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DISSIDENCE CITOYENNE

Parole de marcheur pacifique : calme, conviction et fermeté !

Ceux qui détiennent le pouvoir aujourd’hui devraient quitter leur citadelle blindée, leur tenue kaki ou léopard et descendre de leur piédestal pour se mêler au peuple d’Algérie, écouter et sentir l’engagement de tout un peuple pour un renouveau national.

Ce n’est pas de la littérature. Les Algériennes et les Algériens marchent la tête haute, le ton généralement calme mais ferme sur les revendications. Ils veulent reprendre leur pays, le libérer comme ils le disent explicitement. Un poème de 1956 des femmes d’At Dwala avait déjà tracé le chemin : "Nous libérerons notre pays des griffes du ‘’renard’’, nous le gouvernons nous-mêmes / car nous avons tant peiné pour ce pays)" (1).

Lors de la marche de ce vendredi à Bgayet / Bejaia, une communion particulière rassemblait les marcheurs. ils ne veulent pas être complices des relais du pouvoir recrutés dans leur région pour manipuler le dialogue national, polluant le vrai, celui souhaité par tous, avec des femmes et des hommes non impliqués dans le système ; ils répétaient inlassablement :

"Karim Younes est avec les voleurs ! Pas de dialogue avec la issaba (le clan, ‘’la bande au pouvoir’’) !".

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A Bgayet, le 2 août.

La réponse populaire est ainsi donnée à Bgayet, comme dans toutes les régions du pays, à ce dernier simulacre de dialogue avec des acteurs au garde-à-vous, se reniant déjà avant de commencer.

Un slogan particulièrement poignant ne souffre d’aucune ambiguïté sur la position générale : "Négocier derrière le dos du peuple, c’est trahir le sang des martyrs".

Ne pas tomber dans le piège de la violence

Tout au long de la marche, les citoyens s’expriment avec une facilité extraordinaire, après un simple échange ; il n’y a plus la peur du ‘’flic en civil’’. 

L’idée commune répétée par beaucoup est martelée avec une gravité et une solennité de fer : « il y a encore des moyens de luttes pacifiques pour faire partir ce système, il ne faut pas tomber dans le piège de la violence… ne donnons pas le sang de nos enfants aux généraux, ne leur donnons pas le prétexte de sortir les chars car ils ne savent faire que cela… n’entrons pas dans leurs guerres de clans.. laissons-les s’éliminer entre eux...continuons notre combat qui sera peut-être long mais sûr... ».

Oui, les généraux, les sous-généraux et les conseillers de l’ombre qui manipulent les concepts, retournent les slogans au profit du système, et polluent les réseaux sociaux, devraient marcher à côté des Algériennes et des Algériens pour s’imprégner de cette ferveur réelle pour une Algérie meilleure. 

Chacun porte une part d’Algérie dans son coeur. Un vœux pieux ? 

A.U. L.

Notes :

(1) Ad nekkes tamurt i yizirdi / Ad tt-nehkem nekkni / Atas i naâtteb fell-as…

Poème de résistance féminine de 1956 (in. Lgirra n 1954-1962 di tmedyazt n tilawin, Ramdane Lasheb, éditions Achab, Tizi Ouzou 2014). Le renard, c’était le capitaine de l’armée française Oudinot, responsable de la SAS 1956-1961 aux At Dwala. Un tueur, ancien d’Indochine, qui a massacré et tué des centaines de villageois.

Auteur
Aumer U Lamara, physicien, écrivain.
 

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