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49ème marche.  Pris en tenaille les manifestants scandent :

« Ni pétrole, ni gaz de schiste, dites à la France de le faire à Paris »

Le «tailleur» en chef des circuits de marche, policer de métier et rémunéré par le contribuable, n’a pas eu raison des manifestants en ce merveilleux après-midi de janvier, baigné d’un soleil doré, qui prend le soin de réchauffer atténuant ainsi la fraîcheur iodée d’Alger.

En usant de tous les stratagèmes pour «saucissonner» la marche, espérant ainsi charcuter le paradigme des marcheurs, né un 22 février 2019, le génie bleu ne fait que provoquer davantage les manifestants et accroître leur détermination.

Chassés du perron de la Grande Poste, puis de place de la Grande Poste, ensuite des jardins attenants puis enfin aujourd’hui de la rue Khettabi et de ses trottoirs où ils ont pour habitude de se rassembler et de dire leurs slogans ils répliquent aux forces de l’ordre en les accusant d’être à la solde du gang (3issaba) et d’obéir aveuglément aux ordres de leur chef.

Les accès par la rue Mostefa Ben Boulaid sont aussi supprimés, la rue Asselah Hocine rétrécie, à l’aide de camions de police. 

Tout un dispositif est mis en place afin de décourager les plus tenaces parmi les contestataires, mais rien n’y fait. Excités et contrariés, ils crient : "Bravo 3lihoum darouna 7isar fi el 3asima" i.e. bravo à eux ils ont fait l’embargo sur le centre-ville. 

Fières de leur nouvelle création, en s’adressant à Ali Ammar alias Ali la Pointe  ils chantent : "Oh ya ali ouladek mahoumch habssine oh ya ali 3al houria m3aoulin eddouni el 7abs oula tiri 3alia ou had el ard fiha dam moualia manahabssouch manahabssouch 20 sna mazalhoum el bandia ou had echa3b 7arabhoum bissilmia" i.e. oh Ali, tes enfants ne s’arrêteront pas, ils comptent se libérer, emprisonnez moi ou tirez moi dessus, cette terre est pleine du sang de mes proches, nous ne nous arrêterons pas, ce peuple les combat avec le pacifisme. Ils enchaînent sur : "Nas el 3issaba hay fi essoujoun  ounas ettani rah m3a tebboun oussahafa te9sam fielhirak oual cadi khayan bittilifon" i.e. la moitié de la bande est en prison, l’autre avec Tebboune, la presse veut diviser le hirak et le juge trahit par téléphone.

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En rajoutant à l’une de leurs célèbres tirades le mot houma (eux) ils en décuplent la portée, ils hurlent : "9oulna el 3isaba trouh ya7na ya ntouma ! houma !!!" i.e. on a dit que le gang devait partir, c’est ou vous ou nous !eux !!!  Les milliers de manifestants répètent sans se lasser : "daoula ouled lehram yes9out ennidam" i.e pouvoir illégitime, à bas le régime.

Au niveau de la rue Asselah Hocine, des jeunes contrariés par le goulot d’étranglement causé par les camions de police rouspètent et sont interpellés. Le cortège refuse d’avancer jusqu’à la relaxation des protestataires en scandant : "Ourahi el 3adala oura7 el kanoun khradjna silmia daouna lesilone" i.e. où est la justice où est la loi nous sommes sorti pacifiquement, nous avons été emmené au cachot. Les jeunes sont finalement libérés.

Ils se rappellent les détenus et réclament leur libération en disant : "Allah ou Akbar Karim Tabbou" i.e Dieu est grand Karim Tabou ; "etetelgou ouladna ya ouled frança" i.e. relaxez nos enfants, fils de la France. Cette allusion à la France est probablement le résultat de la  caution « Ledrianesque », apporté au Président il y a quelques jours. 

Ce dernier est ciblé particulièrement par rapport à ses prises de positions en ce qui concerne le gaz de schiste. Tout en rappelant qu’il ne les représente pas et qu’ils ne le reconnaissent pas, pour n’avoir pas voté ils scandent : makan el 7iwar makan el hadra djabouna rais ibi3 essahra oé oé i.e. il n’y a pas de dialogue, il n’y a rien à discuter, ils nous ont ramené un président qui veut vendre le Sahara.

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Ils répètent que le Sahara leur appartient et qu’il n’est pas à vendre en chantant : "makan la pitrol makan la sakhri goulou el Franca dirou fi Paris" i.e. il n’y a ni pétrole, ni gaz, dites à la France de le faire à Paris. Ils répètent : Tebboune dégage, Total dégage !

La rencontre organisée entre le président et la presse, a pris plus l’allure d’une veillée, ou "9a3da" comme désignée en langage populaire, qu’une conférence de presse. Dans une salle où les couleurs s’entrechoquaient, les tapis bigarrés se bousculaient, les styles se contrariaient, que la gente féminine a déserté, la presse présente domestiquée terni, le Président a durant deux longues heures et quelques, tenté désespérément de transmettre un message, des idées sans trop y parvenir.

En s’improvisant spécialiste en matière d’environnement et en se hasardant, sans y être vraiment préparé, sur le dossier savonneux du gaz de schiste, il prend le risque inutile de provoquer un séisme.

Auteur
Djalal Larabi
 

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