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Impérieuse culture du terroir 

Matoub Lounes, c’est aussi… "Allah wakber"

D’aucuns trouveront prétentieux de croire que l’on peut rendre quelconque hommage original à Matoub Lounes plus de 20 ans après sa disparition, d’autant que des écrits sur le rebelle se comptent en dizaines. 

Toutefois, il y a un titre qu’il est impératif de remettre au goût du jour, par ces temps où l’on redoute des basculements identiques à ce que nous avait réservée la fin des années 1980, par la grâce d’un certain « zitotisme » (*) qui semble prendre de l’ampleur, marche après marche, vendredi après vendredi. 

Rajouté à cela, des procès qui n’ont rien à envier aux temps reculés de l’inquisition, comme celui de Saïd Djabelkhir, il est important de se rappeler des messages percutants de lucidité de ces combattants par la plume, le verbe et la poésie.

Matoub Lounès c’est une œuvre immense impossible à inventorier sans risquer d’en oublier une partie, ni à classer dans un genre ou un autre. L’étendue englobée par son talent se déploie du festif « Slaɛbiţ a ya abeḥri » à l’émouvant « Kenza », cet hommage rendu à la fille de Tahar Djaout, assassiné à la fleur de l’âge par un extrémisme aveugle.

Matoub c’est un iceberg de productions. Un iceberg dont ce qui est connu ne représente que la partie visible. Et, au sommet de cette banquise géante domine, selon moi, le titre « Allah Wakber ». Je me souviens que quand je m’étais procuré la cassette, dans les années 1980, j’ai dû écouter et réécouter ce titre à en user la bande qui a fini par rompre, à force d’appuyer sur les boutons « rewind » et « play ». Le système D, un bout de scotch et la voilà repartie pour d’autres sonorités !

C’était avec un plaisir quasi machiavélique que je tournais le volume à fond pour bien m’imprégner de chaque mot, et quelque peu embêter mes « semblables », sachant qu’ils en déduiraient forcément que leur mécréant de voisin a fini par rejoindre les rangs. Qui d’autre qu’un fidèle ferait augmenter les décibels d’un tel appel ?

À contre-courant de l’atmosphère d’une Algérie talibanisée à l’irréversible, « Allah wakber » peut faire office de verset d’une lucidité et d’une clarté déconcertantes ! Quel coup de fouet fortifiant porté à la cervelle de nos petits chérubins si on leur faisait écouter et apprendre ce titre en même temps que « tebet yada abi-lahabi » dès leurs premières années de scolarité !

Cette chanson, c’est l’impératif du répertoire de Matoub, à écouter sans modération. Et, ne pas insister sur ce titre, tout hommage rendu à notre rebelle serait incomplet. Sous fond de dérision vivifiante, Matoub remet les pendules à l’heure d’un printemps de tolérance qui tarde à se profiler à l’horizon de nos espérances.

Nous vous proposons donc l’écoute de « Allah wakber » ainsi qu’une traduction qui s’efforce de respecter chaque mot et chaque rime…Pour le reste, jugez par vous-mêmes ! Peut-être faut-il signaler que la traduction en arabe qui accompagne la vidéo est complétement à côté de la plaque. Comme quoi, l’ironie peut-être décodée autrement par n’importe quel illuminé. Allah ghaleb ? Peut-être bien, mais on comprend mieux ce que signifie le mot récupération.

Allah wakbeṛ

Asmi d-testeqsa lehna

Nerra- ţ si lḥaṛa

Nenna-yas aqlaɣ labas

Neṛwa lxiṛ d l’baṛaka

Ur ɣ-ixuṣ w’ara

Ad yekkes ayen n ţu yibwas

Zzint wallen ɣer lqebla

Am waken syinna

Aa d-iwwet ubeḥri n tissas

Allah… wakbeṛ ! Allah… !

 

Taεṛabt d awal n Ṛebbi

Dg-es tamusni

Mačči am tigad nniḍen

Fella-s ma tebbḍeḍ s ifri

Xas grireb ɣli

D Muḥemmed aa k-id-iselken

Ḥader ad ak-d-yeldi yeẓri

Qqar kan Sidi

I widen i k-yezzuzunen

Allah…! wakbeṛ Allah…!

 

Ḥader a d-takiḍ si tnafa

Aqlik di lxelwa

Asebsi n lkif d aṛfiq-ik

Ttmuqul kan Lqebla

D Lkeεba crifa

D nitni i  ţafat-ik

Kkat aqeṛu-k di lqaεa

Ur ssemḥas ara

Sel kan i sidi ccix-ik

Allah… wakbeṛ ! Allah… !

 

Allah est grand 

 

Le jour où s’est invitée la paix

Dare-dare nous l’avions congédiée

La rassurant de nos félicités

Repus de bonheur et de bienfaits

Rien ne manque à notre prospérité

Vint le jour où nous avons tout oublié

Vers la Qibla nos yeux se sont tournés

Comme si de cette lointaine contrée

Soufflait le vent de la dignité

Allah… est grand ! Allah… !

 

L'arabe est la langue de Dieu

Sa science est aussi vaste que les cieux

Aux autres elle ne peut être comparée

Pour elle dans l’abîme tu peux te jeter

Basculer et tomber 

À ton secours Mahomet viendrait

Veille à ce que tes yeux soient bien fermés

Psalmodie ceux qui t’ont envouté

Allah… est grand ! Allah… !

 

De ton sommeil n’émerge surtout pas

Te voici errant à la recherche du trépas

De vapeurs d'opium pâme-toi

Ne contemple que la Qibla

Sans oublier la chérifienne Kaaba

Elles sont ton unique éclat

Courbe-toi, le front parterre tape-toi

N’écoute pas celui qui veut t’en détourner

N'obéi qu’à ton vénérable cheikh et ses versets

Allah… est grand ! Allah… !

K.M.

(*)https://www.lematindalgerie.com/le-hirak-entre-le-mauvais-et-le-pire

 

Auteur
Kacem Madani