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L'OEIL DE ZINA

Marseille, une ville proche du FLN ?

Quand on ne vit pas à Marseille, on en a une vision très exotique. La mer, le ciel bleu éclatant du Mistral et le dialecte de la maison qu’on entend dès qu’on arrive à la gare Saint Charles. Si la cité phocéenne a pu élire si facilement domicile en mon cœur c’est bien qu’elle a quelque chose d’accueillant à mes yeux, au-delà des remparts métaphoriques que sont les mentalités du sud.

Lorsqu’on vit à Marseille, on découvre un système de castes solidement en place, ancré dans toutes les facettes de notre quotidien. Il y a les quartiers nord et les quartiers sud. Les « vrais » quartiers populaires et la vitrine touristique. Les marchés publics et les …marchés publics selon la définition méditerranéenne en vigueur.

Toutes les fonctions régaliennes de l’État font l’objet d’une pratique sui generis. De la défense, au traitement des déchets en passant par les finances publiques. Même les pratiques clientélistes des élus de la Région permettent à Marseille de mériter son surnom de 49e Wilaya.

Les représentants des communautés religieuses se voient offrir des locaux ou un peu de matériel pour s’organiser. Les associations de quartiers bénéficient parfois de subventions dont on ne connaissait pas l’existence.

Ce statut un peu part de la ville se retrouve dans la communauté algérienne. Ici nous sommes proportionnellement bien plus nombreux mais incapables de nous organiser autant qu’à Paris. Pourquoi ? Parce que nous sommes gagnés par les mêmes maux qu’en face. Les personnes qui ont peur d’avoir leurs vrais noms sur Facebook, qui utilisent des pseudos pour tout, les réunions infiltrées par des inconnus qui viennent casser le moral des troupes.

Les tentatives avortées d’organiser des débats qualitatifs. Nombre de proches du pouvoir en place en Algérie ont pignon sur rue à Marseille. Et nombre d’entre eux ont leurs accès à la Mairie. Si on ajoute les « barbus » dans la répartition territoriale, on est au cœur d’un écosystème qui va éprouver les mêmes difficultés qu’au pays pour briser ses chaînes.

Dans ce marasme, l’apprentissage démocratique est compliqué. Les intérêts des uns et des autres, mélangés à un émotionnel fort et imagé rendent les échanges houleux voire quasi impraticables. Les manifestations appelant à "dégager" le système en place en Algérie, n’ont pas l’ampleur souhaitée. Surtout si l'on sait l'importance de l'immigration algérienne dans la Région.

Les tiraillements profonds et les fractures idéologiques, générationnelles, voire clientélistes, béantes. Il y a comme un sentiment de désespoir à voir toute l'énergie déployée pour un résultat loin des attentes. Ce désespoir que nous ressentons à chaque avortement d’initiative me rappelle celui de mes parents lorsque j’étais enfant. Marseille est une ville gouvernée par le FLN, au sens propre comme au figuré.

Qu'importe !

Malgré tout, un désir fort d’aller à contre-courant a permis au CADSA Marseille d’émerger. Né suite au 22 février 2019, le Collectif pour une Alternative Démocratique et Sociale en Algérie puise en lui l’énergie de mettre des choses en place. Une initiative forte, sous la forme d’un appel à pétition est en ligne : http://chng.it/jLRng5cSpR

Le sujet ? Nos inquiétudes sur la répression du mouvement qui sévit de plus en plus. Une prise de contact par les collectifs algériens et sympathisants des autres villes de France, d’Algérie ou d’ailleurs serait grandement bienvenue pour renverser la vapeur d’une ville laissée bien trop longtemps aux mains des "cachiristes".

Z. M.

Auteur
Zina Mebkhout
 

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