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Chronique-Naufrage

Marchandisation  de la femme et afghanisation  de l’Algérie !

Dans un nouveau numéro de l’émission « Ligne rouge »,  diffusé en début juillet 2020 par la chaîne algérienne Echourouk TV, la femme invitée embrasse avec fierté et bonheur le pied puis le front et la main de son mari. Par ce geste, elle voulait le remercier devant toute l’Algérie. L’émission a pour actuel sous-titre ce slogan : «Mon mari est mon paradis ». 

L’émission consiste à discuter les problèmes des couples et familles en présence d’une présentatrice et un imam. Les images passent pour un drame: voix hachée de l’invité (e), larmes de l’animatrice, empathie et commentaires de l’imam, le tout accompagné d’une musique mélancolique qui rappelle le naufrage du Titanic. Une mise en scène qui vise à captiver  le téléspectateur naïf et à réveiller sa chair de poule. 

Le comportement de la femme embrassant les pied-front-main de son mari est un auto-esclavagisme qui souille l’image de la femme algérienne et de la femme en général. Une humiliation qui rappelle les pires pratiques misogynes à l’ère  antéislamique où  l’on enterrait les filles vivantes. 

Elle a assisté  avec consentement, certes, mais  l’émission trouve du plaisir à faire du féminin un fonds de commerce pour augmenter l’audience. Une marchandisation de la femme qui rapporte bien. Ce qui illustre ce commerce : le programme ne passe pas en direct ; l’équipe n’a pas supprimé la scène humiliante au montage. Absence totale de professionnalisme et d’éthique du métier. Quand la femme devient une marchandise banale, ça veut dire que le pays a atteint le fond de l’ignorance et de la régression. 

Par concurrence, beaucoup d’émissions de ce genre pullulent à la  télé : interprétation des rêves par un imam, fatwas et exorcisme islamique en direct…La majorité des télévisions en ont une. La femme est leur proie commune. Bien qu’elles soient une humiliation et un crime contre la dignité humaine (protégée par la loi), ces émissions  ont une grande audience. Parce qu’il y a une bonne réception dans la société ravagée par l’islamisme. Ainsi, beaucoup de citoyens jugent  cette dame prosternée comme héroïne.

Exploitant les secrets des gens et leur dignité,  « La ligne rouge » et les autres émissions de la honte véhiculent une pensée islamiste. Et selon l’islamisme, la femme est une éternelle mineure qui a besoin d’un tuteur ; un corps au cerveau faible ; elle doit porter le voile ;  son vrai avenir est l’homme ; elle doit se soumettre au mari pour accéder au Paradis (d’où le slogan de l’émission)… 

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Dans un hadith très douteux, il est question d’une possible prosternation de l’épouse devant son mari. Voilà, d’où est venue l’idée à cette épouse de se plier pour embrasser le pied du conjoint-dieu. Lavage-cerveau, comme on dit. 

L’islamisme envahit l’Algérie et le monde doucement. Il contamine lentement, mais gravement. Un danger universel. Soutenu et protégé, il est bien organisé tel un colonialisme invisible; les médias sont sa première arme surtout la télévision qui a une grande influence.   De ses divers nids (Arabie Saoudite, Iran,   Égypte, Turquie…), il irradie sa maladie dans le monde entier pour avoir plus de richesse et de puissance. 

Beaucoup confondent islam et islamisme. Il y  a une fine frontière entre les deux, cause d’amalgames et de malentendus. Le radical « islam » est trompeur ; c’est pourquoi les spécialistes préfèrent dire extrémisme, fanatisme, fondamentalisme…à la place d’islamisme.

L’islam est un message de profonde spiritualité et de valeurs universelles comme le montre bien la philosophie  soufie. L’islamisme est un mouvement politique, opportuniste-hypocrite, qui utilise l’islam comme fonds de  commerce pour atteindre ses objectifs dont l’argent et le pouvoir. L’islam incite au questionnement du Coran pour en tirer des sagesses. L’islamisme s’appuie exprès sur la dé-contextualisation et la fausse interprétation du texte sacré, pour dire ce qu’il veut dire et appuyer ses délires. 

Par exemple, divers islamologues dont Youssef Seddik déclarent que tant de hadiths sont inauthentiques et appellent à la  vérification ; les islamistes s’opposent à celle-ci qu’ils jugent comme profanation parce qu’elle dénude leur malice. 

Ainsi, l’islamisme a abâtardi l’islam en le transformant, par ignorance et par volonté, en  un recueil de lois. Les conséquences sont là : terrorisme, haine, islamophobie, guerres, destructions, viols…L’islam n’est pas le géniteur de l’islamisme mais sa première victime. 

Humilier une femme ou tout humain  à la télé ou ailleurs,  est un acte répréhensible par l’islam qui veuille sur les valeurs comme en témoigne la vie du Prophète. 

Ce genre d’émissions islamistes  n’est pas interdit en Algérie  parce qu’il  ne touche pas les questions  sensibles (Hirak, corruption, détenus d’opinions, etc.) et constitue un opium du peuple. Quand le pouvoir y est évoqué, c’est en termes de soutien et d’idolâtrie.  Autrement dit, les islamistes sont les amis privilégiés du pouvoir. D’ailleurs, les télévisions algériennes, publiques ou privées, saluent les actions du pouvoir, étouffent les images du Hirak (révolution), diabolisent les gens honnêtes, censurent les  sujets dérangeants…Ce qui les rend intouchables.

Autant que le «  féminisme » algérien  qui n’existe que par des slogans partagés sur internet, l’ARAV (autorité de régulation de l’audiovisuel) ne bouge pas pour  interdire ces émissions. Même pas une pétition ! En revanche, si l’une d’elles évoque un  sujet sensible qui fâche le pouvoir, elle disparaîtra de l’écran telle une poussière. 

En Algérie et dans les autres pays ravagés par  l’islamisme, tout ce qui est religieux (imams, muftis, mosquées, zaouïas, universités islamiques…) soutient aveuglément le pouvoir. L’union algérienne des ulémas musulmans  était le bras droit de Bouteflika, à travers tous les mandats. 

En Algérie, comme en Tunisie et en Egypte, les islamistes ont joué (jouent) un  grand rôle pour entraver  la révolution du peuple  qu’ils jugent comme un complot occidental et une atteinte à l’islam. Grâce à leur influence dans la société, le pouvoir gagne la sympathie et la confiance du peuple. En échange, ils gagnent l’amitié du pouvoir et divers intérêts. Donnant-donnant. Sinon, pourquoi un islamiste n’est pas suivi en justice malgré des fatwas de haine ou des déclarations dangereuses, contrairement aux autres citoyens qui vont  en prison  pour une opinion ou un post sur Facebook ? 

Parfois, les islamistes jouent les rivaux du pouvoir pour leurrer le peuple. Du faux-semblant.  Des personnages de fable jouant devant  les moutons de Panurge. 

En plus de l’interdiction de ces émissions, il faut lutter contre la pensée islamiste qui fait le lavage-cerveau des citoyens. Ce courant impur ne vise pas uniquement la tenue vestimentaire ; c’est un mode de pensée qui touche la conscience, non seulement des hommes barbus et des femmes voilées, mais aussi des hommes rasés et des femmes aux cheveux découverts qui pensent en  islamistes.  Cela paraît absurde, mais vu d’un contexte algérien ou maghrébin, c’est une réalité amère.  Pour exemple : beaucoup d’hommes rasés et en costume occidental  imposent le voile à l’épouse ou  à la fille ;  et beaucoup de femmes sans voile refusent de consulter un médecin-homme ; les deux cas sont des règles strictes chez les islamistes. 

En somme, la marchandisation de la femme est un des actes indignes de l’islamisme qui transforme petit à petit l’Algérie en un Afghanistan. Une Algérie en tchadri ! 

Auteur
Tawfiq Belfadel, écrivain-chroniqueur