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TRIBUNE

Octobre 1988/Hirak 2020 : 32 ans après, le combat pour la démocratie continue

La transition vers une Algérie démocratique et sociale est un combat qui renvoie à des luttes politiques et sociales qui durent depuis l’indépendance. Et Octobre 88 a constitué un moment phare dans l’exigence d’une démocratisation de la vie politique en Algérie.

Depuis trente-deux ans en effet, nous commémorons les manifestations du 5 octobre 1988 qui, malgré une répression d’une violence inouïe, ont touché les régions les plus reculées du pays. Une semaine d’émeutes qui s’est soldée par un lourd bilan : 400 morts, un millier de blessés, des torturés et des mutilés.

Cette contestation a exprimé l’épuisement de tout un peuple soumis à une usure et une dégradation de ses conditions de vie, l'absence de droit à l’expression politique et l'autoritarisme étouffant d'un régime corrompu et dépourvu de tout projet politique clair. Cette quête de droits n’a jamais obtenue que la répression comme réponse. Nos pensées vont aujourd’hui à tous ces martyrs de la démocratie.

Le système a pensé encore une fois pouvoir répondre par la manipulation aux pressions de la rue et offrir l’illusion d’une ouverture démocratique, d’une pseudo-libéralisation de la presse et d’une caricature de multipartisme.

Trente-deux ans plus tard, notre pays se trouve confronté aux mêmes périls, le pouvoir s’étant maintenu dans sa gestion autoritaire et prédatrice. La jeunesse algérienne de février 2019 ressemble étrangement à celle d’octobre 1988.

Elle connaît les mêmes conditions : cherté et précarité de la vie, chômage, el-hogra, bureaucratie, autoritarisme politique, austérité économique, corruption à grande échelle, el-harga… Il existe une continuité historique, une filiation évidente entre les jeunes du Hirak et ceux d’octobre 1988, entretenue par le refus du système algérien de répondre à leur principale revendication : la rupture avec le régime en place et son socle systémique.

L’histoire retiendra qu’une population, jeune et avide de justice sociale et de démocratie, s’est soulevée pour exiger le passage d’une dictature vers un Etat démocratique, d’un pouvoir clientéliste, séparatiste vers une gouvernance soucieuse de l’intérêt général et du bien-être de ses citoyens, d’une justice aux ordres vers une justice indépendante et impartiale. Jeunes et vieux, femmes et hommes, par millions, ont battu le pavé, durant plus de 70 vendredis et mardis, pour réitérer leur détermination à poursuivre la mobilisation jusqu’à l’instauration de cette « nouvelle Algérie ».

Forts des épreuves passées, ces marcheurs et marcheuses ont fait montre de pacifisme. Mais aucune volonté politique ne semble poindre à l’horizon. Les jeunes sont reconduits au désespoir que signifie le statu quo.

C’est encore une fois à une guerre de la société contre elle-même que le système invite les Algériens et les Algériennes, manipulant les mêmes divisions entre berbérophones et arabophones, entre laïcs et islamistes, entre progressistes et conservateurs, entre femmes et hommes.

La fidélité à l’idéal de démocratie et à ceux qui ont donné leur vie exige de nous que le combat continue. Nous résisterons, ensemble et pacifiquement, nous n’offrirons pas de nouveaux cadavres à ce pouvoir enfermé et isolé dans sa surdité.

En tant qu’universitaires et chercheurs, organisés au sein d’une coordination, nous, membres de la CNUAC, et engagés dans ce mouvement populaire qu’est le Hirak, assumerons notre part de responsabilité dans l’engagement et les luttes pour une Algérie algérienne, républicaine, libre, démocratique et sociale.

Enfin, nous appelons les différentes composantes de la société civile à manifester une solidarité sans faille avec la révolution du 22 février 2019 et de s’appliquer à démanteler pacifiquement le système politique -archaïque et autoritaire-, en place depuis l’indépendance. 

Pour une Algérie libre et démocratique

Le 3 octobre 2020