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OPINION

Où s’arrêtera le harcèlement pour neutraliser le mouvement citoyen ?

Les événements s’accélèrent pour pouvoir faire adopter la nouvelle constitution dans un minimum d’ordre et d’acceptabilité par l’opinion internationale. 

Pour ce faire, le système politique, qui s’habille désormais du costume de la "Nouvelle Algérie", ne recule devant aucun obstacle. 

A la roublardise bien connue et rodée depuis longtemps, il est passé à une vitesse supérieure pour accélérer le harcèlement du peuple et tenter de casser la dynamique populaire de contestation par la peur et la violence.

Les événements de ces dernières semaines montrent une certaine cohérence lorsqu’ils sont mis bout à bout :

- le fichage, les arrestations avec violence (1) et les condamnations tous azimuts de militants du Hirak/Amussu, partout sur le territoire national et dont le procès Khaled Drareni est révélateur de la décrépitude de la justice aux ordres.

- la mort de l’avocat Tarek Zeddam à Bordj Bou Arréridj, heurté par une voiture non identifiée, un acte qui ressemble trop aux coups tordus de la police politique.

- L’agression physique contre Ferhat Mehenni à Paris...

Et demain, ça sera le tour de qui ?

La stratégie du système est justement dans cette question pour arriver à un but prédéterminé : inhiber l’action de contestation populaire pour la neutraliser et casser la dynamique de mobilisation et mener en parallèle les règlements de comptes entre clans opposés et concurrents. La recette est connue, quand on s’éreinte pour faire libérer les prisonniers politiques, solidarité oblige, on n’avance pas vite.  

La stratégie de neutralisation par encerclement est diversement appliquée dans les relations internationales comme dans les politiques intérieures. Il s’agit de multiplier les petits conflits à la marge, sans grands dangers, tout en se focalisant sur la stratégie principale pour la faire avancer dans le flou général.  Ce que fait actuellement la Russie de Poutine et la Turquie de Erdogan au Moyen-Orient, en Méditerranée orientale et en Libye s’inscrivent dans cette ligne d’attaque.

Au niveau de la politique intérieure, l’usage de cette stratégie d’inhibition par l’Algérie est typique de la reprise en "mode dégradé" (incompétence atavique propre aux pays du tiers-monde ?) de solutions déjà éprouvées dans d’autres pays avec un certain succès.

Il ne s’agit pas ici de donner des solutions au système et ses hommes du comment ‘’pacifier’’ le pays efficacement, pour reprendre la formule de l’Algérie coloniale, mais de montrer le caractère sous-développé de ceux qui sont délégués pour mettre en œuvre cette stratégie, et finalement mener le pays… vers le mur.

Cette vision à court terme, qui tient plus de la tactique que de la stratégie peut être schématisée par l’objectif unique que l’ont peut résumer  : "faire passer en novembre cette nouvelle constitution, coût que coûte. Après cela, on avisera’’.

Le premier aveuglement qui apparaît est l’insistance à garder et utiliser le parlement actuel qui plombe toute légitimité de la future constitution, approuvée par les députés-acheteurs de leur mandat. Aussi, le refus de mettre le sigle FLN au musée, comme patrimoine national, qui est actuellement la revendication la plus partagée par les Algérien(ne)s, est un indicateur de la fourberie dominante : ce qui compte c’est de maintenir à portée de main tout ce qui pourrait être utile pour se maintenir au pouvoir. Qu’importe le coût politique pour la nation.

Le grenouillage actuel par des décisions brouillonnes chaque matin (emprisonnements et libérations en catimini de généraux, redistribution des postes consulaires aux nouveaux clients, création de commissions d’enquêtes à tout va sans jamais de résultats des précédentes, etc.) ne sert qu’à installer un climat de stress calculé pour maintenir le statu quo et pouvoir passer le cap de la nouvelle constitution. Comme en mars 2019 (le célèbre échange capté sur le portable entre Sellal et Haddad), nous aurons peut-être droit à un conciliabule qui sera capté par hasard sur le téléphone de l’un des décideurs actuels : « pourvu que l’on tienne jusqu’au 1er novembre ! ».

Le sentiment d’impunité de ceux qui détiennent le pouvoir les pousse vers la mauvaise voie, celle de l’excès et de instrumentalisation de la justice et de la violence. Le rappel des multiples cas de violence cités plus haut sont là pour alerter, comme ils sont malheureusement annonciateurs d’autres dépassements à venir. 

Un fait est certain, il n’y a pas une stratégie d’État, mais celle d’une mafia d’État, d’un clan, quel que soit le discours d’habillage utilisé. 

D’autres pays dans le monde, dans leur descente aux enfers pendant des années, sont arrivés aux stades des massacres de masse et des escadrons de la mort. Ils ne s’en sont jamais sortis totalement. Est-ce la voie que trace ce pouvoir ?

Quant à cette constitution triturée dans laquelle "l’Algérie est une terre arabe...", ils l’adopteront seuls, entre eux, sans les Algériens. 

A.U.L.

Notes :

(1) Un officier de police algérien à un manifestant pacifique arrêté : "Maintenant qu’il n’y a plus de presse étrangère, grâce au Covid, on va s’occuper de vous" (rapporté par des médias).

Auteur
Aumer U Lamara, écrivain