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EXPRESS

Olof Palme: le principal suspect décédé la justice clôt l'enquête

La Suède tourne l'une des pages les plus sombres de son histoire moderne : plus de trente ans après l'assassinat du Premier ministre Olof Palme, la justice a désigné mercredi le principal suspect dans cette affaire, aujourd'hui défunt, mettant un terme à son enquête.

Ce dernier, Stig Engström, un opposant aux idées de gauche d'Olof Palme, est mort en 2000.

"Puisque la personne est décédée, je ne peux pas engager des poursuites, ni l'interroger. C'est pourquoi, j'ai décidé de clore cette enquête", a déclaré devant la presse en visioconférence le procureur Krister Petersson, chargé de ce dossier hors norme depuis 2017.

Olof Palme était un anticolonialiste, un ami de l'Algérie et des peuples opprimés. Dirigeant social-démocrate charismatique, Olof Palme a été abattu sur un trottoir gelé du centre de Stockholm le 28 février 1986, à l'âge de 59 ans, tandis qu'il rentrait à pied du cinéma avec sa femme, sans gardes du corps.

Son meurtrier avait réussi à prendre la fuite, emportant avec lui l'arme du crime, qui n'a jamais été retrouvée.

Interrogé par la radio suédoise, l'un des fils d'Olof Palme, Mårten, a estimé mercredi qu'"Engström (était) coupable".

"Compte tenu de la situation actuelle, je pense qu'il est raisonnable de clore l'enquête", a-t-il poursuivi.

L'actuel Premier ministre suédois, Stefan Löfven, a quant à lui dit espérer que "la plaie (ouverte par le meurtre) puisse désormais cicatriser". "Que le Premier ministre d'un pays soit assassiné est un traumatisme national", a-t-il souligné devant la presse.

"Pas convaincant"

Krister Petersson a reconnu dans un entretien avec l'AFP que "seul un tribunal" pouvait "déterminer la culpabilité" mais s'est dit certain qu'il y avait "des preuves" permettant d'étayer des "soupçons raisonnables" à l'encontre du suspect.

"Pas convaincant", a tempêté Lars Olof Lampers, un journaliste spécialiste des affaires criminelles.

Sur la chaîne publique de télévision SVT, il a estimé que cette décision "était en grande partie une lecture à haute voix des deux livres écrits sur Engström".

Selon lui, la majeure partie de la documentation se fonde sur les éléments de preuve qui existaient depuis le début, aucune conclusion ne peut donc être tirée. "C'est tellement insuffisant et mal exécuté (...) C'est le meurtre de Palme !", a-t-il déploré.

Le procureur a reconnu qu'il n'aurait pas inculpé Stig Engström sur la base des éléments présentés mercredi. "Cela n'aurait pas suffi pour engager des poursuites", a-t-il déclaré au quotidien Dagens Nyheter.

Le nom de Stig Engström, dit "l'homme de Skandia", du nom de l'entreprise pour laquelle il travaillait à l'époque, est régulièrement apparu dans la presse en tant que suspect.

Arrivé parmi les premiers sur les lieux du crime, selon ses dires, il s'était présenté en témoin aussi bien auprès de la police que des médias mais les autorités jugeaient ses déclarations peu fiables car éminemment changeantes. Il avait 52 ans au moment des faits.

Mercredi, le parquet est revenu sur les témoignages accréditant l'idée selon laquelle Stig Engström avait pu commettre le crime. Mais aucun témoin "ne l'a identifié comme ayant été présent sur la scène du crime", d'après le parquet.

Stig Engström, que le procureur a dépeint en homme "fragile", gravitait dans les "cercles critiques de la politique de Palme" et avait également accès à des armes. Il aurait vraisemblablement agi seul selon le parquet, qui n'exclut pas "complètement" l'hypothèse d'un complot.

Manque de sérieux

Pendant l'enquête, la police avait été vivement critiquée pour son manque de sérieux et les pistes hasardeuses qu'elle avait empruntées.

Le soir du drame, elle n'avait pas correctement bouclé la scène du crime, détruisant ainsi de potentielles preuves, une bévue qui hante encore les enquêteurs aujourd'hui.

Homonyme du magistrat chargé du dossier, Christer Pettersson, identifié par la femme d'Olof Palme, avait par la suite été déclaré coupable de l'assassinat en juillet 1989 avant d'être relaxé en appel quelques mois plus tard, pour insuffisance de preuves.

Son témoignage avait aussi été fragilisé par les conditions, entachées d'irrégularités, dans lesquelles il avait été recueilli. Il est mort en 2004.

Lisbeth Palme, la veuve du Premier ministre qui l'avait formellement reconnu, s'est quant à elle éteinte en 2018.

Au fil des années, ont été également soupçonnés, entre autres, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, séparatistes kurdes turcs), l'armée et la police suédoises et les services secrets d'Afrique du Sud - Olof Palme était très critique à l'égard de la politique d'apartheid de ce pays.

Grand orateur, il avait pris position contre la guerre du Vietnam et l'énergie nucléaire. Il avait également soutenu les gouvernements communiste à Cuba et sandiniste au Nicaragua.

L'enquête pourrait être rouverte si de nouveaux éléments apparaissaient.

Auteur
Avec AFP