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COUP DE GUEULE

Les obscurantistes et les femmes au siècle XXI

Kamel Bencheikh

"Il est significatif que le statut de la femme demeure à peu près inchangé là où les religions sont encore très puissantes. Partout ailleurs, il est remis en question." "Ce que je crois" - Hervé Bazin

Il y a ceux qui n’acceptent pas que les beaux cheveux des femmes flottent au vent et ceux qui ne veulent pas voir les belles jambes, nues et à l’air, des jeunes filles. Il y a ceux qui ne supportent pas que jeunes filles et jeunes hommes flânent ensemble le long des quais de Seine en se tenant par la main et ceux qui s’accommodent mal de voir des femmes qui savourent un verre de petit Chablis bien frais aux terrasses des cafés. Il y a ceux qui n’adoptent pas le mode de vie occidental et qui gardent gandoura, pantalon bouffant et qui s’affublent de barbes hirsutes.

Il y a ceux qui se promènent avec leurs familles comme s’ils sortaient d’un souk, femmes et filles couvertes à n’en plus respirer même en période caniculaire, et ceux qui continuent à sermonner, pendant le mois du ramadan, les personnes dont le faciès est proche de celui qu’ils ont toujours connu, parce que ces derniers ont l’outrecuidance de manger et de boire sans tenir compte des particularismes religieux. Il y a ceux qui vont prier cinq fois par jour à la mosquée du coin pour se faire voir et, si l’endroit est rempli à bloc, n’hésitent pas à étaler leurs tapis sur le trottoir, empêchant du même coup les piétons de vaquer à leurs occupations. Et il y a enfin ceux qui crachent sur les homosexuels qui passent, qui ont l’insolence de ne pas se cacher, et qui déambulent même main dans la main, et la tête haute.

Ces énergumènes qui auraient vendu père et mère pour venir s’établir à Paris, Londres ou Berlin, qui auraient traversé la Méditerranée à la nage s’il le fallait, au risque de servir de plats exotiques aux poissons, qui tenaient les murs à Alger, Oran ou Constantine et qui ne rêvaient que de s’oxygéner dans une grande ville occidentale, se transforment petit à petit en imams de quartiers. Ils commencent par imposer leurs lois divines aux jeunes qui gravitent autour d’eux. Ils oublient soudainement que, dans ce pays, la mixité est la norme, que les filles ont le droit de laisser la brise caresser leurs sublimes cheveux et que la jupe est un accessoire qu’il leur est loisible de choisir sans s’attirer les foudres d’un quelconque calife autoproclamé. 

Ils s’affublent d’une amnésie qui ne leur permet pas de comprendre qu’ici, les femmes se maquillent où elles le désirent, y compris en public, dans un bistrot, et qu’il n’y a pas matière à lever les sourcils au ciel et à se frapper la poitrine au risque de s’étouffer. Ces exaltés se dotent d’un raisonnement qui ne leur permet pas d’admettre que la cigarette que la voisine de tablée fume n’aura comme conséquence que de noircir ses propres poumons et que le droit est de son côté si elle ne crapote pas dans un endroit public fermé.

Du coup, les lois du pays d’accueil deviennent secondaires pour beaucoup de ceux qui ne rêvaient que de s’y installer, sinon quantité négligeable. Ces enragés se dotent d’un arsenal juridique qui leur est propre.

S’ils n’ont pas été élus démocratiquement puisque ne s’étant présentés à aucun suffrage, ils se gratifient eux-mêmes d’un titre et promulguent le fait que leur dieu les a choisis pour leurs qualités intrinsèques et la preuve se trouve en plein milieu de leur front – la fameuse zabiba ! Cette marque noire est l’effigie de leur dévotion et de la ferveur qui les caractérisent.

Ils n’arrivent pas à lire des livres profanes qui sont déconseillés par dieu et ses prophètes. Lire Kateb Yacine le communiste ? Vous n’y pensez pas. Il doit d’ailleurs brûler en enfer à l’heure qu’il est. Les écrivains algériens bien vivants, comme Boualem Sansal ou Mohamed Kacimi ? Des islamophobes patentés qui n’ont que le blasphème comme seul viatique. Des vendus à l’occident chrétien. Des graines de harkis. Des mécréants qui emploient des formules haram que dieu rejettent nuit et jour. Seul le Livre des Livres est halal et il convient de le lire avec respect et humilité. 

La question essentielle qu’il convient de poser à ces exaltés, c’est celle-ci : pourquoi ces militants politiques qui officient dans les mosquées sous couvert de religion, qui ont un programme rédigé par des pontes qui dirigent des multinationales dont le siège se trouve à Kaboul, Peshawar ou Le Caire, au Qatar ou ailleurs vers l’est, pourquoi acceptent-ils de faire perdurer cette souffrance de rester dans un pays impie, un pays de «kouffars» où les mécréants sont légion ? Pourquoi ne prennent-ils pas le premier avion vers des terres plus hospitalières pour leurs idées et leurs pratiques, où prier en plein désert n’est pas une manifestation totalement exotique ? Pourquoi ne choisissent-ils pas de s’établir dans des endroits où porter le seroual froncé est si naturel ? Pourquoi cette schizomanie les oblige-t-elle à demeurer coûte que coûte dans le berceau de la laïcité et du droit de disposer librement de son cerveau et donc d’être totalement athée ? Pourquoi ne se décident-ils pas à se poser dans des pays où la barbe embroussaillée passe pour un signe d’ascétisme et de sagesse ?

La France d’abord, la Belgique, l’Italie, l’Espagne, les Pays-Bas ensuite, interdisent la polygamie et donnent un droit absolu de se gouverner aux femmes dès que ces dernières atteignent la majorité. Et la majorité y est fixée à 18 ans. La majorité, c’est de faire, dans le cadre des lois du pays, ce que l’on a vraiment envie de faire comme sortir le soir ou fréquenter l’homme que l’on aime sans demander la moindre autorisation à un quelconque tuteur qui n’aura aucun droit de remettre la jeune fille sur les rails que lui seuls jugent comme étant le droit chemin. 

Ici, ce sont les lois communes des hommes qui sont les seuls préceptes qui régissent la cité. Il n’y a pas à se référer à une autorité supra-rationnelle ou à des textes divins. Ce sont les députés, librement élus, qui décident d’adopter des observances auxquelles la totalité des citoyens seront soumis. Obligatoirement soumis. Ici, c’est le présent qui dicte les motivations des habitants. Et il convient de se tourner vers ce présent qui contraint tout le monde à observer les mêmes règles comme ne pas soumettre sa femme, ou sa fille, ou sa sœur, à des doctrines importées qui réduisent la gente féminine à des biens meubles.

Ici, l’héritage se partage équitablement, que l’on veuille ou pas parce que les femmes sont les égales des hommes et c’est tellement normal. Ici, chaque homme vaut un autre homme quelle que soit sa religion ou son origine ethnique. Mais alors pourquoi ces sectaires surexcités s’obligent-ils à habiter le XXIème siècle européen alors que leur esprit vagabonde dans le passé le plus rétrograde qui soit, pourquoi ?

Auteur
Kamel Bencheikh