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REGARD

Merci !

Ainsi le pouvoir algérien compte-t-il être de son époque : par la censure, l'emprisonnement, la terreur, l'interdiction de toute création qui n'aurait pas son aval. Depuis un an, il organise la stratégie du vide. Une stratégie sans génie, brute, violente. Des dizaines de jeunes incarcérés pour avoir écrit quelques lignes sur Facebook. Frapper fort pour dissuader, pour tétaniser, pour rendre l’échec de gouvernance illisible.

M. Tebboune, ces gosses condamnés à l'enfermement par une justice veule et honteuse, ne plieront pas. Pour avoir été incarcéré par votre prédécesseur durant deux ans, je peux vous affirmer que la prison, quand elle est au service de l'injustice, quand elle est prononcée par des juges sans honneur, ne fait jamais abdiquer.

L'homme ou la femme injustement détenu vit au milieu de ses plaies, dialoguant avec ses contusions, conscient d’avoir dépassé la douleur commune, impersonnelle, de l’avoir réduite à ce qu’elle n’est pas censée être, une compagne pour la vie, l’unique identité par laquelle se reconnaît le fils martyrisé d’un peuple nié, progéniture de gens sans importance, relégués dans l’arrière-cour de l’existence…Le détenu embastillé dans le seul but de donner l'exemple, le journaliste, le militant du hirak ou le patriote qu'on enferme, font siens les mots de Mandela : "Je ne perds jamais, soit je gagne, soit j'apprends", prenant soin de ses blessures, évitant qu’elles ne cicatrisent parce que ces blessures-là ne lui appartiennent plus, de ces blessures souffrent tant de créatures, elles sont les dernières preuves du calvaire des hommes, leur mémoire et leur prochain salut, ces blessures resteront à jamais ouvertes, il ne doit plus jamais oublier, rien oublier sous peine de mourir dans le vide de sa banalité ou, pire, vivre dans l’amnésie de sa propre souffrance.

Aussi, la polémique qui entoure le documentaire de Kessous diffusé sur France 5, ne doit-elle pas nous faire oublier que le film "Algérie mon amour" est avant tout un terrible réquisitoire contre un pouvoir qui a cru pouvoir mettre à profit la pause coronavirus pour reprendre la main face au hirak.

Pendant que les Algériens étaient confinés, les dirigeants ne pensaient qu'à regagner l’autorité malmenée par la rue. Les arrestations massives de citoyens actifs dans la révolte avaient pour finalité de d'empêcher le mouvement populaire de se doter de cadres qualifiés.

Le régime algérien pensait avoir réussi à berner les Algériens et l'opinion internationale par ses fadaises, ses accusations à l'emporte-pièce, les indignations enfiévrées de ses laudateurs professionnels. Le film de Kessous, qu'on aime ou qu'on n'aime pas, a le mérite de sonner la fin d'une fourberie qui n’a que trop duré.

Ces jeunes gens qui ont parlé de leur pays avec amour étaient saisissants de courage et de sincérité. Ils étaient l’Algérie.

Merci.

 

Auteur
Mohamed Benchicou