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DEBAT

Nouvelle constitution : l’enjeu principal n’est pas exprimé !

Le président Teboune. Crédit photo : Zinedine Zebar.

Notre présente contribution n’est pas d’entrer dans le débat actuel sur le projet de révision constitutionnelle impulsé par El Mouradia, bien que ce soit encore une nouvelle tentative de légitimation du pouvoir, avec les mêmes pratiques et les mêmes hommes depuis des décennies : après l’usure de l’âge de Mohamed Bejaoui, l’homme des constitutions, Ahmed Laraba a pris le relais.

L’ajout d’un groupe d’experts constitutionnalistes n’est que de la cosmétique pour faire ‘’universitaire’’, donc supposé plus crédible, et mieux faire passer la pilule. Qui ne le sait pas ?

L’immense écart existant entre l’exigence du peuple, depuis bientôt un an, d’une nouvelle constitution pour une nouvelle république et cette ‘’révision constitutionnelle’’ proposée à la hussarde, à boucler dans un délai de deux mois, n’est pas pour calmer la situation.  

Malgré les promesses « de consacrer la démocratie dans le cadre d’un Etat de droit préservant les droits et les libertés des citoyens... », son passage prémédité en force par un simulacre de débat et son adoption par l’assemblée nationale actuelle, totalement discréditée, n’augure rien de bon ; et le pouvoir n’essaie même pas de cacher la supercherie. Dans quel but ?

Ne pas se tromper de pays et… de continent !

La dernière interview à la chaîne 3 d’Ahmed Laraba, coordinateur du comité d’experts, permet de comprendre la stratégie d’évitement des points les plus importants en se focalisant sur l’aspect technique de la constitution qu’aucun pays au monde n’a définitivement réglé : type de gouvernance,  présidentiel ou parlementaire, limitation des pouvoirs du président, équilibre des pouvoirs, séparation de l’exécutif et du juridique, limitation sécurisée des mandats, etc. 

A l’écouter, c’est comme si l’Algérie vivait depuis des siècles une vie démocratique et qu’il s’agissait aujourd’hui seulement d’améliorer l’existant. Terrible supercherie !

Au moment où le peuple algérien projette de construire la nouvelle République, avec une première constitution digne de ce nom, il confirme aussi que tout ce qui avait été fait depuis l’adoption de la constitution sur mesure de Ben Bella au cinéma Majestic (Atlas) en 1963 n’est qu’une suite de manipulations et de ‘’costumes sur mesure’’ pour gouverner contre le peuple. Ce peuple refuse d’être une nouvelle fois spectateur et complice de la forfaiture.

Aujourd’hui l’Algérie n’a pas besoin d’un panel d’experts de rien du tout, si ce n’est leur sélection/nomination pour service rendu, candidats à la file d’attente des postes d’ex-futurs ministres (1). 

Aujourd’hui, l’Algérie revendique l’instauration des conditions réelles de débats ouverts pour penser sereinement le futur du pays et l’élaboration d’une constitution qui supportera le projet commun légitime pour la pérennité de la nation. 

Ceci ne pourra se faire sous le diktat d’un système politique discrédité qui ne conçoit la constitution que comme un instrument de pouvoir, facultatif, bref, un ‘’machin’’ que l’on triture en fonction des événements et des rapports de force.

Pour cela, les aspects techniques sont secondaires par rapport à l’objectif final qui est la Constitution de la République Algérienne. Au lieu de commencer dans la précipitation par le ‘’comment faire’’, il faut d’abord bien clarifier le ‘’que faire’’.  

Il s’agit en premier lieu de définir convenablement cette Algérie (2), son territoire en Afrique du Nord, son histoire, son peuple et ses cultures. C’est bien connu, les précédents textes fondamentaux depuis 1963 ont fait de l’Algérie une province du monde arabe ; et le système politique actuel issu du néo-FLN et du clan d’Oujda, qui privilégie la répression et l’emprisonnement pour garder le pouvoir, n’a pas évolué d’un iota sur ce thème. Il est toujours vassal de l’Orient arabe, de la culture de la ruse, de la force et de la féodalité.

Seule une assemblée constituante, autonome par rapport au système, et libérée du poids des décennies d’arabo-islamisme, qui est une forme d’auto-colonisation, pourra écrire demain les premières phrases de la constitution algérienne, commençant par : l’Algérie est une terre amazighe, africaine et méditerranéenne…

Cette espérance est à la portée du peuple algérien.

Après cela seulement nous pourrons proclamer l’indépendance accomplie, après plus de 20 siècles d’agressions/dominations successives et de luttes populaires incessantes de libération nationale. 

Nos ancêtres qui se sont sacrifiés pourront alors se reposer en paix.

A.U.L.

Notes et liens internet :

(1) Partout dans le monde, dans toutes les villes, il y a des stations de taxis. C’est un métier honorable et utile qui permet la mobilité des citoyens en toute sécurité. Le système politique algérien, lui, a inventé ‘’la station de ministres’’, une file d’attente invisible attendant un poste de ministre, dans laquelle poussent tous les élus/désignés/membres de la noblesse d’État/les mis en réserve/les réquisitionnés/les ex.futurs… qui guettent dans leur coin pendant des années, tout en faisant fructifier leurs affaires en faisant jouer leurs relations, plaçant souvent leur progéniture dans des affaires douteuses, qui ne produisent aucune valeur ajoutée pour le pays et ne dénoncent jamais les injustices commises par ‘’leur amis du pouvoir’’. Ils sont là, attendant le coup de téléphone providentiel pour prendre ou reprendre du service...dû à leur rang. Dans un système politique qui s’est écroulé à l’Est il y a trois décennies, ça s’appelait la nomenklatura. 

(2) « En toute chose, il n’y a qu’une seule façon de commencer lorsqu’on veut discuter convenablement, il faut bien comprendre l’objet de la discussion », Aristote.

 

Auteur
Aumer U Lamara, physicien, écrivain
 

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