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CHANSON

Les deux univers parallèles de Mohamed Aït Ouaghlis

Très proche de sa pensée et dans un destin parallèle avec ce qu’il entretenait, Mohamed Aït Ouaghlis est né avec des cordes de guitare à la place des veines, et le sang irriguant ses organes n’est que l’amour qui nourrissait son art.

Vivant à El-Harrach, et c’est à l’âge de sept ans qu’il avait quitté Tinebdar (Sidi-Aïch, Béjaia), la commune où avaient résonné ses premiers vagissements, pour venir apprivoiser les rues d’Alger, celles-ci l’ayant soutenu dans ses projets couleurs de ses mélodies éternelles. Mohamed Aït Ouaghlis, dont le vrai nom est Mahfoud Mohamed, a choisi ce pseudonyme en référence à la région Aït Waghlis, une tribu berbère de Kabylie. Etant toujours cet homme respecté pour sa modestie chaleureuse et sa sociabilité accueillante accompagnant ses valeurs morales innées, ses inspirations portées à l’apogée, il les puisait de sa vie philosophique ayant comme contours des halos d’espoir et d’ouverture. 

Qui n’a pas été bercé par ses chansons de la cassette audio sorti en 1981 ? À écouter « Ini-as i yemma labas » (Dis à maman que je vais bien) ou « Bqa ɛla xir a Paris » (Au revoir, Paris) – pour ne citer que ces deux là –, cela donne la chair de poule tellement les thèmes évoqués touchaient le tréfonds de la sensibilité, hommes et femmes confondus. Dire qu’elles avaient résisté à l’usure du temps de par leurs illustrations cérébrales et conceptions lyriques. Et c’est du côté où le message se cachait que leurs interprétations le divulguaient pour ainsi découvrir et le portrait d’un homme et l’homme dans ses envolées poétiques et moralité transposée implicite.

Traitant d’une beauté exquise les désolations et espoirs préoccupant l’espère humaine comme les joies éphémères et les douleurs de l’amour, la nature, le ciel bleu et celui gorgé de pluie, la vie de vagabond sans repères loin de sa terre natale, l’endurance morale des pauvres, la survie des innocences n’ayant pas choisi de naître, la démocratisation de la société qui gémissait de vivre en des temps hostiles en s’accrochant aux illusions peintes de certitudes et de décors louables, et c’est dans ce cadre que l’art d’exister d’Aït Ouaghlis prospère en rimant espérance et patience. 

Faire vibrer en rêveur solitaire les cordes de son instrument en ajustant une belle poésie à la mélodie, c’est se cloitrer à dessein dans son univers, et ce, dans le souhait d’humaniser les aspérités alentour des abruptes réalités sociales et politiques. Les images venant s’interposer en conséquence se perfectionnent au gré de ses jugements et choix dépendant au premier abord de soi et ensuite du détachement progressif vis-à-vis des biens matériels, voire moraux, dont on se sert, ce qui crée une certaine harmonie des consciences et écarte l’ostracisme aveugle et imposant. Et c’est de cette devise que s’inspire Aït Ouaghlis en ayant la niaque dans son regard sur ce qui le bouscule.

Concernant les évènements extérieurs qui surviennent quotidiennement et qui ne dépendent pas de soi, cette énigme s’arrange dans la conciliation naturelle du temps et de l’interaction du présent en lien avec les souhaits nourris avec son carpe diem.

Passionné et avec ses chansons à tonalité douce, Aït Ouaghlis est lié à son art d’une manière intrinsèque jusqu’à créer un monde dans lequel lui-même il évolue. De l’Art. De l’art à l’instar d’une senteur sur les traces de ses pétales : séparés ils sont ignorés ; associés ils sont considérés, ou à l’image d’une ombre sur les traces de sa lumière et de son instinct convergeant tout droit vers la musique de leurs mots et celle de leurs notes.

 

Auteur
      Mohand-Lyazid Chibout (Iris)