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TRIBUNE

Les contrevérités de Tebboune et les Algériens

Ce que vient de déclarer Abdelmadjid Tebboune, est la preuve irréfutable de l’impardonnable clownerie du Hirak que j’avais dénoncée dans la presse dès le début de sa dérive. Prétendre « le Hirak béni a sauvé l’Algérie » est une insulte, tournée en dérision, que peut savourer tout vainqueur à l’adresse d’une armée défaite, à genoux.

Mais la farce va plus loin, il libère les prisonniers politiques, sans aucune crainte d’affirmer qu’il s’agit d’une récompense au peuple valeureux qui a combattu pour la liberté.

Plus le peuple se met dans une position de se faire insulter et plus le régime militaire l’insulte, sans impunité. Les partisans de la « révolution du sourire » sont aujourd’hui muets, disparus, et n’osent plus se montrer tant leur responsabilité est grande d’avoir inventé un concept risible et inédit dans l’histoire politique comme stratégie de guerre contre un régime militaire. Pire encore, nous y reviendrons, nombreux sont ceux qui ont rejoint le monstre contre lequel ils avaient juré victoire et destruction.

Le Hirak a fait perdre au moins trente ans aux démocrates. Sans projet politique, sans cadres porte-paroles et sans débats, il s’est engagé dans la plus stupide des révolutions avec des groupements pour lesquels je ne confirais ni mon avenir ni mon âme.

Non seulement le slogan des révolutionnaires a été foulé au pied, « Makeche el vote », mais en plus, une fois élu le Président va siéger en Allemagne, pour gérer l’Algérie en visioconférence, webcam éteinte, sans aucune espèce de justification ou de gêne. Pourquoi s’en priverait-il ? Lui aussi est adepte de la dictature du sourire.

On ne peut la refuser à celui qui s’en déclare lorsqu’on a soi-même usé de la même pitrerie.

Son départ en Allemagne fut une insulte envers les spécialistes algériens de la médecine et les installations que Tebboune, lui-même, avait qualifié de « meilleur système médical d’Afrique ».

Pas un médecin, pas une infirmière, ne se sont soulevés, par même par le début d’une petite pétition publiée ou d’une petite marche, comme du temps de la révolution, de la Grande Poste à l’hôpital Mustapha. Un quart d’heure de marche, après un entraînement de treize mois, c’était à la dimension de leur expérience. L’insulte était pourtant gigantesque, prononcée à la face du monde.

Mais cela ne s’arrête pas là, lorsque le vaincu donne son dos pour se faire battre, Tebboune a bon droit d’annoncer une….élection. Il propose même d’ajouter le bendir à l’orchestre révolutionnaire.

Et pourquoi se priverait-il de rajouter une couche à l’insulte ? Il y a bien des millions d’Algériens qui sont allés voter alors que la révolution avait brandi pendant plus d’un an son mot d’ordre de boycott. On peut invoquer toutes les fraudes possibles, ces millions d’électeurs se sont bien déplacés pour voter. Ou alors, soit ma myopie s’est aggravée soit les effets spéciaux des caméras de la télévision algérienne ont vraiment perfectionné les images de montage.

Et combien de centaines de milliers d’entre eux étaient au bal du vendredi après-midi et le seront encore cette fois-ci ? Combien de partis politiques ont chanté, la derbouka à la main, « Pouvoir dégage !» alors qu’ils s’étaient installés à l’Assemblée Nationale depuis longtemps tout aussi sûrement qu’ils demanderont à y rester. La cantine est bonne.

Mon ancien parti, pour lequel je ne renie aucunement mon adhésion passée, a tourné le dos depuis un bon moment à ses valeurs en participant à l’Assemblée Nationale du régime militaire. Mieux encore, à peine les youyous du Hirak se sont arrêtés, le voilà qui va se courber au Palais présidentiel devant Tebboune et les généraux.

Comment voulez-vous que Tebboune n’insulte pas les révolutionnaires du vendredi après-midi ? Il va dans le sens de leur clownerie et de leur compromission, ils devraient être satisfaits.

Ce merveilleux mouvement qui m’avait pourtant fait percer une larme avant de tourner le dos à son objectif déclaré du départ, la désobéissance civile. C’est vrai qu’il n’y a plus de dictionnaires en Algérie pour attester que la désobéissance civile n’est pas la prise des armes, cette excuse qui les a fait justifier le sourire comme arme révolutionnaire.

La faute du Hirak est impardonnable, celle du ralliement au régime militaire est criminelle. Il est aujourd’hui, comme toujours, de nouveau en marche.

Auteur
Boumediene Sid Lakhdar, enseignant