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ENTRETIEN

Lounis Aït Menguellet : "Etre citoyen du monde, c’est accepter toutes les identités"

Crédit photo : Hayat Aït Menguellet.

Lounis Aït Menguellet est revenu sur la scène de l’Olympia à Paris les 2 et 3 novembre 2019. Le poète et chanteur kabyle qui a fêté ses 50 ans de carrière en 2017 est toujours aussi populaire en France où il remplit les salles de concert. Entretien.

RFI Musique : Vous étiez jusqu’en 1975 considéré comme un poète romantique. Qu’est-ce qui vous a fait venir à la poésie ?
Lounis Aït Menguellet : J’ai du mal à l’expliquer. C’est plutôt la poésie qui est venue à moi.  Avec toutes ses variantes et toutes ses richesses. La poésie est une branche majeure de la littérature et c’est très bien pour nous.

Ensuite, vous avez pris à bras le corps le sujet de l’identité berbère. Pourquoi ?

Cela a été une évolution normale. Quand j’ai commencé à écrire et chanter à l’âge de 17 ans, j’avais d’autres préoccupations. Et au fur et à mesure, j’ai ressenti la nécessité de parler de l’identité berbère. Voilà, c’est venu naturellement, rien n’a été calculé.

Dans une chanson vous avez écrit : "Du petit peuple dont je fais partie, j’ai appris l’essentiel". Qu’est-ce signifie l’essentiel pour un Kabyle ?

L’essentiel ? Je ne sais pas. Mais je sais qu’actuellement, il y a un haro sur le communautarisme. J’ai du mal à comprendre. Qu’on le veuille ou non, chacun veut défendre son identité. Et je remarque que dès qu’il s’agit de minorités qui essaient de défendre leurs spécificités, cela devient quelque chose de tabou. Et le tabou est carrément en train de s’installer. Qu’on le veuille ou non, l’identité est une chose essentielle. J’ai toujours appris que toute richesse spirituelle vient de la diversité. Et je n’ai jamais été hostile à toutes les autres identités. Bien au contraire. On parle de citoyens du monde. Mais est-ce que cela existe une identité "citoyenne du monde" ? Par contre, être citoyen du monde, c’est accepter toutes les identités, être ouvert à tous les courants.

C’est plus facile d’être Kabyle en Algérie actuellement plutôt qu’il y a 50 ans, lorsque vous avez commencé votre carrière ?

Heureusement ! Mais cela a été acquis de haute lutte et ce n’est hélas pas terminé. Nous sommes toujours des laissés-pour-compte. Je me souviens très bien de l’époque où on ne pouvait pas parler kabyle dans les rues d’Alger. Parler en kabyle dans la capitale, c’était de la provocation. Mais il fallait le faire pour exister. C’était un devoir.

Et quel rapport entretenez-vous avec la langue française, vous qui êtes né avant l’indépendance de l’Algérie ?

J’aime cette langue. Je lis et je communique en français. Je l’utilise beaucoup, elle m’a apporté pleins de choses. Mais cela ne m’empêche pas d’adorer et de parler kabyle ! (rires)

Vous êtes l’artiste le plus populaire en dehors des frontières algériennes. Vous avez fait votre premier Olympia en 1978. Aujourd’hui, il y a toujours autant d’engouement autour de vous. Quelle relation entretenez-vous avec le public ?

Il y a toujours eu une osmose entre nous, une complicité, une compréhension réciproque. J’espère que ce sera toujours ainsi. Et d’ailleurs, si par malheur il arrive que ce lien soit rompu, je n’aurais plus rien à faire dans la chanson. Je continuerais peut-être à écrire, mais pour moi. Mais je prends un plaisir fou à être face à eux. À chaque gala, j’ai l’impression de retrouver ma famille. Jamais je n’avais songé faire une carrière aussi longue. J’ai toujours vécu la musique au jour le jour. J’ai traversé les époques avec un public qui a évolué, tout comme moi. J’ai appris de mon public et il a appris de moi. Nous avons cheminé ensemble. C’est formidable.

Vos textes très complexes sur l'identité kabyle ont fait l’objet de thèses universitaires. C’est extraordinaire, non ?

C’est ce que l’on peut appeler la consécration. Quand je vois des étudiants venir me dire qu’ils vont travailler sur mes textes, je suis comblé. En toute modestie, je suis heureux de me dire que je ne me suis pas trompé de chemin.

Vous vivez la plupart du temps en Kabylie. Est-ce pour avoir plus d’inspiration dans l’écrire de vos textes ?

Non. C’est avant tout pour le plaisir de vivre en Kabylie. On peut trouver l’inspiration partout. Je ne crois pas qu’un environnement plus qu’un autre donne lieu à l’inspiration. Au contraire, lorsque l’on manque de quelque chose, d’un lieu, on peut être plus inspiré. En vivant loin de sa terre natale, Slimane Azem (poète et chanteur kabyle : ndlr) a écrit des choses magnifiques sur la Kabylie. Si je restais longtemps en France, je serais peut-être capable d’écrire de belles choses sur la Kabylie, car j’aurais de la nostalgie.

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Auteur
Farid Achache
 

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