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REGARD

Ni Etat militaire, ni Etat civil, un Etat tout court 

Depuis le 16 février, les Algériens exigent un Etat juste et de droit.

L’un conduisant la répression, l’autre débouchant sur la corruption, les deux menant à l’impasse.

Au lendemain de l’indépendance, les dirigeants algériens appelaient à l'unité nationale. L'option pour la centralisation des ressources et des emplois était justifiée au nom de cet impératif suprême admis sans discussion.

La concentration du pouvoir politique au profit du chef de l'Etat était présentée comme un moyen d’accélérer le processus étatique de développement économique. Le régime militaire issu du Coup d'Etat du 19 juin 1965, loin de rompre avec cette conception, se présentait comme le garant le plus efficace de l'unité nationale, de la consolidation de l'Etat, et du développement économique et social du pays. Sa conception hiérarchique s'accordait parfaitement avec le modèle de l'Etat totalitaire.

En cumulant les techniques d'encadrement du Parti Unique et de la discipline des armées, l'Etat militaire devient l'Etat militant. Cet Etat qui veut tout faire, tout entreprendre, tient à tout diriger, à tout imposer d'en haut ; tout doit passer par l'Etat, tout doit converger vers lui, tous doivent agir avec lui et sous son contrôle.

La construction d'un Etat "un et indivisible" permet de justifier les méthodes les plus autoritaires. * Peut-il promouvoir un développement interne sans la participation des populations à la production et à la gestion ? La concentration des ressources et le monopole du pouvoir ne sont-ils pas dans une certaine mesure à l'origine de la faillite des politiques publiques et des révoltes populaires ?

Depuis Longtemps, l'Etat a fasciné de nombreux observateurs, qui ont vu en lui un substitut potentiel au marché. Pour certains, l'Etat doit intervenir directement dans le domaine économique en qualité d'agent économique à part entière, pour d'autres, l'Etat est suffisamment occupé dans son rôle de puissance publique pour "s'embourber" dans des problèmes de gestion qui lui font oublier sa mission "essentielle" : le choix d'une politique macro-économique efficace de mobilisation des ressources du pays à des fins productives.

C'est pourquoi, de plus en plus d'économistes rendent l'Etat responsable des performances comme des contre-performances enregistrées ici et là. L'Etat en Algérie se caractérise par l'inefficacité de la gestion publique et ses corollaires : la violence interne et la dépendance externe.

Même dans l'hypothèse favorable d'un pouvoir relativement stable, ce pouvoir se révèle largement impuissant à réaliser les objectifs qu'il s'est fixé, à cause de l'inefficacité de son administration et lorsqu'il parvient à réaliser ses objectifs, c'est au prix d'un gaspillage effrayant. Cette inefficacité de la gestion étatisée est due nous semble-t-il à l'incompétence et à la corruption des dirigeants qu'ils soient des dirigeants politiques ou des dirigeants d'entreprise.

Cette corruption est d'autant plus importante, qu'à la corruption financière liée au développement de l'économie monétaire et marchande se combinent des formes de corruption qui trouvent leurs origines dans des solidarités plus ou moins tribales. Le loyalisme premier à l'égard de la famille engendre un népotisme qui imprègne les entreprises étatisées. Le clientélisme, reposant sur l'échange entre personnes contrôlant les ressources inégales est partout roi.

C'est un fait établi, l'Etat en Algérie est un Etat sous développé. Le sous-développement économique est une réalité globale multidimensionnelle. On peut parler de sous-développement politique comme on peut parler de sous-développement économique ou culturel. L'Etat sous développé n'est pas seulement un Etat dépendant mais surtout un Etat "minimal" qui porte  les stigmates de toutes les crises qui l'ont secoué : décolonisation ratée, intégration inachevée, extrême vulnérabilité aux ingérences des puissances et intérêts étrangers, autant d'incapacités étatiques. 

A ce stade, la mise en cause de la relation de dépendance devient problématique. Les crises sociales affaiblissent les structures de l'Etat et le rendent de plus en plus tributaires des opérations de sauvetage, financière, militaire ou autre du monde capitaliste développé. 

La précarité de l'Etat est telle que toute tentative de développement autocentré qui dépasse les exigences de profit des élites au pouvoir est généralement perçu par celles-ci comme un manque à gagner ou une menace. Ce qui compte avant tout c'est le maintien du statu quo même si cette situation engendre les germes de sa propre destruction ou liquidation. En Algérie, l’Etat n'est pas une abstraction, il est avant tout une personne, un groupe ou un clan, d'où la nécessité pour domestiquer cette puissance, d’établir des relations personnelles avec elle. Cette personnalisation n'est pas la personnalisation de l'entreprise publique, mais la personnalisation des ressources publiques. Chaque position hiérarchique implique généralement le contrôle de certaines ressources ; le titulaire d'une fonction publique gère les ressources d'une façon personnalisée. Mais lorsque la personnalisation des ressources s'estompe, c'est pour faire face à la logique du marché. 

Enfin, cette opération de légitimation implique également que les buts fixés ainsi que les moyens utilisés pour les atteindre soient en harmonie avec les buts et les besoins reconnus par la société. Cela suppose qu'un discours cohérent exprime cette harmonie par tous les partenaires.

 

Auteur
Dr A. Boumezrag
 

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