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OPINION

Nos dirigeants persistent et signent !

Depuis des décennies tous les programmes des gouvernements successifs ont inscrit dans leurs priorités une réforme du système bancaire et fiscal. Plus de 10 ministres des finances se sont succédé mais aucun n’a apporté les changements attendus pour simplement se mettre au niveau des pays voisins. Rappelons au passage que le ministère des Finances assume notamment trois fonctions essentielles :

  • Gestion administrative des propriétés foncières, mobilières et immobilières

  • Protection et financement de l’économie nationale 

  • Collecte des recettes et redistribution pour assurer l'équilibre de l'ensemble des comptes publics (l'équilibre des comptes sociaux et des mesures de financement de la protection sociale)

Ce qui frappe d’abord l’esprit c’est qu’aucun ministre n’a imprimé d’une véritable marque de modernisation des banques publiques, dans l’administration des domaines, du cadastre et de la conservation, ni l’administration de protection de l’économie (les douanes)  ni même dans l’administration de collecte des recettes publiques (les impôts). C’est lamentable ! 

Pour ces dernières, l’état des lieux, les moyens et l’insalubrité des locaux sont révoltants, l’accueil des administrés inexistant, les dossiers et archives piteusement conservés, le mobilier de bureau fort vétuste, l’informatique rudimentaire. Je me suis demandé maintes fois : Sommes nous aussi médiocres pour demeurer au moins 30 ans, dans de telles conditions ? Et pourtant, il me paraît assez facile de procéder à la modernisation et la numérisation de ces administrations. 

1/ Je suis donc amené à conclure que cette situation satisfait à des intérêts occultes qui ne souhaitent ni modernité, ni transparence, ni traçabilité, ni accès public au fonds documentaire.         

Pour les moyens de paiement et transactions bancaires (paiements, virements, transferts,…) j’ai, à ma grande surprise, constaté en 2004, lors d’un séjour prolongé en RP de Chine, que cet immense pays, partant de rien, a effectué en peu d’années, des progrès considérables en matière de procédures informatisées et en monétique. Actuellement, chez nous, les paiements de factures courantes par CIB ou par internet ne sont pas aisés et loin d’être généralisés.

Pour les virement bancaires, on utilise toujours des procédures archaïques et de surcroît, sans rougir, les agents de banques publiques annoncent des délais 15 à 20 jours ouvrables. Pour appui, j’ai récemment opéré et suivi une opération de virement en dinars d’une banque nationale et je confirme qu’après 18 jours, le compte du bénéficiaire n’était toujours pas crédité. De l’agence, je me suis alors rendu sur le site (centre de transfert Swift), non sans difficultés pour y accéder et pour constater de visu le comment du pourquoi. Le constat est frustrant et par décence, il faudrait sans retenue, relever de ses fonctions le PDG trop préoccupé par ses propres affaires . Je me suis demandé encore : pourquoi sommes-nous aussi médiocres? Il me paraît pourtant si facile de réduire à 2 jours cette opération voire permettre aux clients de l’effectuer eux-mêmes par internet.            

2/ J’ai donc conclu que cette situation satisfait à des intérêts occultes qui ne souhaitent ni traçabilité, ni modernisation, ni usage automatisé par les clients.         

Quant à l’octroi de crédits d’investissement pour des entrepreneurs privés qui affichent probité et sérieux entre l’étude du dossier, la levée des réserves, l’obtention des garanties et les visites de site ou chantier, il se passe souvent 12-18 mois et cela pour des montants de 100-300 MDA avec un apport de 30%. Malgré des délais étalés, il reste que les ratios sont respectés. En revanche je lance une alerte sur le clientélisme qui règne depuis au moins 30 années. Le «crédit téléphonique» est une pratique courante. Cette technique repose sur une main mise du pouvoir sur le processus de désignation des cadres dirigeants des banques publiques. Les PDG et les directeurs du crédit aux privés (PME/PMI) sont choisis pour servir ceux qui les nomment et qui les soutiennent. 

Il faut savoir que des procédures internationales de sauvegarde exigent d’observer des ratios précis pour l’octroi de crédits. Par ailleurs des audits internes et surtout externes  des banques doivent par des inspections à la fois continues et inopinées, permettre d’exercer un contrôle en matière d’engagements. J’ai personnellement pratiqué dans le passé des audits externes dans des banques publiques et me suis rendu compte à quel point les banques nationales sont infiltrées par des forces occultes qui brisent tous les verrous des règles prudentielles et de protection.

Ainsi, l’opinion publique atterrée  découvre à posteriori, l’usage frauduleux de l’argent public dans des scandales insupportables pour le Hirak à l’instar de Khalifa bank, Tonic Emballage , ETRHB et bien d’autres. Le constat est là : Des crédits faramineux sans garanties, des transferts importants en devises qui traversent les verrous de nos banques publiques puis ceux de la Banque d’Algérie, passés sous silence et en force, avec de nombreux consentements et complicités.               

3/ J’ai donc conclu que cette situation satisfait à des intérêts occultes qui ne souhaitent ni  compétences ni transparence ni respect des procédures, ni règles prudentielles, ni textes de loi.  

En évaluant le professionnalisme, la qualification et la performances des structures du Ministère des finances, on mesure (FMI, BIRD, Agences de notation financière) la cotation de l’Algérie toute entière et de sa bonne gouvernance : 

Bonne (3A2A1A), moyenne (B,C) ou médiocre (D). 

Si je situe l’Algérie à la 3ème position ce n’est pas par dénigrement mais par objectivité. En revanche ma conviction de pouvoir rapidement faire basculer notre pays à la position médiane m’ouvre une fenêtre d’optimisme du fait que nous disposons de compétences en Algérie et à l’étranger. Mais les  compétences n’ont jamais été recherchées chez nous, c’est bien plus l’allégeance qui prime. Les banques étrangères sont installées chez nous, bien plus pour transférer des devises (commerce international) que pour booster les investissements, ni même apporter de l’expertise. Pour caricaturer notre système bancaire : Les banques étrangères pompent nos devises et des banques publiques sont au service des apparatchiks du pouvoir : Pourquoi s’étonner alors du constat d’une pénurie de devises et de dinars ? 

Le Ministère des finances avec ses structures et la Banque d’Algérie ont ensemble ruiné l’Algérie.

4/ J’ai donc conclu que cette situation satisfait à des intérêts occultes qui ne souhaitent ni injection de compétences ni transparence ni rupture ni changements.  

En conclusion, comment convaincre les Algériens d’un engagement de rupture avec le système ?

A ce jour rien n’a vraiment changé dans les pratiques, dans les procédures, dans les nominations aux postes clés, dans les mécanismes, dans les opérations. On s’habitue à observer sans révolte,  un directeur de crédit aux privés d’une banque publique passer PDG de cette banque puis gouverneur de la Banque d’Algérie et enfin ministre des finances.

Voici le système bancaire algérien passé sous rayons X. Plus on sert les intérêt de la 3issaba, plus on progresse et mieux on s’impose. L’opacité a toujours régné: Aucun bilan des fraudes cumulées, aucun audit sérieux, aucun schéma directeur de rupture, aucun recours international de rapatriement des fonds détournés, aucune procédure d’assainissement annoncée,  aucune nouvelle mesure de prévention et de protection de l’économie nationale permettant d’entrevoir une lueur d’espoir pour pallier à une descente aux enfers. 

Le Hirak s’interroge : Vont-ils cesser de parachuter des fonctionnaires et des PDG incompétents aux postes clés pour les servir et sans scrupules, tourner le dos au Hirak ? Vont-ils faire passer en pertes et profits des dizaines de milliards de US dollars sur le dos du peuple aussi facilement ? Vont-ils surimposer les simples citoyens pour rembourser les deniers publics dilapidés ?

Les algériens ne croient plus aux promesses, aux déclarations apaisantes et ne se sentent nullement  représentés ou protégés et ce, ni par l’Etat, ni par les assemblées élues locales ou nationales, ni par les syndicats. Vont-ils rendre public la situation réelle de notre économie et un compte rendu précis de l’ensemble des malversations opérées ? Vont-ils associer le Hirak aux prises de décisions décisives qui engagent à long terme notre pays ? Vont-ils revoir nos relations internationales pour le seul intérêt de l’Algérie ? 

Autant de questions si légitimes, qui restent aujourd’hui sans réponses. C’est pourquoi le Hirak continue et ira en s’amplifiant pour exiger de suite, des actions salvatrices pour notre économie, une transparence totale dans les engagements de l’Etat, l’avènement d’authentiques représentants élus du peuple et d’une justice indépendante. 

Cependant, ne soyons pas naïfs, la aïssaba (la bande) est toujours présente, tout le monde le sait et le voit. Bien qu’affaiblie, elle peut renaître très vite et reconstituer son réseau comme un cancer avec ses métastases. Pour le moment, ceux favorables au 5 ème mandat sont encore là, à l’affût et : ils persistent et ils signent !  

Auteur
Dr Liès Goumiri