avec toutes les merveilleuses avancées technologiques, scientifiques et médicales du moment.

C’est un monstrueux gâchis et je pense maintenant aux nécessiteux, aux handicapés, aux mères isolées avec enfants et aux malades frappés d’atteintes graves et chroniques. C’est à eux que va ma pensée car jusque là ce pays a été fasciné par la puissance financière et les figures que l’on présentait comme des capitaines d’industrie menant la barque nationale vers un lointain paradis économique et social.

Le seul chemin qu’ils ont trouvé est celui des paradis fiscaux avec des transferts financiers gigantesques. Tous ces bateaux de la honte, ils en sont les armateurs et les responsables directs.

Nous avions été poussés à l’exil par un régime politique et une société qui ne voulaient plus de nous car pas assez intégrés, pas assez religieux et pas assez moulés dans un cadre qu’ils nous disaient plus être le nôtre. Voilà que des cohortes d’Algériens, parmi lesquels ceux qui nous en avaient accusés, donnent un spectacle désastreux de ce pays qui avait la prétention d’incarner la fierté et l’honneur.

Un spectacle de misère nationale

Dans mon très jeune âge la première image d’un désastre humanitaire avait été véhiculée par un évènement qui restera à jamais gravé dans notre mémoire soit la terrible tragédie du Biafra. Elle avait décimé des centaines de milliers d’être humains et laissé autant d’autres dans un dénuement profond.

Puis ce fut l’exode des boat-people des années 1980 fuyant les guerres, les dictatures et les génocides au Cambodge puis au Rwanda pour arriver actuellement à l’exode massif dans des embarcations venues d’Afrique et du moyen-orient.

A chaque fois les Algériens regardaient de haut cette misère du monde en rappelant la puissance et la vitalité de l’économie nationale et le montant du matelas en réserves de devises de la banque centrale.

Ce pays a rejeté ses propres enfants que nous étions par sa prétention et leur a perpétuellement jeté à la figure l’insulte de « Hizb França ». Il se targuait d’être fier et de ne pas sombrer dans l’humiliation de l’aumône internationale et de l’addiction au tourisme de masse.

Une redjla de pacotille

Le mot le plus utilisé par la population algérienne est celui de « redjla». La fierté était en tout, celle du nationalisme, de la religion et de la descendance noble de je ne sais quels ancêtres.

Nous avions été gargarisés dans notre jeunesse par tous ces dictateurs du monde qui venaient rendre visite à la grande nation tiers-mondiste qui fut la nôtre, dans sa posture autant que dans ses discours anti-coloniaux.

La génération Chadli, enfants des hydrocarbures, nous a inondé de sa prétention avec ses « executive managers », ses « Phd » et autres spécialistes du marketing, de la finance et bien de multiples autres qualificatifs qu’on met toujours ostentatoirement en avant lorsque la base éducative et scolaire pour la majorité n’existe pas ou dans des conditions catastrophiques.

Mais pire encore comme symbolique du désastre intellectuel, cette jeunesse en exil, sur l’eau, a fait ce dont elle a été nourrie depuis l’enfance, des selfies et des cris de joie. La fleur au fusil, le sourire au visage, ils n’ont ni honte ni retour de réflexion. Rien ne les a préparés à avoir du recul sur leur situation, certains chantent, se mettent en scène et, vogue la galère !

Ils s’en sont allés vers les pays coloniaux et impérialistes, comme ils disaient, ceux pour lesquels nous aurions trahi nos racines. Ils vont être accueillis et financés par la charité et les impôts des coloniaux et des impies. Ils vont être nourris, habillés, soignés et logés au frais de nos impôts durement consentis, nous les traîtres à notre grande patrie et à notre nation, fière et valeureuse.

Cette image des Algériens, donnant des leçons au monde entier de « rejla » est pathétique, les abysses de la honte et de la désolation pour mon pays natal.

Si une telle image donnée en spectacle au monde n’interpelle pas cette fois-ci les Algériens c’est que rien au monde ne peut les sauver. 

La seule solution : la fin du régime politique

Faute n’a pas été de publier de nombreux articles condamnant la vaste clownerie du Hirak, dans ce journal également, qui a fait perdre du temps à un élan démocratique sérieux qui aurait « dégagé » les responsables de ce piteux résultat.

Si nous nous y mettions tous et que beaucoup arrêtent de trouver des échappatoires pour refuser de pointer du doigt le régime militaire, c’est un saignement de honte qui attend l’Algérie. Il faut qu’on en finisse, une fois pour toute, et que nous prenions acte de la seule cible à viser et la mettre hors d’état de nuire.

Et pour eux, pas besoin de bateaux pour l’exil forcé. Une simple camionnette peut les emmener au tribunal puis en incarcération.

Auteur
Boumediene Sid Lakhdar, enseignant