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POESIE

Lounis Aït Menguellet revisité : "A kwen-yexdeε rebbi", que le diable vous emporte !

Après le titre fleuve « Avriḍ temzi », c’est un album aux textes des plus virulents à l’adresse des marionnettes du pouvoir que nous offre maître Lounis deux années plus tard, en 1992.

Même si le thème contestataire reste plus que jamais d’actualité, deux ans après la chute d'une partie du clan Bouteflika, Aït Menguellet en avait ciselé les contours trois décennies auparavant. 

Il faut dire que les turbulences qui avaient suivi l’ouverture démocratique et la radicalisation des « FLiN-toxo-FIS-tons » ne pouvaient qu’inspirer maître Lounis. Qui d’autre pouvait se permettre un solennel « A kwen-yexdeε rebbi » à l’adresse de ces chenapans qui nous servent de gouvernants ?

À cet égard l’on peut dire, sans faire preuve de quelconque ardeur mal placée, qu’à lui seul, notre barde constitue un Hirak monumental et singulier. 

Contrairement au fait que le Hirak d’il y a deux ans n’était pas homogène, les uns défendant la démocratie d’autres manipulés braillant à tout va une Dewla Islamya pire que la Saoudienne, le message de Lounis est celui de la liberté dans son sens le plus absolu. Quand son inspiration coule, rien ne peut l’arrêter !

Tous les slogans du Hirak rassemblés ne peuvent rivaliser avec la quantité de souffle et de vérité que maître Lounis nous inocule depuis plus de 50 ans.

Mot à mot « A kwen-yexdeε ṛebbi » signifie à notre sens « Dieu vous maudisse », mais pour reproduire, au mieux, l’intensité de l’interjection, nous lui avons préféré « que le diable vous emporte ».  

« A kwen-yexdeε ṛebbi », que le diable vous emporte !

Évoquons ceux qui ont trépassé 

Pour l’honneur du pays ils se sont sacrifiés

Ils n’entendent plus ses lamentations

Du jour au lendemain ils ont tous disparu 

Ah mes frères si on pouvait vous montrer

Ce cher pays qui vous a laminé

Vous verriez comment ils l’ont transformé

Même les arbres en sont remués

Le premier mammouth l’a brisé

Le deuxième l’a achevé

Par le dernier il sera enterré

Personne ne peut les réfréner

Moult vices ne cessent d’être créés

N’est-ce pas vous qui les engendrez

On croit entrevoir le bout du tunnel

Mais le présent est pire que le passé

Le pays que vous avez détruit et pleuré

Ne s’en remettra ni ne guérira

Peut-être lui a-t-on jeté un sort

Contre vous il se retournera un jour

Un jour par les vents déchaînés

Vous serez emportés

Vous disparus tout finira par s’épurer

Et que le diable vous emporte 

 

Le jour où tout a commencé

Volontaires des hommes se sont portés 

Croyant que c’était pour la liberté

Mais pour vous tout était arrangé

L’objectif c’était le pouvoir et non le français

Dès que vous en avez pris possession

À nous l’indigence

À vous l’opulence

C’est ce que vous appelez Révolution

Que le diable vous emporte

 

Sur son passage le brasier n’a laissé

Que veuves orphelins préjudices et sanglots

Ceux qui ont combattu en toute innocence

Ont laissé leurs toits rempli de néant

Vous êtes les seuls survivants

Le peuple vous l’avez muselé

Celui qui ne vous suit pas 

Vous le privez de ses droits

C’est ce que vous appelez Indépendance

Que le diable vous emporte

 

Le pays vous en avez hérité

À votre guise vous en abusez

Vous vous le répartissez

Vous obtenez ce que vous voulez 

Personne n’ose vous contester

Face à l’impuissance du peuple fatigué

Le pays vous en avez fait votre propriété

Quand on s’insurge vous dites c’est ainsi

C’est ce que vous appelez Socialisme

Que le diable vous emporte

 

Pour assoir votre pouvoir

Le pays vous l’avez divisé 

En Est et en Ouest

Nos inimités se sont amplifiées

Vous en attisez les brasiers 

Pendant qu’à l’ombre vous vous protégez

Entre nous c’est la méfiance

Nos rixes vous les provoquez

Vous nous dites « c’est ainsi les Alliances »

Que le diable vous emporte

 

Aujourd’hui même si le pouvoir est chancelant

Même si nous sommes toujours en privation

Nous avons gagné de furtives attentions

Même si le brasier d’antan s’est épuisé 

Les blessures ne disparaitront jamais 

Si vous êtes encore là

Nous le peuple insignifiant

Ce qui nous arrive nous le méritons

Puisqu’en tout temps nous vous acclamons

Que le diable Nous emporte 

Auteur
Kacem Madani