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TRIBUNE

Mesures sanitaires coercitives, mesures liberticides et anticonstitutionnelles ?

Confinement, masques, couvre-feu, jauge de présence, fermeture des commerces, depuis que la Covid-19 sévit s’est engagé un débat très vif sur le caractère liberticide ou légitime des contraintes.

Depuis l’annonce d’une vaccination obligatoire pour certaines professions, la fronde des « antivax » réapparaît. Je leur oppose un argumentaire des plus fermes pour accuser une rébellion qui est loin d’être neutre politiquement et fait resurgir le spectre d’idéologies dangereuses.

Nous les attendions dès le début de la crise sanitaire mondiale. Nous avions craint leur nuisance pour l’avancée de la recherche scientifique puis pour la campagne de vaccination. Des politiques frileuses et contradictoires avaient été conduites par crainte de réveiller leur colère.

Alors, comme ils s’étaient avérés relativement effacés, nous les avions cru totalement vaincus. Mais voilà, très curieusement, qu’ils redonnent de la voix au moment où l’objectif du pourcentage de vaccination pour atteindre l’immunité collective est en bonne voie. Et surtout avec l’annonce du Président de la république d’une loi instituant la vaccination obligatoire à certaines professions, soit certainement une première étape vers la généralisation de l’obligation à tous les citoyens, même les plus jeunes.

Voilà que réapparaît donc cette vielle et très minoritaire frange des populations mondiales brandissant l’argument du complotisme d’État, celui des grandes firmes et de Big Brother. Ces derniers jours, en France, probablement parce qu’ils ressentent leur échec, ils redoublent de force dans leurs manifestations, jusqu’aux actions violentes comme la dégradation d’un centre de vaccination.

Ce monde de dénonciation perpétuelle du complot, de la contradiction constante à ce qui, à leurs yeux, est liberticide, était dans la préparation de son renouveau après une période de léthargie provisoire.

Avant de dérouler le fil de mon argumentaire, il faut au préalable une mise au point indispensable pour contrer le premier argument qui me serait opposé par les anti-vaccins (antivax), peu évoqué car le suivant est beaucoup plus connu de leur part.

Une mise au point préalable

L’argument n’est pas entendu dans cette circonstance présente mais il est toujours pris en compte par ceux qui savent décrypter l’histoire des démocraties et du droit. Il faut immédiatement le neutraliser par un argument opposé avant qu’il ne ressorte dans le débat. Car en cette matière, comme à tant d’autres dans l’histoire des idées politiques, les arguments sont reconnaissables au moindre propos, au moindre slogan.

Ce sont effectivement toujours les régimes autoritaires qui arguent de la nature schizophrénique de ses opposants à brandir l’argument du complot d’État. Pour les dictatures, ces opposants voient de la manœuvre liberticide dans toutes actions du pouvoir en place.

Par nature, les opposants aux régimes autoritaires sont toujours dans le dénigrement et la fronde face à ce que propose l’État. Il y aurait systématiquement une suspicion et un refus de tout ce qui est d’origine gouvernementale. Pour ces opposants, les gouvernants dissimulent, manipulent et, au final, servent leur objectif de musellement en incarcérant tous ceux qui se mettent en travers de décisions annoncées par le pouvoir, justifiées comme étant un bien pour la population.

Ainsi, nous nous comporterions à l’égard des anti-vaccins et de tous les adeptes de la théorie du complot comme sont traités les opposants des régimes dictatoriaux.

Nous refuserions leurs alertes contre un danger qui menace les libertés et la santé publique, nous nous opposerions à leur donner la parole et à respecter leurs choix et leurs idées ainsi que leur expression auprès du public.

Nous leur opposerions également le caractère démocratique des décisions gouvernementales par sa légitimité provenant des urnes, donc de la volonté générale. En quelque sorte nous invoquerions le même argument des dictatures pour légitimer le refus de les suivre dans leur alertes et revendications.

Tout cela est bien entendu à prendre en compte avec une rigoureuse honnêteté intellectuelle. Les anti-vaccins seraient les opposants réduits au silence, détenteurs d’une vérité forcée au silence ? il y a toujours un risque que cela se révèle un jour une exactitude.

C’est pour cela qu’une force légitime d’un gouvernement doit être justifiée avec des arguments clairs et développés en refusant d’interdire les prises de paroles et les manifestations des anti-vaccins. Il ne faut pas les rejeter d’un revers de la main sauf après avoir bien argumenté le bien-fondé des mesures prises.

Essayons donc de développer, avec rigueur, l’argumentaire qui me fait prendre une position radicalement inverse de celle des antivax. Et le terme de radical est bien choisi car je suis à l’extrême absolu des idées et comportements de ce mouvement.

Une curieuse proximité politique

Un des arguments des antivax, comme de tous les partisans de la théorie du complot, quel que soit l’objet, est de se réclamer hors de la politique. Leur position serait uniquement celle de lanceurs d’alerte, de vigiles d’une société qui s’endormirait sur une aveugle confiance envers les institutions.

Oui, mais voilà, et c’est le cas à chaque fois, ce sont très curieusement toujours des mouvements qui s’adossent aux idées politiques des partis extrêmes, identitaires, souverainistes, anarcho-gauchistes etc.

Nous en avons encore eu la preuve dans les deux dernières poussées de fièvre, cette semaine, puisque les manifestants sont à l’unisson de l’appel du parti de Mélenchon et des groupuscules d'extrême-droite. Le parti du Rassemblement National de Marine Le Pen n’est pas éloigné de cette position, le fait clairement entendre, mais ne s’y risque pas trop avec frénésie car l’échec de la tentative de dédiabolisation du parti et la claque reçue aux dernières élections ne le lui permettent pas.

C’est un fait clair et établi, les mouvements complotistes sont toujours une couche souterraine de mouvements aux idéologies fascisantes ou, au moins, très troubles et aux odeurs sectaires. Tous les leaders de ces mouvements, souvent des scientifiques pour ce qui est du domaine sanitaire, présentent des accès d’illumination doctrinale et avancent des arguments ésotériques, sans l’appui d’une validation scientifique, pour ne pas dire fumeux.

Par ce premier constat, j’ai plus que des doutes sur la détention d’une vérité neutre, uniquement motivée par la fonction d’alerte et la prudence sanitaire. Examinons maintenant un troisième argument.

L’argument scientifique

Bien entendu qu’il faut toujours confronter les arguments scientifiques, surtout que les scientifiques passent leur temps à se chamailler et à s’envoyer à la figure des conclusions opposées. Ce fut très clairement le cas sur les plateaux de télévision et autres médias lors de cette crise mondiale du Covid.

Mais si la communication scientifique fut désastreuse, il ne faut jamais oublier que des garde-fous existent, cela s’appelle depuis le XVIème siècle, la méthode expérimentale.

Les protocoles scientifiques ont été parfaitement respectés dans les trois phases requises jusqu’à l’autorisation de mise sur le marché pour vaccination des citoyens. Des organismes sérieux valident la procédure et, même s’il y a des débats contradictoires, on ne peut réfuter le caractère sérieux de ceux-ci.

Puis, ces organismes constatent les premiers effets de la vaccination et restent vigilants tout au long de la campagne vaccinale. Il a été prouvé que des pourcentages très élevés, bien plus que ceux espérés, valident largement l’efficacité des vaccins mis sur le marché malgré des cas, très marginaux de mauvais effets, constatés toujours au long de l’histoire des vaccinations.

Mon article n’a absolument pas pour objectif de faire état de tous les résultats scientifiques, j’en serait d’ailleurs incompétent. Raison pour laquelle je m’appuie sur une dernière donnée, objective et simple à comprendre, qui met en déroute les arguments des antivax. Ces deniers temps, lors de la reprise de l’épidémie, la totalité des cas les plus graves, jusqu’à la mort, est constatée pour des non vaccinés. Si ce n’est pas un argument décisif, lequel le serait ?

L’argument de la non conformité aux droits fondamentaux

Il est apparu avec force pour s’opposer à la loi sur la vaccination obligatoire. Selon les antivax, la liberté de ne pas être inoculé sans consentement par un produit trouve sa source légale dans l’article 4 de la déclaration universelle de 1789 (qui avec la constitution sont les sources les plus hautes du droit).

C’est un argument absolument incontestable et incontesté en ce qui concerne la libre disposition de son corps. C’est la raison pour laquelle aucun autre gouvernement que celui d’une dictature n’imposerait à une personne l’inoculation d’un produit en dehors de son consentement éclairé (Les mineurs ont un statut dérogatoire).

Mais les antivax, comme tous les fanatiques de la théorie du complot et de bien d’autres fantasmes n’ont jamais lu l’article 4, se référant au simple mot de liberté dont ils savent que la constitution est garante. 

Quant à ceux qui font référence à l’article 4 d’une manière précise, soit ils ne savent pas lire, soit ils n’ont retenu que la moitié de la première phrase (celle qui les arrange), soit ils sont de mauvaise foi.

Voici ce que dit l’article 4 de la déclaration universelle des droits de l’Homme et du citoyen :

« La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi. »

Cet article du texte de 1789 est parfaitement retranscrit dans l’expression populaire très connue « La liberté d’un individu s’arrête là où commence celle des autres ».

Or qu’est-ce que l’organisation d’une société basée sur le droit si ce n’est la gestion des intérêts contradictoires ? La solution a été trouvée depuis longtemps, c’est le mécanisme de la démocratie.

La liberté est tous les jours, en tous domaines, contingentée par des impératifs de vie communautaire. Nous ne pouvons rouler à plus de 130 kmh sur une autoroute, pas plus que s’emparer du bien d’autrui ou de dégrader des édifices, publics ou privés, et ainsi de suite.

De plus, en matière vaccinale, les exemples d’obligations sont très nombreux. Les enfants sont obligatoirement vaccinés d’une flopée de vaccins, les médecins le sont obligatoirement pour l’hépatite B et certains pays refusent l’entrée sur leur territoire sans attestation du vaccin contre la fièvre jaune, etc.

Enfin, cet article 4 et la nouvelle loi doivent être lus avec un autre regard, une autre interprétation que celle des antivax. Aucune autorité ne va forcer un citoyen à se faire vacciner en le ligotant et en lui inoculant le produit malgré son refus. Ceci est hors de propos et l’invoquer est une contre-vérité notoire.

Il s’agit, conformément à l’article 4, dans sa bonne lecture, d’affirmer « Vous pouvez absolument refuser la vaccination mais en aucun cas mettre en danger les personnes que vous côtoyez. Alors, prenez vos responsabilités et ne vous présentez dans aucun lieu où le public se rassemble, surtout lorsqu’il est clos, comme au restaurant, au spectacle, dans un bureau etc. ».

De plus, pourquoi la collectivité doit-elle continuer à financer les antivax dans leur frénésie à se faire tester par un PCR ? C’est un coût faramineux pour elle, à chaque fois qu’ils doivent visiter leurs parents, aller au spectacle ou participer à une fête. Ils sont libres de ne pas se faire vacciner, qu’ils soient responsabilisés pour ne pas en faire subir le coût à la société.

L’argument du silence imposé

Selon les antivax et partisans de la théorie du complot, le « système » (tiens, un mot fétiche du Rassemblement National) les musellerait dans leur expression médiatique en privilégiant la parole du message d’État, celui de la « pensée unique ».

Nous n’avons jamais observé que les médias les censuraient, que les préfets leur interdisaient une manifestation où que leurs publications soient interdites de diffusion. Je dirais même qu’ils sont très visibles, assez bruyants, et libres dans leurs propos, même lorsqu’ils disent des énormités et des contre-vérités. 

Jamais la démocratie ne leur a enlevé le droit de s’exprimer sinon celui de leur interdire de faire l’apologie de pratiques médicales rigoureusement interdites. Mais c’est valable pour tous les médicaments ou pratiques médicales illicites et pour toutes les personnes, fussent-elles scientifiques. *

En conclusion, nous dirions que cette fois-ci on ne peut plus tolérer qu’une partie marginale de la société puisse mettre en danger l’écrasante majorité. Il en va de la réussite d’une politique sanitaire qui fait face à l’une des plus grandes pandémies que le monde contemporain ait jamais connues.

Il ne s’agit plus dans cette histoire de banales oppositions de vérités et de croyances, mais d’un danger sanitaire très grave. Près de quatre millions de personnes sont décédées dans le monde pour cause de Covid. Et nous serions très loin du compte si nous supposons l’impossible vérité statistique dans les pays pauvres ou dans des pays qui faussent les chiffres, comme en Chine.

Le nouveau variant, non seulement est beaucoup plus contagieux mais touche une population beaucoup plus jeune contrairement aux premières versions du virus. Et s’ils sont encore relativement épargnés pour les forme graves, la communauté médicale constate une progression des « Covid longs » pour cette population. 

Nous ne jouons plus avec les partisans de la théorie du complot, c’est aujourd’hui une guerre dans laquelle on ne peut laisser à ces hurluberlus la faculté de manipuler des explosifs mortels.

Ils ont la parole, elle est libre, ils ont prétendument des spécialistes, ils peuvent nous convaincre plus sérieusement en nous apportant des preuves scientifiques crédibles.

En attendant, nous ne pouvons les laisser entraver les politiques vaccinales qui, elles, ont largement apportées leurs preuves d’efficacité pour protéger l’humanité, depuis Louis Pasteur

Auteur
Boumediene Sid Lakhdar, enseignant