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EXPRESS

Libye : le gouvernement intérimaire veut en finir avec les "mercenaires"

Le gouvernement intérimaire libyen a émis mercredi l'espoir d'un départ prochain des "mercenaires" étrangers, à l'issue d'un sommet international à Berlin destiné à stabiliser le pays dix ans après la chute de Mouammar Kadhafi. La Turquie émet une réserve.

« Toutes les forces étrangères et les mercenaires doivent être retirés sans délai ». Le communiqué publié après la conférence est clair et reprend les termes de la précédente rencontre en janvier 2020 comme ceux pris lors de l’accord de cessez-le-feu entre les deux camps en présence à l’automne dernier. Autant d’engagements qui n’ont pas été suivis d’effets. 

Un an et demi après un première réunion de ce type organisée sous l'égide des Nations unies, la capitale allemande a de nouveau accueilli les principaux acteurs du conflit libyen, dont, pour la première fois, le gouvernement transitoire.

La situation en Libye s'est "considérablement améliorée" depuis 2020, ont salué les participants dans leurs conclusions. "Les hostilités ont cessé. Un cessez-le-feu est en place. La fermeture des installations pétrolières a été levée", ont-ils souligné.

"Réserve" turque

"Nous avons fait des progrès en ce qui concerne les mercenaires et nous espérons que dans les jours à venir, les mercenaires se seront retirés des deux côtés", a déclaré la cheffe de la diplomatie libyenne, Najla al-Mangoush, à l'issue de cette rencontre.

"Toutes les forces étrangères et les mercenaires doivent être retirés de la Libye sans délai", confirme le texte final. Présent à l'occasion d'une tournée européenne, le secrétaire d'Etat Antony Blinken a lui aussi demandé avant la rencontre le retrait des troupes étrangères.

Le document final précise toutefois que la Turquie, un des pays présents militairement sur le théâtre libyen, a introduit à ce sujet "une réserve", sans plus de précisions.

Ce paramètre est central dans ce processus, le conflit libyen ayant été largement alimenté par des puissances extérieures.

"Ceux qui avaient donné l'engagement la dernière fois à Berlin de retirer leurs troupes ne l'ont pas respecté", déplorait avant la conférence Heiko Maas. Une référence implicite à la Russie, représentée à Berlin par le vice-ministre des Affaires étrangères Sergueï Verchinine, la Turquie ou les Emirats arabes unis.

En décembre, l'ONU estimait à quelque 20.000 le nombre de mercenaires et combattants étrangers en Libye: des Russes du groupe privé Wagner, des Tchadiens, des Soudanais ou encore des Syriens.

Plusieurs centaines de militaires turcs sont eux aussi présents en vertu d'un accord bilatéral conclu avec le précédent gouvernement de Tripoli.

Une dispersion brutale de ces hommes surarmés représenterait toutefois une nouvelle menace pour la région, craignent des diplomates de l'ONU. Le président tchadien Idriss Déby Itno a ainsi trouvé la mort en avril lors d'une offensive de rebelles tchadiens venus de Libye.

Les participants à la conférence se sont aussi engagés mercredi à sécuriser les frontières de la Libye et contrôler les mouvements transfrontaliers de groupes armés.

Doutes

Et ils ont réitéré leur volonté de respecter l'embargo sur les armes vers le pays. L'autre principal enjeu était de graver dans le marbre la tenue le 24 décembre d'élections présidentielle et législatives.

Le gouvernement de transition, dirigé par le Premier ministre Abdelhamid Dbeibah, a lors de cette conférence "réaffirmé son engagement" à organiser ce scrutin, selon le communiqué final.

Des doutes subsistaient avant la conférence sur la réelle volonté du pouvoir en place sur le sujet.

"Il est nécessaire que la mission de l'ONU prenne toutes les mesures en ce sens et qu'elle assume ses responsabilités pour que les élections se tiennent à la date prévue", a prévenu mercredi Ahmad al-Misrari, porte-parole de l'autoproclamée Armée nationale libyenne (ANL), dirigée par le maréchal Khalifa Haftar, l'homme fort de l'est du pays.

Après une décennie d'échecs à sortir la Libye du chaos, la formation du cabinet de transition au terme d'un processus politique parrainé par l'ONU a sonné comme l'espoir que l'on n'attendait plus.

L'Union européenne mise de surcroît sur le pouvoir en place pour régler le problème des migrants qui quittent les côtes libyennes, souvent sur des embarcations surchargées et peu sûres, pour tenter de rejoindre l'Europe.

Mais les divisions entre les deux pouvoirs rivaux, en Tripolitaine (Ouest) et en Cyrénaïque (Est), ont resurgi ces dernières semaines.

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Avec AFP