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TRIBUNE

 M. Brahimi, l’Algérie n’a pas été un don

Au lendemain de l’indépendance, ou peut-être bien avant, à la structuration de cette guerre qui ne disait pas son nom, les dichotomies étaient déjà posées. Ce qui était nous, cette Algérie battante et les autres ; ceux qui nous interdisaient hier comme aujourd’hui l’accès à un espace  de possibilité, un espace  de dignité et d’humanité. 

Nier l’atrocité de la guerre qui présida à la naissance de l’Algérie moderne et l’effacer d’un trait est du révisionnisme historique 

Abane Ramdane avait posé les jalons de la Révolution au congrès de la Soummam. La primauté de l’Intérieur sur l'extérieur, du politique sur le militaire…etc.  

La guerre d’Algérie n’a pas été un cadeau. L’armée coloniale n’avait absolument pas lésiné sur les moyens pour stopper ce qui n’était appelé au début que d’événements d’Algérie. Alors que le côté Algérien parlait de Guerre et de Révolution, la France officielle, à l’exception de quelques intellectuels, donnait le nom d’événements, d’escarmouches à ce  qui se déroulait de l’autre côté de la Méditerranée. Le langage a été mobilisé lui aussi afin de minimiser l’action des combattants algériens. Mais, officiellement, c’était la panique générale. On était bien face à un mouvement révolutionnaire qui balayera le système colonial français et y mettre un terme. Non sans résistance et sans user de tous les moyens, Mr Lakhdar. L’Algérie a connu la pire des guerres de libération. On usa de tous les moyens. On mobilisa plus d’un demi-million d' hommes. On utilisa l’aviation,  le napalm, la torture  sous toutes ses formes, le déplacement de population...

On isola le pays en fermant les frontières tunisiennes et marocaines. On infiltra les maquis de l’ALN ; On en créa de contre maquis ; on décima les rangs de l’ALN par l’abjecte opération de contre espionnage de la bleuite ou ses meilleurs éléments ; les plus instruits y furent la cible.

Plus encore, M. Lakhdar, on mobilisa leur héros national De Gaulle pour sauver les meubles. Alors qu’il voyait que l’Algérie française était finie, en homme, d’Etat, ce monsieur infiltra l’ALN par des  hommes issus des rangs de l’armée française. Ces hommes qui sont aujourd’hui même aux destinées de ce pays nommé Algérie et dont vous avez été son représentant sans honte bue. On pratiqua la politique de la terre brûlée.

L’OAS tua, brûla, et réduisit en cendre tout ce qui pouvait aider ce pays à aller de l’avant et rejoindre la concert des nations. 

Et vous osez, Mr Lakhdar nous résumer notre combat en une simple décision sage de notre adversaire d’hier qui nous ne voulait absolument aucun mal ?

Tout l’argumentaire dont nous n’avons exposé que les grandes lignes directrices nous renseignent sur l’ampleur des moyens mobilisés par la France pour garder sous sa tutelle l’Algérie.  En aucune façon, monsieur le ministre, la naissance de l’Algérie indépendante n’a été un cadeau. Ni une idée généreuse de la France.

Soixante ans après la fin des hostilités, les relations franco-algériennes restent entachées de secrets, de tabous et de non dits. Et vous êtes aux faits, Mr le Ministre. Vous en savez plus que le commun des mortels.

L’indépendance de l’Algérie reste un autre Waterloo pour la France. Si cela venait d’un enfant du terroir, on aurait compris de l’amertume pour cette vieille puissance européenne qui a tenté d’envahir l’Europe au XIXe siècle mais qui n’a pas pu accomplir son dessein.

Elle orienta ses assauts vers des pays moins organisés, (Asie et Afrique). Dès l’instant ou ces pays accédèrent à la modernité au sens large du terme (instruction, fin des régimes féodaux….), la France était obligée de plier bagages. Bien entendu, il est de bonne guerre et en toute probabilité que l’ancienne puissance coloniale veuille garder sous sa coupe ses anciennes colonies en usant d’influences en tout genre, allant même jusqu’à freiner  l’émancipation de ces pays. Mais la veille aux  intérêts des dits pays est du ressort de la diplomatie et du système de sécurité propres à chacun d’eux.

Les représentants  dignes sont attentifs  à l’image et aux intérêts de leur pays. Mais M. Lakhdar a confondu les siens avec ceux de l’Algérie. 

L’idée  de l’Algérie est beaucoup plus grande que vous Mr le Ministre. Vos aïeux peuvent être de grands propriétaires terriens ; des féodaux algériens. Mais la Révolution algérienne en a mis un terme. Alors, nous vous concédons ce moment de nostalgie. Moment où il y avait communion et collision entre le système coloniale et la petite bourgeoisie algérienne. 

Auteur
Said Oukaci, doctorant en sémiotique