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Il s'est éteint hier

Nounou !

Il venait de faire un dernier voyage à Alger, un dernier voyage, un dernier livre, un dernier baiser à la mer, une dernière signature, "Nourredine Saâdi, avec mes amitiés", Alger, il ne l'avait pas retrouvée, enfin, pas tout à fait celle qu'il avait laissée vingt-trois ans plus tôt, vingt-trois ans déjà, Dieu que le temps du déracinement passe vite, tu ne vois jamais défiler les jours de l'exil, c'est comme ça, on croit vivre toujours de la brise de la mer jusqu'au jour où l'on réalise que les océans sont conçus surtout pour les départs, non tu ne vois jamais défiler les jours de l'exil, et lui, Nounou, avait essayé de les compter, ces satanés jours de l'exil, il avait intitulé sa chronique hebdomadaire "Bloc notes", la vie des hommes au fil de la semaine, lundi, mardi, mercredi...jusqu'au dernier numéro du Matin, il avait toujours rendu sa copie à l'heure.

Lundi, mardi, mercredi, jeudi...Jeudi, c'est la fin ! On l'appelait Nounou. Il était un éclaireur, un intellectuel exigeant, un homme de conviction qui savait ne pas déraper en homme de propagande, un ami qu'on était content d'avoir sous la main. Il ressemblait à tous ces hommes privés d'un avenir sur leur  terre, il portait le savoir avec humilité et élegance et n'ignorait pas que l'instruction, dans nos contrées, n'appartenait pas à ceux qui la portent mais à ceux qui en avaient besoin. Nounou était de ces fils que la terre ne se console pas d'avoir perdu et qui n'a jamais guéri de l'absence de la mère. Comme dit le philosophe, cet exilé, à lui seul, était un peu notre patrie.

M. B.

Noreddine Sâadi a publié « Dieu et le fil » (1996), « La nuit des origines » (2005), « La maison de lumière » (2000). Son dernier roman, « Boulevard de l’abîme », est sorti en octobre dernier à l’occasion du 22è Salon international du livre d’Alger (Sila) auquel il avait pris part.  Noureddine Sâadi s’est également beaucoup intéressé aux artistes algériens en publiant « Koraïchi, portrait de l’artiste à deux voix » (1999),  » Matoub Lounès, mon frère » (1999), « Denis Martinez, peintre algérien » (2003), « Alloula, vingt ans déjà! » , ouvrage collectif publié en 2014, puis  « Houria Aïchi, dame de l’Aurès » sorti en 2013. Il, par ailleurs, publié des essais de sociologie dont « Femmes et lois en Algérie » (1991), « Norme sexualité reproduction » (1996), « Journal intime et politique, Algérie 40 ans après » et « Il n’y a pas d’os dans la langue » (2008), un recueil de nouvelles édité en 2013.Noreddine Sâadi a aussi signé de nombreuses contributions et chroniques dans la presse algérienne et française.  Juriste de formation, le défunt né 1944 à Constantine, a fait des études puis enseigné à la faculté de droit d’Alger.  Il a quitté l’Algérie en 1994 pour s’installer en France où il a enseigné à l’université d’Artois (Nord).
 

Auteur
M.B.