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REGARD

Les islamistes victimes du coronavirus

Les discours des islamistes, ces derniers jours – et en tous les cas depuis l’apparition de cette pandémie – sont d’une absurdité et d’une pauvreté d’esprit qui dépassent l’entendement.

La vidéo tournée chez lui par Ali Benhadj, la superstar des mirhabs et des minbars, nous démontre comme à l’accoutumée que ce démagogue hors-normes est toujours à l’affût du moindre interstice pour y planter son venin et diffuser ses discours empestant la perfidie et la bile.

Autant le dire tout de suite, je n’attendais pas autre chose d’un bigot baveux dont l’idéologie a plongé l’Algérie dans une période nimbée de ténèbres et de sauvageries extrêmes. En insistant pour que les mosquées soient ouvertes pour la grande prière du vendredi, ce fanatique enflammé pouvait permettre au virus de décupler et de se propager dans beaucoup de familles. Le problème est que nous savons tous que ce chef de clan ne manque ni d’adeptes ni de disciples zélés. Et que des milliers de prosélytes sectaires pouvaient le suivre en faisant fi des germes mortels échangés lors des prières collectives.

La question est celle-ci : pourquoi le pouvoir algérien post-Bouteflika n’a pas bougé le plus petit doigt ? Pourquoi le parquet, si prompt à arrêter les marcheurs pacifiques du Hirak, n’a pas saisi la balle au bond pour mettre les choses au point. Nul citoyen n’a le droit, de par son influence, de mettre la vie de la population en danger. 

Il faudrait un jour demander à ceux qui sont au pouvoir les raisons invoquées pour laisser pérorer des doctrinaires intransigeants alors que la planète toute entière, l’Arabie saoudite comprise, s’est calfeutrée pour éradiquer ce virus.

Si je devais rafraîchir la mémoire de ceux qui sont aux commandes de l’État depuis quelques mois et qui semblent avoir mis un couvert étanche sur la période noire des années 1990 où des centaines de milliers de citoyens ont été tués par balles, égorgés, violés, brûlés vifs, dépecés par villages entiers, il faut leur dire que le peuple n’a jamais oublié les enfants enterrés à la va-vite à la nuit tombée, les fonctionnaires de police qui cachaient leurs tenues avant de rentrer chez eux pour ne pas mettre en danger leurs propres familles, les journalistes courageux et dévoués qui ne dormaient jamais deux nuits de suite sous un même toit, les jeunes femmes libres et dignes, cheveux au vent, qui tremblaient d’effroi à chaque fois qu’elles se préparaient à rejoindre l’université… Et insister sur le fait que ce rigoriste intraitable, comme d’autres qui lui ressemblent, a entériné la violence inimaginable qui est tombée sur le peuple algérien, a disculpé les auteurs de ces actes barbares au nom de son idéologie meurtrière et validé les assassinats sans avoir jamais eu un seul mot de regret.

Il faudrait un jour demander aux faux leaders des fausses organisations démocratiques de nous expliquer pourquoi ils se sont mis à genoux, dans une mosquée, devant un hargneux pareil qui ne connait ni le dialogue démocratique ni l’échange d’arguments scientifiques. Cet exalté est toujours le même que celui qui demandait à ses sbires de mettre une balle dans la tête des poètes réfractaires, des journalistes désobéissants ou encore des femmes insoumises.

Autant le dire et le répéter, avec cette pandémie planétaire et la peur qu’elle inocule aux Algériens, les islamistes tirent leurs dernières cartouches. Le peuple décidera une fois pour toutes de ne pas suivre ces marabouts de mauvaise augure ou ces complotistes qui ont décidé de faire fi des alertes concernant l’ordre de confinement. Pour ce faire, le gouvernement doit prendre ses responsabilités et mettre aux arrêts ce genre d’idéologues qui tenteraient de mettre le pays en coupe réglée. 

Je le maintiens et le crie sur tous les toits : il faut faire admettre à tout le monde que la foi est une affaire personnelle et intime. Seule une laïcité bien comprise sera, pour moi, l’unique cadre possible qui permettra au pays d’évoluer vers une démocratie véritable et une égalité entre les femmes et les hommes dans le respect de toutes les différences.

Auteur
Kamel Bencheikh