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La tournée du prince héritier à travers plusieurs pays

Mohamed Ben Salmane ou le périple de la honte

« La honte », titrait avant-hier lundi en Une le journal espagnol El Mundo et en grande manchette la photo de l’ancien roi Juan Carlos recevant le prince saoudien Mohammed Ben Salmane Al Saoud, qui entame une tournée à travers plusieurs pays, particulièrement arabes, qui le conduira le 6 décembre prochain en Algérie.

C’est la première tournée de l’homme fort saoudien à l’étranger depuis l’assassinat le 2 octobre dernier à Istanbul du journaliste saoudien Jamal Khashoggi.

Après Bahreïn, les Émirats arabes unis, et l’Égypte, des pays membres de la coalition menée par l’Arabie Saoudite contre les « rebelles » Houthis faisant ainsi des milliers de victimes parmi la population yéménite et près d’un million de déplacés, livrés à la famine et aux maladies, c’est à Tunis que l’avion princier a atterri hier mardi 27 novembre.

Une visite qui a été émaillée par des manifestations de protestation, qui se sont poursuivi dans la soirée au moment où le Président tunisien Béji Caïd Essebsi rencontrait son hôte encombrant. La veille, un grand rassemblement s’est tenu à Tunis à l’appel de l’organisation syndicale, du mouvement des jeunes progressistes, des avocats et des artistes pour dénoncer cette visite et protester contre le pouvoir tunisien l’accusant de "monnayer les principes et de traître".

Des banderoles invitant Ben Salmane à rebrousser chemin ont été brandies et des scies et des photos d’enfants yéménites souffrant de malnutrition sont exposées pour lui rappeler les massacres commis au Yémen et ses crimes. Mais aussi et surtout son implication dans l’assassinat du journaliste Khashoggi. 

Contrairement à Alger et Tunis, Mohammed VI, le roi du Maroc, a déclaré avant-hier, un brin bravache, qu’il avait refusé de recevoir Ben Salmane et pourtant ils sont alliés dans la guerre menée contre le Yémen.

C’est une position visant, selon certains observateurs, à calmer le front interne en ébullition et nullement pour la motivation évoquée publiquement par Mohammed VI.

Conscient de la sensibilité du peuple marocain à la question du football et n’ayant jamais pardonné le vote de la délégation saoudienne (menée par ben Salmane ) en faveur des États-Unis contre la candidature du Maroc pour l’organisation de la coupe du monde de 2026, le roi du Maroc a utilisé la situation de disgrâce aux yeux de l’opinion internationale que traverse le prince héritier pour lui signifier une fin de non-recevoir quant à sa demande d’inclure le royaume chérifien comme étape de son périple.  

Le martyre de Khashoggi est devenu ainsi un enjeu et au centre des marchandages, voire l’objet de chantage entre les mains des pouvoirs de certains Etats.

Pétrole contre réhabilitation

Le Président Trump continue à tirer profit et le maximum de dividendes en proposant ses services à Mohamed Ben Salmane afin de lui rendre « sa fréquentabilité » et de le réhabiliter sur le plan international. Malgré l’action qu’entament ces jours-ci les représentants de la Chambre américaine contre lui pour tentative de dissimulation d’un crime, il n’a pas caché son euphorie dans un tweet il y a trois jours pour annoncer aux Américains qu’il a obtenu des saoudiens une augmentation de la production du pétrole conduisant à la baisse du prix de baril sur le marché.  Il a invité à cet effet les américains de faire le plein d’essence et ne pas hésiter de traverser l’Amérique en voiture.

Erdogan , le président turc, redouble lui aussi de pressions pour obtenir plus d’aide d’Arabie Saoudite alors qu’il traverse une crise de monnaie et de changes à la suite de la décision américaine unilatérale de lui imposer des taxes sur les exportations et de lui imposer des restrictions en devises.

Au moment même où le prince héritier Mohamed Ben Salmane se trouvait en Espagne, la police turque menait une opération très médiatisée de perquisition dans une villa située à Istanbul appartenant à l’un de ses proches amis. La police d'Ankara serait toujours à la recherche du corps de Khashoggi, qui est devenu au fil de temps "le kamiss d’Othman" (la tenue de Othman, le 4ème khalife mort assassiné entre les mains du pouvoir d’Erdogan à brandir à chaque fois qu’il veut obtenir plus des saoudiens.  

L’opération de dédouanement de Mohamed Ben Salmane initiée par Trump se poursuivra ce vendredi lors de la grande messe de G20, qui se tiendra à Buenos Aires en Argentine.

Perdante à tous les coups, et surtout des retombées de l’augmentation de la production du pétrole décidée par les Saoudiens sans respect de la règle des quotas qui régit les relations entre les pays de l’OPEP, l’Algérie s’apprête à accueillir le 6 décembre le prince héritier saoudien et à lui dérouler tapis rouge.

Et en réponse à la réaction de beaucoup d’algériens s’opposant à cette visite, le ministère des affaires étrangères a rappelé, par le biais d’un communiqué laconique, les relations d’amitié et stratégiques qui lient les deux pays «frères» depuis une longue date.

Une langue de bois tronquée d'approximations et de contre-vérités, comme d’ailleurs, l’histoire inventée par Ahmed Ouyahia, le premier ministre, pour justifier les excuses présentées aux saoudiens à la suite de l’incident du stade de Ain Mlila où des supporters ont déployé un tifo frappé de «l’effigie » de l’émir Ben Selmane et de Trump pour dénoncer le transfert, cautionné par le royaume, de l’ambassade des États-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem.

Ahmed Ouyahia a déclaré devant les caméras que l’ambassadeur saoudien à l’ONU est rentré en 1955 au siège de l’organisation onusienne drapé du drapeau algérien, alors que l’Arabie Saoudite avait refusé en 1956, selon feu M’hamed Yazid, qui était représentant du FLN à l’ONU, de donner la voix qui manquait pour l’inscription de la cause algérienne. Et c’était le représentant du Chah d’Iran qui avait eu l’audace, selon M’hamed Yazid, de combler la rétraction saoudienne. Mais c'est un autre temps, d'autres hommes qu'Ahmed Ouyahia n'a pas connus. 

Auteur
Youcef Rezzoug