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OPINION

Les impénitents anti-tout, le complotisme et le désastre du Covid-19

Ce ne sont pas les gouvernements qui ont déclaré la guerre pour marteler un message sans raison, c’est le virus qui a décimé des populations à travers le monde. La rhétorique guerrière des gouvernements des États démocratiques est celle qui a permis de sauver des millions de vies.

Bien entendu, avec désordre, souvent par des messages contradictoires et, il est vrai, avec des frilosités nationales égoïstes On peut le déplorer, le critiquer mais peut-on, dans le fond, les suspecter d’un complot pour effrayer les citoyens ? 

La situation est des plus inédites et tellement complexe, qu’aurions-nous fait de plus ? Et qu’auraient fait les professionnels anti-complotistes pour éviter une catastrophe mortelle plus grande sans prendre des mesures coercitives de l’ordre du salut public ?

C’est la première réponse que nous pouvons donner à ceux qui manifestent violemment dans les rues contre les mesures de santé publique, prises par des autorités issues du suffrage populaire (savent-ils manifester autrement qu’avec l’appui de groupes très violents ?).

Leur argument, toujours le même, les politiques liberticides des États qui se comporteraient comme des dictatures. Pourtant, les confinements, les couvre-feux et autres restrictions de liberté ont participé à éviter qu’une hécatombe bien plus explosive dans les chiffres ne vienne endeuiller des populations déjà largement frappées par la perte douloureuse de  leurs proches.

Car ces mouvements anti-tout, c’est à dire anti-gouvernements, anti-vaccination, « anti- yankees » (car ils utilisent encore ce terme), anti-big pharmas et  tout ce qui, de près ou de loin, a toujours irrité les mouvements cryptocommunistes et néo-fascistes, viennent donner des leçons de démocratie et d’humanisme.

Qu’ont-ils d’autre à proposer que la science et les décisions des gouvernants démocratiques pour résoudre cette catastrophe sanitaire ? Ont-ils inventé un vaccin, ont-ils des remèdes ou de quelconques solutions de remplacement pour éviter le drame mortel à des dizaines de millions d’autres êtres humains ?

Ces anti-tout ont toujours été du côté des extrêmes et de ceux qui dénoncent un complot de l’État à chaque parole prononcée, à chaque acte décidé. Pour eux, le complot est partout, la main invisible du diable rôde et les pauvres peuples sont manipulés et trompés.

Les mêmes qui, hier, manifestaient en gilets jaunes pour dénoncer la mondialisation des économies déplorent aujourd’hui qu’il n’y ait pas un élan de combat mondial contre la pandémie. Eux qui rejoignent le cortège des extrêmes, ultra-gauche comme ultra-droite, osent dire cela. Jamais, absolument jamais, la science n’a été si internationale et les financements des gouvernements aussi forts. L’inverse absolu de leur doctrine dominante.

« On nous ment, on nous entraîne vers des chemins liberticides et des geôles d’État qui sont contrôlées par d’avides individus aux intérêts financiers mondialisés » nous rabâchent-ils, à chaque discours, chaque écrit, chaque manifestation. C’est pourtant eux qui ont une rhétorique aussi éculée que celle de l’histoire des régimes autoritaires.  

Pour ces gens, l’argument scientifique du vaccin n’est absolument pas leur propos. Ils nient toutes les études scientifiques, toutes les réalités des résultats post-vaccination et, de toute façon, ils nieraient même l’existence des laboratoires qui seraient entre les mains de puissances occultes mensongères. 

Même le virus serait une invention au service de pouvoirs manipulateurs. Là, nous pourrions éventuellement être tentés de les suivre à propos d’un pays totalitaire dont ils ont soutenu le régime pendant des décennies. Mais nous ne le ferons pas, car en l’absence de preuves nous sommes assez intelligents de nous en abstenir.

Ils manifestent et crient avec ceux qui déclaraient récemment que ces puissances occultes voulaient inoculer une puce 5G dans le produit vaccinal. Rien ne les arrête dans le ridicule et le délire.  

Ils oublient que ceux qui ont toujours utilisé ce type d’argument, dès les années trente, ont crée des régimes qui ont décimé les peuples par des dictatures féroces, criminelles et confiscatoires des libertés humaines (c’est un euphémisme).

Le principe vaccinal a sauvé l’humanité, depuis plus d’un siècle. Aujourd’hui encore, il vient au secours de cette humanité. La preuve est faite que 85 % des hospitalisés avec des conséquences graves sont des non vaccinés. Cette statistique est aussi vraie en France qu’en Algérie.

Ils sont de tous les combats anti-complotistes, ils n’ont jamais rien obtenu par les urnes et revendiquent systématiquement l’éviction des gouvernements qu’ils jugent liberticides. Ils manifestent avec ceux qui sont à des années-lumière de la démocratie apaisée et viennent nous lancer à la figure des décisions de gouvernement légitimes qui feraient peur aux populations.

Nous pouvons leur rendre l’argument en leur disant qu’ils n’ont qu’à se placer enfin dans la démocratie et qu’ils luttent pour arracher le pouvoir dans des conditions légitimes. Ainsi, ils seront eux-mêmes légitimes à nous avertir des dangers des décisions liberticides. Ils savent très bien que c’est en revenant toujours sur les peurs que leur existence est garantie, pas par les urnes.

Ces mouvances ont toujours manipulé ce type de messages alarmants et c’est eux qui viennent reprocher aux gouvernants démocratiques de nous manipuler pour supprimer les libertés. C’est un comble !

J’ai eu la Covid et je suis hypertendu, avec un âge qui commence à être avancé. Je remercie tous les scientifiques sérieux et compétents de ce monde d’avoir pu me permettre d’être inoculé par un vaccin qui m’éloigne sûrement d’une forme grave. C’est en partie le financement public de la science qui a toujours permis les avancées médicales et scientifiques. Alors les discours de complotistes, ce n’est pas moi qui ira les écouter.

Ces nostalgiques anarcocommunistes et d’extrême droite, dont les slogans avaient mis la planète à genoux, devraient se confronter aux urnes (certains, très marginaux dans leur représentativité le font) et arrêter d’agiter le chiffon rouge des menaces liberticides. Jusqu’à présent, ils sont refoulés aux extrêmes qui, sans surprise en sociologie politique, se rejoignent.

Le danger, c’est leur théorie fumeuse du complot permanent, celle qui nous détourne des sciences pour nous livrer au charlatanisme. Celle qui veut nous détourner des démocraties comme voulaient le faire les adeptes du « tous pourris, tous corrompus ». Aujourd’hui encore, l’un des éminents adeptes de l’anti-complotisme mondial publie un titre dans la presse algérienne sur la complicité des médias français avec « les puissants ».

Le mouvement complotisme ne s’arrête pas au virus, il est prêt à trouver une main invisible même dans la publicité du chewing-gum Hollywood, ce produit Yankee qui nous aurait placés sous l’autorité culturelle des agents du mal, manipulateurs et aux intérêts financiers avides. Car, comme toujours, ils savent partir de faits qui ont une certaine vérité mais les transforment à leur avantage en les identifiant comme des complots permanents des États.

Ces adeptes de la révolution permanente contre le complot ne se reposent jamais, dans la parole comme dans les écrits. Ils hurlent leur existence et ne peuvent le faire qu’en brandissant la terreur du Big Brother d’État.

Nous aussi, nous sommes instruits, nous avons lu Orwell et maîtrisons l’histoire des idées politiques. Nous sommes assez grands et matures intellectuellement pour nous en apercevoir et réagir sans tomber dans une psychose qui, en son temps, avait mené au rejet du politique, du juif et du franc-maçon. 

En conclusion, c’est le virus qui est mortel, pas les démocraties. Très paradoxalement, lorsque par accident, ces démocraties génèrent un Donald Trump, il est curieux de voir que ces complotistes trouvent un allié de poids.

Auteur
Boumediene Sid Lakhdar, enseignant