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REGARD

"Les jeûneurs de la mort" : hommage à Ebru Timtik

Il ne s’agit nullement ici de la notion de jeûn en tant que précepte religieux de purification de l’âme prescrit à durée limitée dans le  temps et l’espace, mais d’une privation en bonne est due forme du besoin de s’alimenter ce qui provoque chez l’individu un dysfonctionnement au niveau de son métabolisme corporel d’où une altération plus ou moins drastique de ses facultés physique et mentale.

La persistance d’avoir à recourir à ce type de procédé pour faire valoir un droit élémentaire quant au respect de l’intégrité de la personne dans une situation d’injustice ou d’atteinte à la liberté de pensée et d’action n’est pas sans danger sur l’état de santé de celle ou de celui qui en fait recours.

Il n’est pas rare de nos jours de ne pas être témoin de cette forme de réaction dans l’espoir d’alerter l’opinion publique sur les dérives le plus souvent abjectes qu’arbitraires infligées à l’endroit d’une entité physique ou morale.

Et l’on se rappelle la fameuse grève de la faim à laquelle ont pris part en 1981 les prisonniers membres de l’IRA, initiée par Bobby Sands, représentant le noyau dur de cette organisation. Et sa lente agonie.

«En dépit des appels à la raison émanant de la Croix-Rouge, de la Cour européenne des droits de l'homme, du Vatican et du gouvernement irlandais » 23 membres prisonniers parmi les grévistes en sont mort, pour n’avoir pas mis un terme à leur action. 

Dans un passé pas très lointain des cas de figures sont à déplorer dans notre pays où des femmes et des hommes qui en sont l’objet d’atteinte à leur liberté ont en eu recours à la grève de la faim mais malheureusement la mort a eu raison de certains d’entre eux. 

Il y a lieu de rappeler la fin tragique de ce journaliste algérien Mohamed Tamalt, mort en détention en 2016 pour « outrage au président de la république» et Kamal-Eddine Fakhar, l’infatigable et ardent défenseur des mozabites et de la cause amazigh à Ghardaia décédé suite à la grève de la faim entamé en contestation de son incarcération arbitraire sans aucun procès équitable. 

La mort de femmes et d’hommes épris de paix et de liberté pour la défense des causes justes ne cesse d’endeuiller les consciences et d’interpeller l’opinion publique internationale qui ne réagit que par intérêt de peur de froisser les humeurs de certains régimes autoritaires.

La mort pas plus tard que cette semaine d’une femme en détention dans les geôles turques et qui a toujours prôné un combat de dignité tant en matière des droits de l’homme qu’en ce qui concerne la reconnaissance identitaire du peuple séculaire kurde, vient de nous rappeler que par de-là cette énième disparition, l’Occident des Lumières pas plus que les États arabo-musulmans n’entendent les voix de celles et de ceux qui râlent puisque les premiers se trouvent noyés dans les chopes de bière et du vin qui coule à flots, quant aux autres, ce sont l’argent, les « fattawis », l’esbroufe et l’esprit de reniement qui agrémentent leurs préoccupations.

Et c’est pour cela qu’il est primordial de reconsidérer cette manière d’agir qui consiste à ne pas se donner la mort qui ne ferait qu’arranger les affaires d’un régime qui n’en demande pas mieux, car le combat pour la démocratie nécessite un souffle et une résistance à toute épreuve pour permettre l’arrimage du bateau au port, pour ce faire «nous avons besoin de vous vivants que morts » dixit Hocine Ait Ahmed.

Auteur
Rezki Djerroudi