Aller au contenu principal
Body

PUBLICATION

« Les étoiles se souviennent de tout », de Youcef Zirem

Youcef Zirem trace avec une sérénité décoiffante son sentier dans l’écriture. Publiant assez régulièrement romans et essais depuis déjà l’époque où il était journaliste à Alger.

Pour ce roman, «Les étoiles se souviennent de tout » l’auteur a déroulé son récit sur une histoire vraie, néanmoins peu connue. C’est celle d’ouvriers kabyles qui ont réussi, pendant la Seconde Guerre mondiale, à sauver des enfants juifs des griffes de la police française entièrement acquise aux collaborateurs nazis.

Incontestablement, le roman est un lieu de mémoire et d’histoire pour l’auteur. Car, au fil de ses publications, Youcef Zirem a habitué ses lecteurs à une écriture empreinte d’événements historiques. Il y a comme une volonté chez l’écrivain de rappeler à travers les voies détournées du roman des hommes et faits tus, oubliés ou peu évoqués. C’est d’ailleurs avec une certaine gourmandise qu’il se glisse dans les interstices de l’histoire pour ramener un peu de ces zones peu explorées, voire peu étudiées.

Cette fois donc, Youcef Zirem emmène son lecteur dans les milieux ouvriers kabyles de Paris. Dans les hôtels miteux où ils venaient se décharger de leur fatigue et se tissaient des solidarités humaines et militantes parfois peu imaginables.

En effet quel rapport peut avoir un ouvrier kabyle tout aussi militant du PPA/MTLD qu’il pouvait être, avec le sort des juifs envoyés par trains entiers à Ravensbrück, Auschwitz ou Dachau ? Celui d’une communauté besogneuse mais éprise de justice et de liberté qui ne supporte pas le sort fait aux petits juifs par les collaborateurs du régime nazillon de Vichy. Il y a une dimension humaine sans égale dans l’engagement de ces hommes pour une cause qui pouvait leur être étrangère.

Les faits.

Paris été 1942, Ithri et Mathilde sont amoureux. Ithri est néanmoins marié à Mradi en Kabylie. Dans le portrait qu'en dresse l'auteur, Mradi représente quelque peu l'authenticité, la tradition, les valeurs montagnardes... un port d'attache inébranlable.

Ithri et Mathilde tentent de survivre aux affres de cette guerre mondiale qui prend tout le monde dans ses griffes. Cependant la déportation des enfants juifs par le régime de Vichy ne les laisse pas de marbre. Le couple amoureux accueille Sarah et David, deux enfants menacés de déportation comme des milliers d’autres juifs. Amoureux mais militant, Ithri coordonnait le mouvement des résistants kabyles. En effet, un réseau de militants kabyles se constitue avec l’appui de la Grande Mosquée de Paris et le cheikh Ben Ghabrit pour sauver des enfants juifs des rafles de la police française. « Ithri, Mohand comme Ali et les autres francs-tireurs et partisans kabyles qui avaient assisté à la réunion conviviale de la cave avaient maintenant propagé le tract écrit en kabyle ; d’autres résistants s’étaient joints à eux et risquaient leur vie pour juguler justement cet innommable qui tentait de se prolonger, qui voulait installer ses abominables tentacules partout ».

C’est sans doute là le premier tract politique rédigé en kabyle au cœur de Paris. L’objectif est clair : communiquer avec les autres kabyles sans attirer l’attention de la police française. Un homme, un religieux, cheikh Ben Ghabrit, a joué un rôle central au côté de militants kabyles pour sauver des enfants juifs. « Sans grand bruit, le cheikh Benghabrit avait hébergé de nombreux enfants juifs ramenés à la mosquée de Paris par des résistants kabyles ».

L’auteur retrace dans ce roman, cette page avec beaucoup de sensibilité. « Les Etoiles se souviennent » est une leçon ordinaire d’individus extraordinaires dont la condition d’homme ne leur fait pas oublier leur profonde humanité.

H. A

"Les étoiles se souviennent de tout" de Youcef Zirem, chez Fauves Editions

Auteur
Hamid Arab
 

Commentaires

Permalien

L'auteur de Sabrina a compris finalement sur quoi il fallait écrire pour qu'on parle de lui!!!

Permalien

Boycotté par presque tous les médias de France et d'Algérie, l'écrivain Youcef Zirem continue son chemin et publie des merveilles...IL n'écrit pas pour plaire aux plus forts...C'est un Homme libre depuis de longues années...Il est loin de la démarche intéressée de Kamel Daoud, de Boualem Sansal et tant d'autres...Youcef Zirem est un Homme qui porte de vraies convictions, un écrivain de talent dont l'oeuvre restera...

Ajouter un commentaire