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REGARD

L’islamiste et le retourneur de veste

“Certains traîtres ont une étonnante faculté de se convaincre eux-mêmes de la sainteté de leurs intentions !” Charles Hamel / Solitude de chair.

Par-ci et par-là, à gauche et à droite, et même de tous les côtés, des gens très bien intentionnés, la douceur affable en bandoulière et les paroles mielleuses comme il se doit aux lèvres, me font la morale quant à mes commentaires sur l’islamisme et ses remugles. Ces personnes aux motivations sincèrement altruistes mais néanmoins communautaristes sans le savoir, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose malgré lui, me conseillent délicatement de mieux me comporter. Il parait que je ne dois pas taper comme un malade sur tout ce qui concerne notre religion y compris sur les dérives de certains « coreligionnaires ». Ils m’indiquent que je ne suis pas là pour salir ce qui nous appartient et qu’il convient de protéger notre patrimoine, notre religion étant l’élément le plus précieux de notre héritage. D’après ces gentils conseilleurs, qui ne sont pas les payeurs, il ne faut jamais cracher sur notre capital, surtout à l’étranger. Et en France, à l’évidence, nous sommes encore à l’étranger malgré une carte de séjour qui date des années 1980 ou la carte nationale française.  

« Il ne faut jamais prêter le flanc chez les ennemis de notre religion et de notre culture. La preuve, les chroniques que tu as publiées dans certains journaux ont été reprises par des organes d’extrême-droite et la fachosphère s’est emparée de tes écrits. Ҫa devrait te servir de leçon ! Tu n’as pas vu comment les femmes et les hommes politiques de droite et même d’extrême-droite parlent de toi avec du nectar dans la bouche, ça devrait t’interpeler, non ? 

Il faut que tu prennes conscience de tes dérives et que tu te taises maintenant. Ou alors que tu chantes les louanges de notre humanisme incomparable, que tu fredonnes l’air de la grandeur d’avant la décadence, celui qui nous a permis d’imposer notre civilisation en Andalousie et ailleurs et de montrer au monde de l’époque combien tout ce qui a trait à notre façon de voir les choses est fin et glorieux. Voilà le mot adéquat : glorieux ! Il faut que tu glorifies ce que nous avons toujours été. Dénoncer l’islamisme donne prise aux fachos ; regarde-les s’agripper à tes basques et regarde-les nous diviser. Tu devrais fermer les yeux sur tout cela. N’y a-t-il pas plus important comme sujet que ce thème qui fait jaser dans les cercles islamophobes ? Tu donnes du grain à moudre à ceux-là même qui ont tressé des lauriers aux champions de l’Algérie française. Ne serais-tu pas devenu un harki d’un nouveau genre, mon ami, un mutant qui crache sur les siens dans la capitale même de l’ennemi, un spécialiste du retournement de veste ? Arrête de dire du mal des tiens et de donner raison aux colonialistes qui n’ont jamais abandonné leur projet de nous soumettre à leur vision du monde. Avec toi, à l’évidence, ils ont réussi au-delà de toute espérance. Quelle honte de voir une telle plume au service de l’apartheid européen ! 

Comment faire pour te tirer de ce mauvais pas dans lequel tu t’es mis par manque de raisonnement adéquat ? Tu as creusé ton propre trou, ne le constates-tu pas ? Il est temps que tu ouvres les yeux sur le monde qui nous entoure et que tu te dises qu’hors les tiens, le monde est habité d’ennemis qui ne cherchent qu’à nuire à notre religion, à notre société, à notre grandeur… Ces détracteurs malfaisants et ces kouffars n’arrivent pas à oublier que nous les avons fait sortir de notre sol rempli de richesses. Nous les avons vaincus et nous les avons obligés à prendre le bateau en laissant tout sur place. Leurs larmes avaient fait déborder la mer Méditerranée lors de leur départ et la vision de la baie d’Alger qui s’éloignait, leur avait donné des aigreurs qui les habitent toujours jusqu’à aujourd’hui.

Tu fabules. Tu te montes le bourrichon. Tu t’es fait avoir. Tu feins de croire que ce qui est arrivé dans les années 1990 en Algérie est le fait de notre religion. Tu oublies qu’Al Qaïda a été créée par les Américains. Tu renies tes origines. Tu plaisantes sur des choses sacrées. Tu rigoles sur tout ce qui est sacro-saint et tu arrives à dormir avec tout ça ? Tu sais bien que ce que tu appelles « l’abjection sectaire » ne vient pas de l’islam et que l’islam est une religion d’amour et de tolérance. Quoi ? Nous serions des berbères et les arabes nous auraient envahis, perchés sur leurs pur-sang avec des sabres et la haine dans les yeux ? Tu débloques, mon ami. Allons, allons, un peu de bon sens, que diable, notre patrie a toujours été celle de nos aïeux venus de la terre sacrée d’Arabie, ces cavaliers n’ayant eu pour mission que de remettre les choses en place.

On t’a bourré le crâne. Tu me parles des assassinats des intellectuels algériens mais c’était téléguidé de l’étranger. Comment veux-tu que les GIA puissent se fournir en armes si les occidentaux ne s’étaient pas mêlés de nos affaires ? Tu ne vois pas plus loin que le bout de ton nez et tu te fais manipuler comme une poupée de chiffon que l’on montre aux enfants sages.

Les massacres de Charlie et du Bataclan ? Ceux du 22 mars 2016 à Bruxelles au métro Maelbeek et à l’aéroport de Zaventem ? Tu délires mon ami ! En quoi, notre religion est-elle mêlée à tout ça de près ou de loin ? Tu déformes la réalité. Tu intervertis les raisonnements. Tu essaies de noyer le poisson dans la sémantique comme tu sais si bien le faire. Tu ne désignes pas la vraie injustice qui nous bouffe de l’intérieur et qui est téléguidée par les services très secrets des pays qui nous en veulent. Tu parles des fascistes verts mais tu oublies qu’ils ne sont là que pour contrecarrer les fascistes bruns ? Il faut que tu saches choisir ton camp à un moment donné et ne pas te laisser embarquer sur des routes sinueuses sur lesquelles aucun asphalte ne te laisse te diriger vers des horizons dégagés.

Ta plume doit être une bénédiction et tu en as fait un fléau. Tu blasphèmes, mon ami, et l’excommunication est tout près de ta personne. Rejoins le droit chemin, celui qui te conduira à l’oasis céleste. Arrête de te faire du mal et de taper sur les offensés. Tu ne sais pas qui sont les outragés ? Et les femmes que l’on voile de force ? Où as-tu vu ça ? Et le libre-arbitre, mon ami, tu sais de quoi il s’agit ? Le choix de chacun de se vêtir comme bon lui semble.

Que chacun s’affuble à sa convenance. Tu ne le crois pas ? Tu remets même en cause les décisions et la volonté de chacun ? Et tu arrives même à désigner du doigt l’autorité divine ?

Tu es perdu, mon ami… Définitivement perdu. Il ne me reste qu’à prier quand même et, malgré tout, pour ton salut. C’est à cet acte que l’on reconnait que je transporte en moi une foi d’amour et de pardon, toute autre élucubration est un pur retournement de l’esprit. Allez, les kouffars comme toi ne méritent pas que l’on s’adresse à eux comme à des êtres humains normaux. Tu es devenu la lie de l’humanité ».

Voilà un florilège des conseils des bien-pensants, prosélytes à souhait, qui se sentent obligés de s’adresser à moi pour me remettre dans le droit chemin. 

Alléluia !

Auteur
Kamel Bencheikh
 

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Kamel Bencheikh est un écrivain talentueux en même temps qu'engagé contre l'islamisme qui a assassiné nombre de ses amis les plus précieux. Il a lui-même été désigné à la vindicte sectaire. Aujourd'hui, dans Le Matin d'Algérie ou ailleurs, il nous régale de ses coups de gueule qui nous empêchent de sombrer et de ses colères sismiques. Deux mots : MERCI et BRAVO !

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