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DECRYPTAGE

L’Union européenne (UE) fortifie Haftar et pleure avec El Sarraj

A l’heure où la tension en Libye monte d’un cran avec les déclarations belliqueuses d’une part du maréchal Haftar de lancer ce qu’il a appelé « l’assaut large et total attendu par tout Libyen libre et honnête» et d’autre part, celle d’Erdogan venant au secours de son allié attitré Fayez El Serraj de s’y impliquer en envoyant des troupes en renfort au Gouvernement d’union nationale (GNA) basé à Tripoli et très affaibli militairement, on apprend que Tripoli s’apprête à accueillir en tout début d’année, de hauts responsables de plusieurs pays européens. Quels sont-ils justement ?

Le ministère des Affaires étrangères du gouvernement d’Union nationale libyen (GNA) a annoncé dans un communiqué que le ministre Taher Siala a reçu une communication téléphonique du haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell, autour des « évolutions sur la scène libyenne et des carnages commis par Haftar contre les civils dans les régions ouest et à Tripoli »

Le responsable européen a affiché son intention de se rendre en Libye pour s’entretenir avec des responsables libyens le 07 janvier 2020. Il sera accompagné par les ministres des Affaires étrangères d’Italie, d’Allemagne, de Grande-Bretagne et de la France, en vue de discuter avec le président du conseil présidentiel, Fayez El Sarraj, précise la même source.

De l’autre côté le président du parlement libyen Aguila Saleh a interpellé ce 28 décembre la communauté internationale de retirer la légitimité au gouvernement d’union national (GNA) fruits selon ses propres termes des accords controversés arrangé par le président de la Turquie Recep Tayyip Erdogan. Pour le président de ce parlement acquis à la cause de Haftar malgré le désistement d’une quarantaine de députés, la solution à la crise libyenne ne peut être crédible et applicable qu’avec les pays frontaliers de la Libye : Tunisie- Algérie- Egypte. Il se demande pourquoi Erdogan est pressé pour régionaliser un conflit dont la solution ne peut être trouver qu’entre libyens en médiation avec ses voisins immédiats.

Pourquoi justement cet empressement d’Erdogan

Il est devenu limpide comme l’eau de roche que les pays occidentaux comme la France, les Etats-Unis, l’Allemagne auxquels vient de se joindre la Turquie, s’en foutent éperdument de ce qu’adviendra du peuple libyen encore moins ceux qui lui sont limitrophes.

Leur seul intérêt est d’abord géostratégique, ensuite économique. Même la coalition formée par l’Egypte et certaines monarchies des pays du Golfe reste à leur service. Justement il n’y a que les pays frontaliers comme l’Algérie et la Tunisie du côté Maghreb qui œuvrent honnêtement pour réunir tous les Libyens autour d’une table pour trouver une solution.

C’est un leurre aussi que de croire que l’Algérie craint en cas d’embrasement de la région une infiltration terroriste dans son territoire. Ces groupes iront partout là où il est possible sauf en Algérie pour une simple raison : ils ne trouveront pas un soutien populaire à la base.

La France dont la politique en Libye en a fait une poudrière après la chute du régime Kadhafi continue à tergiverser tantôt d’un côté et parfois de l’autre. En effet, elle arme le maréchal Haftar pour le voir vaincre et pleure avec Fayez El Sarraj  pour gagner sa confiance. Si l’implication politique et militaire de la Turquie est aisément compréhensible en Syrie par exemple le long de sa frontière Sud où le conflit aux répercussions multiples pour son propre territoire, son intervention située à l’extrême éloignement pourrait surprendre plus qu’un. 

Mais le président turc a une réponse à tout «Nous irons là où nous sommes conviés, nous n’irons pas là où nous ne sommes pas invités. Comme nous y sommes conviés, nous répondrons favorablement». Et d’ajouter : «Nous soutiendrons par tous les moyens le gouvernement de Tripoli, qui résiste contre un général putschiste soutenu par des pays arabes et européens».

Pourtant les objectifs des accords économiques passés avec le GNA ne trompent personne. Il ambitionne visiblement de projeter son pays dans un rôle de puissance régionale dans les divers conflits du monde arabo-musulman. Il commence par signer deux  accords le 27 novembre dernier. Le premier plus rassurant pour le GNA libyen est celui d’un protocole d’entente pour une coopération militaire et qui est entrée en vigueur le jeudi 26 décembre dernier. Il a été publié au journal officiel turc. 

Il prévoit le soutien à la création d’une force d’intervention rapide pour le transfert de compétences, l’entraînement des forces terrestres, maritimes et aériennes libyennes par des experts militaires turcs, ainsi que la fourniture de matériel. Le  deuxième accord crucial signé avec le GNA libyen est maritime. Il concerne une délimitation territoriale qui permet à Ankara de faire valoir des droits sur de vastes zones en Méditerranée orientale riches en hydrocarbures, très disputées par la Grèce, l’Egypte, Chypre et Israël.

Furieux, Athènes a annoncé dimanche qu’un accord sur le gazoduc East Med, concurrent des projets turcs, serait signé avec Chypre et Israël le 2 janvier. La Turquie et la Libye pourraient mener des activités d'exploration conjointes au large de Chypre, dans une zone qui recèle d'importants gisements de gaz. 

R.R.

Auteur
Rabah Reghis
 

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