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REGARD

Les signes de l’arrogance et de la suffisance

“Le défaut d'ambition, dans les grands, est quelquefois la source de beaucoup de vices ; de là le mépris des devoirs, l'arrogance, la lâcheté et la mollesse.”
Vauvenargues

Pourquoi nous plaindrions-nous ? La France possède un chef d’État qui rayonne et qui a même effectué très récemment le voyage à Beyrouth, comme un grand, pour donner des leçons de bonne conduite à son ancienne colonie. Oui, la France, au même titre que tous les autres pays, a bien raison de montrer sa solidarité au peuple libanais durement touché par cette catastrophe qui l’a frappé brutalement. Nous devons absolument et tout naturellement être aux côtés de ceux qui souffrent.

Ce qui me choque en revanche, c’est que le président de la République française se pose en héros et surtout en sauveur d’un pays qui n’est pas le sien et puisse même, sur un sol étranger, donner des leçons de gouvernance.

Il ne s’est même pas rendu compte que la libanisation de la France s’est mise en marche depuis longtemps et qu’elle s’est accentuée avec lui. Comme au Liban, la France s’est morcelée en communautés religieuses et même « raciales ». Certains quartiers de grandes villes, à Paris, Lyon ou Marseille, Strasbourg ou Toulouse, certaines villes même, comme Saint Denis, Roubaix ou Corbeil Essonne, ont échappé depuis un moment déjà aux lois républicaines égalitaires et ont pratiquement fait sécession. L’autorité de l’État y est totalement ignorée.

Peut-on espérer que cet enfant gâté de la politique et des finances se rende enfin compte qu’il ridiculise les Français en allant porter ailleurs la bonne parole qui n’a plus cours dans son propre pays ?

La France a donc un président de la République, un gouvernement solidement tenu en mains par un nouveau Premier ministre, une Assemblée nationale, un Sénat, un Conseil économique et social. La presse paraît librement même si elle est entre les mains de potentats qui font la pluie et le beau temps dans le paysage audiovisuel. Les libertés ne se portent pas mieux ni pire que dans les autres pays occidentaux. Nous n’avons pas vu les légions étrangères s’abattre sur nos villes, aucun homme politique n’a été fusillé, aucun écrivain n’a été emprisonné pour délit d’opinion, le pays est calme : non, décidément, ce n’est pas le fascisme qui a déferlé sur la France.

Serait-ce donc le renouveau tant attendu ? Mais lequel ? Imagions Hibernatus revenir aujourd’hui, à l’heure du coronavirus à Paris même, capitale du pays. Il ouvre enfin les yeux, il sort dans la rue, jette un coup d’œil aux journaux, papote avec des amis. Ce qu’il découvre est-il de nature à lui faire peur ? Le parlement discute du sort de l’âge de la retraite et condamne le caillassage des forces de l’ordre. Est-ce à dire que ce gouvernement est maintenant intransigeant avec les voyous et les tenants du séparatisme ? Point du tout.

On chuchote même que ceux qui réclament des horaires séparés pour les femmes musulmanes enhidjabées bénéficient des encouragements des partis de gauche et de leurs élus, que certaines entreprises de transports pratiquent la discrimination positive, que certaines maries de banlieue embauchent des grands frères, que des associations « antiracistes » entretiennent le racisme… On murmure également que les négociations avec les autonomistes des territoires qui ont échappé à la République ne sont pas impossibles, nombreux sont ceux qui travaillent à faire aboutir des projets… Serait-ce que l’avenir devient sombre pour les universalistes ? En aucune façon ! Une fois de plus, la galaxie des Lumières ne se laissera pas faire.

Le chef de l’État s’appelle désormais Emmanuel Macron et le chef du gouvernement a pour nom Jean Castex. Voilà qui est singulier. Le premier est pourtant le fondateur de la fausse République en Marche et le deuxième était la veille de sa nomination membre des Républicains.

Les voilà donc ensemble. Mais pour quelle politique ? la France ne manque pourtant ni de grands hommes ni d’obstination ni de génie. Ce pays n’est pas aussi léger qu’on l’affirme ici ou là. Il a l’entêtement des hommes d’action ou la persévérance des imbéciles : deux comportements qui se ressemblent comme des frères jumeaux.

Pas de soldats occupant nos villes à tous les coins de rues malgré la menace islamiste, ni de peuple portant à bout de bras ce nouveau président : la grise monotonie d’un pouvoir sans relief, des mensonges que l’on n’entend même plus, une lâcheté conforme aux actions entreprises jusqu’à maintenant. La persévérante atonie d’un peuple qui ne sent même plus concerné par sa propre histoire, qui songe aux vacances et, en tous les cas, ne fait rien pour endiguer cet islam politique exogène qui devient de plus en plus visible. 

Pourtant, l’observateur risque de se tromper. La situation n’est plus tout à fait la même. L’islam nouveau a changé, la France aussi, les institutions françaises ont été modifiées, la loi de 1905 risque d’en pâtir. Mais il faut détromper cette cohorte de veules et de viles collabos. La France n’a pas jeté bas la démocratie, pas plus qu’elle ne l’a reconstruite. Elle a simplement remplacé une oligarchie par une autre — elle a porté à l’Elysée un jeune homme sans caractère ni éclat qui a transformé son pays en succursale du Medef.

Ce fantasme glacé l’absorbe trop pour qu’il puisse entendre le cri des misérables et le chuchotement des laissés-pour-compte. Ou, s’il les entend bien, tout se passe comme s’il était sourd : aussi bien n’est-il là que comme une ombre embarrassée par l’énormité des pouvoirs qui lui ont été remis.

Bref, tout ce que j’aime est en train de se défaire dans ce merveilleux pays des Lumières : la solidarité, la laïcité, les mains tendues, la culture et la démocratie. Parce qu’il n’est dans le pouvoir de personne d’éliminer les absents. La démocratie n’a jamais été au rendez-vous sous Macron 1er parce qu’il n’y avait plus de République depuis un certain temps. Parce que le sublime nom complet qui sied parfaitement à ce pays est : la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale.

Auteur
Kamel Bencheikh, écrivain