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DEBAT

Logorrhée discursive ou impasse programmée ?

Le chef d’état-major, Ahmed Gaïd Salah, a, après quelques semaines de silence, gratifié le pays (pas le peuple car il ne sait plus à quel peuple s’adresser) d’un nouveau discours dont le contenu tranche avec les précédents : il a le mérite de la clarté.

Il n’y a pas d’autre issue à la situation actuelle que des élections présidentielles, bien évidemment organisées et contrôlées par le gouvernement que Bouteflika a installé avant d’être lui-même désavoué. Un sous-entendu de Gaïd Salah : Bensalah restera président d’Etat jusqu’à l’installation du futur président élu. En contrepartie, le chef d’état-major se prévaut du trophée de la lutte contre la corruption, conduite jusqu’ici à l’initiative de Bab Jdid, de la poursuite de la noria de responsables politiques de premier plan qui ont versé dans la magouille et de hauts prébendiers de la famille oligarchique.

1. D’abord, la lutte contre la corruption :

  • La lutte contre la corruption et plus largement contre les délits et crimes économiques pouvait très bien ne pas prendre comme point de départ la gendarmerie : cela implique que la justice traite uniquement ou en priorité les affaires diligentées à Bab-El-Djedid ;

  • Statistiquement parlant, l’indépendance de la justice est mieux respectée lorsque c’est celle-ci qui charge un des corps de sécurité habilités par la loi à conduire enquêtes et investigations; elle peut également faire appel, en l’occurrence, aux profils très pointus de la Cour des comptes, de l’IGF (Inspection générale des finances) et de l’Inspection générale de la banque d’Algérie. Globalement, la justice risque moins d’être sélective quand les initiatives sont prises ici et là.

Appartient-il à l’institution militaire de « veiller à entreprendre avec détermination la voie de la lutte contre la corruption », comme le précise avec insistance Gaïd Salah ? Celui-ci a-t-il le mérite de cette lutte ? Sous-entend-il que, sans lui, rien n’aurait été fait par la justice ou que les choses n’auraient pas été faites aussi rapidement ou de façon aussi spectaculaire ? Le pays ne vit pas de la justice spectacle ni de justice expéditive.

La présomption d’innocence est un droit dont tout accusé doit bénéficier effectivement. Au surplus, dans ce genre de dossiers, le pays a, de loin, davantage besoin de la réparation des préjudices en monnaie(s) sonnante(s) et trébuchante(s) que de l’incarcération des malfaiteurs indélicats. La justice se sent-elle obligée de remplir les prisons pour satisfaire le peuple ou, au contraire, pour être bien perçue par les initiateurs des poursuites ?

La réparation des préjudices porte sur tous les transferts indus – au titre des surfacturations – et sur les contrats indélicats de même que les redressements fiscaux ainsi que les pénalités qui y sont liés. Cela au titre des stocks, c’est-à-dire toutes les opérations traitées jusqu’ici. Les réparations sont de nature à rétablir au moins le niveau le plus élevé atteint par les réserves de changes, d’une part, et à suppléer la monnaie non conventionnelle créée, d’autre part.

Par ailleurs, les prix qui seront pratiqués à l’importation à l’avenir permettront des économies importantes sur l’équilibre de la balance commerciale, toutes choses égales par ailleurs, et last but not least, l’Eta pourra faire l’économie des subventions des prix des produits de première nécessité. La politique de redistribution pourra alors être réexaminée. Le budget de l’Etat sera, en effet, moins contraint et la ressource publique réorientée vers d’autres types de besoins.

Mais, à l’évidence, le bienfait de cette lutte ne peut être réparateur pour l’économie que si cela ne tarde pas à être réalisé. Il importe que les premiers résultats apparaissent rapidement pour rassurer les décideurs économiques.

2. La substantifique moelle du discours

Maître des horloges, le chef d’état-major ne fait plus dans les circonvolutions verbales : il n’y a qu’une seule voie de dialogue possible, celle dans laquelle le peuple souverain doit écouter son tuteur. Il lui faut « éviter la formulation de nouvelles revendications et de propositions qui ne sont guère adéquates, voire pas du tout objectives et s'inscrivent dans le cadre des pratiques non constructives.»

Ce n’est donc pas la voix du peuple qui doit prévaloir dans le dialogue, mais plutôt le tempo du maître. Dans le raisonnement, la légitimité n’a plus de place face à la prétendue légalité. En effet, que reste-t-il de la légalité ? C’est le dialogue « dont les résultats pourront satisfaire la majorité du peuple algérien, pour aboutir à une solution consensuelle au service de l'Algérie et de ses intérêts.»

De quel peuple s’agit-il dont la majorité serait disposée à une solution consensuelle ? Y en a-t-il un autre que celui qui manifeste pacifiquement depuis bientôt quatre mois, un autre que celui que représente la société civile, laquelle est sortie avec une feuille de route unique, un autre que celui que représentent les partis politiques qui ont fait des propositions ? Ah oui ! Il y a le FLN et le RND. Il y a le peuple qui réhabiliterait Bouteflika.

Alors, le pays a déjà perdu trop de temps : revenons au premier avril avec un joli poisson pour les prochaines marches. Il suffira, pour cela, que les élections soient « libres et intègres » comme le veut Gaïd Salah.

Adieu veaux, vaches, cochons…

Si le pays s’installe dans la nasse le risque du précédent vénézuélien serait aux portes d’Alger.

Auteur
Mustapha Baba-Ahmed
 

Commentaires

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Mon unique langue est Thamazight Kabyle, mon drapeau n'est ni vert ni étoilé ni islamique. Qu'on nous explique d'où sort ce symbole neo-othoman crée par les kouliglis. Avec cette intervention on est arrivés au vrai problème, qui est identitaire. Pour nous l'islam n'est pas plus important de notre identité qui existait bien avant la naissance de cette religion. Ni que l'arabe pourrait jamais etre notre langue officielle, je ne la sentirai jamais mienne, ce n'est ni chauvin ni raciste, au contraire les nazis sont ceux qui veulent nous l'imposer à la place de la notre. Nuance et marre de l'autocensure.

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Dans un syndrome de confusion mentale croyant s'adresser à des militaires en caserne oubliant que le peuple fort de ses 43 millions d'Algériens civils n'ont cure de ce qu'il pense ou declare.
Gaid Salah terminera dans l'humiliation et la honte de manière aussi tragique réservée aux apprentis dictateurs incapables d'assumer avec courage un pitch militaire devant le Monde ...
Quand à la pseudo lutte anti corruption très sélective au seul l'an adverse Gaid Salah croît il que la grande corruption des généraux et autres militaires sera amnistié par le peuple ou le temps ?
Et oui lui en parfait chef d'un clan d'apaches armés lourdement qui a participé au pillage et vols des ressources du pays...se trouve dans une situation (Gaid Salah) sans aucune sortie de secours Pour transfuger son clan mortel des généraux prédateurs.
Si Gaid Salah a le courage et la sagesse du Grand chef fidèle au peuple et à la patrie su'il arrête ses généraux corrompus croupissent en bande organisée de malfaiteurs aux Taggarins.....
Ils le dedtiturront à la Minute et rejoindra Toufik à la prison militaire.
Bien entendu Gaid Salah est loin de ce scénario patriotique et ne se rabat sur sur les ailes très fragiles du clan Bouteflika.
Gaid Salah un enfant politiquement parlant nul et atrocement égocentrique.
Sa disparition de la scène militaire et politique est le salut même de l'Algérie et n'en déplaise à des défenseurs intéressés et asservis congénitale ment aux rangers.
Autrement et le temps que celà prendra d'exacerber la crise dislocattice algérienne tous se feront botter les postérieurs par les rangers d'outre mer.
Ses amis du Golfe ou ses généraux ne lui seront d'aucun secours une fois la mécanique destructrice en activité.
Gare ils sont en reconnaissances Pour le moment les encores adversaires de l'Algérie et risquent de passer en Phase opérationnelle destructrice du pays et de sa souveraineté déjà malmené par un groupement de généraux.

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