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OPINION

L’Etat algérien est-il devenu une personne morale virtuelle ?

On n'en a pas fini avec la mafia algérienne. On découvre députés et des patrons de presse prédateurs.

Chaque jour et chaque semaine nous découvrons l’ampleur inimaginable des détournements de fonds publics, des mises à disposition des banques publiques, les licences d’importation fantaisistes et tout l’arsenal législatif qui a couvert ce système de prédation à très grande échelle qui ne différencie pas beaucoup de celui des mafias du monde entier.

Depuis quelques mois déjà nous apprenons avec stupéfaction les sommes détournées ou mises à la disposition de plusieurs familles, groupes ou pseudo-investisseurs avec toujours les mêmes connexions vers la présidence de la république ou ses intrigants patentés, à l’image de cette fameuse Maya, fille putative du parrain de tout ce mécano-diabolique.

Après les faux oligarques qui ont curieusement prospéré à l’ombre des drames effroyables de la décennie noire, après les généraux dont on confirme l’appétit insatiable pour l’argent sale et les diverses couvertures offertes, par eux, aux cartels de drogue naissants, après la découverte de fortunes colossales constituées à l’étranger par les mêmes généraux et leurs clones civils, après dérives criminelles des dirigeants de Sonatrach, voilà maintenant «les maquignons de la presse» qui ont réussi à capter jusqu’à 15 000 milliards de centimes dans une totale impunité.

Qui trouve-t-on derrière ce scandale ? Des députés, des sénateurs et même des célébrités du football, c’est-à-dire des personnes aussi éloignées du journalisme, que nos magistrats du droit et de la justice.

Amar Ingrachen n’a pas tort en affirmant que « l'État algérien n'existe pas. Il est au mieux un club privé régenté par une mafia sans foi ni loi »

Le plus révoltant, une fois qu'on a ébauché ce tableau apocalyptique de la prédation à ciel ouvert des deniers publics, c’est de devoir assister aux procédures ubuesques que font subir nos « juges » à la crème de nos enfants, aux meilleurs de nos journalistes ou blogueurs, aux plus honnêtes de nos militants associatifs et politiques.

Bref à toutes celles et tous ceux qui, malgré toutes les menaces et intimidations des Belkecir, Zeghmati et autres généraux en vogue, ont toujours gardé intacte la flamme des revendications légitimes des Algériens.

Au lieu d’un Etat qui court au secours des citoyens asphyxiés par les incendies, d’un Etat qui écoute ses médecins, au lieu de ses imams, en pleine pandémie, nous devons nous contenter d’un Etat qui continue de protéger la « issaba » supposée déchue et qui continue d’utiliser nos ambassades et consulats comme une chasse-gardée

La catastrophe libanaise donne encore plus d’acuité à notre inquiétude quant à l’avenir proche du pays car, à quelques différences près, c’est le schéma similaire d’un système pris en otage par des clans nuisibles qui sont tellement obnubilés par la prédation qu’ils oublient presque totalement que l’Algérie n’est pas seulement un tiroir-caisse pour eux et leurs progéniture mais bien un pays stratégique qui aurait pu imposer une redistribution des cartes dans la région.

Je reprends ici ce que Yahia Bounouar a publié, avec raison, hier :

« La sécurité nationale ce n'est pas de surveiller les opposants, les journalistes, les syndicalistes, c'est autre chose de beaucoup plus important que les généraux médiocres sont incapables d'appréhender ».

Qui pour dire à ce personnel vieillissant et soupçonneux qu’acheter des armes sophistiquées peut, à la limite, faire de l’Algérie une grande et belle caserne mais certainement pas un Etat ?

Qui pour dire à ces gouvernants autistes que les vrais décideurs nous ont fait rater en 2019, l’occasion de faire le bond qualitatif que suggérait pacifiquement le hirak. 

Ce bond qualitatif qui nous aurait de nouveau arrimés au cercle des nations qui comptent. 

Au lieu de cela nous voilà face à un pouvoir civil totalement ligoté par des militaires qui veulent continuer à imposer leur calendrier, leurs hommes-liges et surtout à intoxiquer et orienter nos débats politiques vers de fausses querelles.

Si je parle de militaires sans nuances c’est bien parce que l’appel du hirak à refonder le pays n’a eu aucun écho dans cette institution qui, seule, avait les moyens d’accompagner puissamment les espoirs populaires.

Ce choix politique de réconforter un pouvoir qui, aujourd’hui, s’apparente à une association de malfaiteurs, est lourd de conséquences pour l'avenir proche du pays.

Auteur
Bachir Dahak