Aller au contenu principal
Body

REGARD

Mourir et vivre sous De Gaulle, sous Tebboune… Par Mohamed Benchicou

Avant, le pain venait de Hassi-Messaoud. Désormais, nous annonce notre nouveau président, Abdelmadjid Tebboune, il faudra aller le chercher de Chénachène. Ne cherchez pas : Chenachène, personne ne connaissait, sauf quelques chameaux et deux ou trois touristes égarés, avant que des prospecteurs de gaz de schiste, ne débarquent dans ce coin du bout du monde, entre Tindouf et Adrar, le sortant de l’anonymat un futur eldorado ou un futur cimetière, c’est selon.

Notre nouveau président, à l’optimisme débordant, fait résolument partie des enthousiastes :  «Je ne comprends pas les gens qui veulent nous dissuader de profiter de cette richesse, le gaz de schiste est un don de Dieu ! » Et dire que Mme Royal n’y avait pas pensé ! « Le gaz de schiste, c’est beaucoup de dégâts environnementaux, avait-elle stupidement déclaré, à l’émission 7 sur 7. Même aux Etats-Unis, les experts en reviennent du gaz de schiste. Le gouvernement français s’interdit cette initiative dangereuse pour l’environnement et pour la santé des Français. Il n'y aura pas d'exploitation du gaz de schiste en France, ni même d'investigation, tant que je serais ministre de l’écologie ».

Enfin, Mme la ministre, on ne parle pas ainsi d’un don de Dieu ! Mais alors où la trouver cette énergie qui manque tant à la France ?

Mais en territoire indigène, pardi !

Par bonheur, il y a l'Algérie. L'Algérie, son désert à portée de main, ses plages polluées, ses dirigeants coopératifs, ses oligarques milliardaires et ses indigènes disponibles... Enfin, des créatures qui ne comptent pas. Ou si peu !

Le 13 février 1960, personne n’avait jugé utile d’avertir les habitants de Reggane que la France allait procéder à des essais nucléaires devant la porte de leur maison, à proximité des villes et des oasis sahariens, menaçant les précieuses ressources en eau. 

Les autorités françaises prétendaient que les essais se situaient dans des régions inhabitées? Quand on réalisera qu’au moins 20 000 personnes vivaient dans la zone des retombées radioactives, il était trop tard : Reggane venait de recevoir, l’équivalent de trois bombes d’Hiroshima ! Un indigène, ça ne se remarque même pas ! Mais l’essentiel, n’est-ce-pas, c’est la grandeur de la France ! «Après tout, qu'est-ce qu'un cadavre d'indigène ?», avait dit le frère de l’Arabe tué par Meursault.  

Le garçon avait apporté deux autres bières et le frère de l'Arabe avait laissé tomber une autre réponse blasée : «Mon frère avait-il besoin d’être tué pour ne plus exister ? »  L’écrivain sursauta. Il fixa longuement son partenaire de table qui remuait de la tête, en marmonnant : « Il  n'était déjà pas de ce bas monde. Pas de nom, ni de visage, ni de mère. On dit qu'il est mort de la main de Meursault. N’en crois rien. Il était déjà mort. Le mal de notre guerre, ce n'est pas de nous avoir jetés dans la mort, c’est de ne pas nous avoir ressuscités avant.» Exactement comme cette nuit de Reggane qui ne se terminera jamais.

Les témoins assurent que cela ressemblait au jugement dernier. « Une énorme explosion puis des nuages noirs dans le ciel et la terre tremblait sous nos pieds. »

La population n’était avertie de rien. On leur avait juste dit : « Fermez les yeux et ne regardez pas le ciel ! Dites-le à vos familles et à vos voisins. » Beaucoup fermeront les yeux pour toujours ; d’autres, des milliers d’autres, ne les ouvriront plus jamais sur le monde : une bonne partie de la population a perdu la vue dès le lendemain. 

Soixante ans plus tard, les gens continuent de boire une eau dont des spécialistes assurent qu’elle serait à l’origine de plusieurs maladies. Une eau tirée des puits à ciel ouvert qui n’aurait jamais fait l’objet d’analyses, en dépit du risque qu’elle présente. Après l’eau contaminée de Reggane, il leur faudra donc boire l’eau contaminée de Chenachène ! Par devoir national !

Tebboune n’a-t-il pas solennellement affirmé que le recours au gaz schiste nous éviterait de recourir à l’endettement extérieur. «Nous avons le deuxième ou troisième stock mondial de gaz de schiste pourquoi refuser d’y recourir et aller s’endetter à l’extérieur, nous qui n’exportons ni produits agricoles ni industriels ? »

Il faut bien que quelqu’un paye pour l’argent dévalisé par les oligarques de Bouteflika ! Et si d’aventure, les petits-fils d’indigènes venaient à refuser de s’abreuver de l’eau de la bombe et tenteraient de manifester leur mauvaise humeur de cobayes révoltés, on les accueillera avec les nouvelles petites bombes achetés spécialement  pour les indigènes colériques, des bombes lacrymogènes fabriquées…en France et aux Etats-Unis.

Auteur
Mohamed Benchicou
 

Ajouter un commentaire