Aller au contenu principal
Body

POLLUTION

Plage de Ténès : des produits chlorés tombés entre des mains irresponsables

Que s’est-il passé il y a quelques jours sur la plage de Ténès ? Quelle est la cause manifeste et qu’aurait-il fallu faire ? Pour en savoir plus sur ce malheureux évènement, il faudrait examiner le tréfonds de la conclusion de l’enquête qui a omis de jeter un coup d’œil dans l’angle mort.

Se rafraîchir sans y laisser sa peau

En date du 4 juillet 2021, près de 200 baigneurs et intervenants d'urgence ont été victimes d'intoxication aiguë par un gaz délétère. Les symptômes révélés par la presse sont associés à l'exposition au chlore ou aux chloramines. Cet état d'urgence sanitaire a nécessité le transfert du public cible vers les milieux hospitaliers pour un placement sous surveillance médicale accrue. Il s'agit bel et bien d'une intoxication collective par un agent chimique connu et reconnu pour son pouvoir désinfectant et pour sa redoutable menace (une concentration de 10 ppm signifie un danger pour la vie et la santé). Sans l’ombre d’un doute, un baigneur s'attend à ce que l'eau de la plage soit salubre. Peut-on se laver les mains du suivi de la qualité des eaux de baignade ?

Naturellement, il n'est pas question de se décharger de cette obligation visant la protection des personnes et des milieux naturels. Pour ce faire, il suffit de mettre en place un réseau de surveillance de la qualité de l'eau des plages et pourquoi pas un bulletin d'information « grand public ».

L’overdose de chlore fait froid dans le dos    

L'enquête a porté sur l'échantillonnage après coup, de l'eau de mer. La piètre qualité de cette eau a été mise en évidence. Toutefois, l’échantillonnage de l’air semble dans l’angle mort malgré que l’intoxication fût par voie d’inhalation. Autrement dit, nager dans une eau chlorée affecte plus le système cutané que le système respiratoire alors que l’inhalation du chlore peut constituer un danger immédiat pour la vie. L’investigation a déterminé une cause à l’origine de la pollution marine : « L’usage excessif de produits chlorés, dans le cadre d’une opération de traitement par la commune, des eaux d’Oued Boufsousa, pour la lutte contre les M.T.H. ».

Existe-t-il d’autres sources d’émission de produits chlorés dans l’écosystème marin qui ont aggravé la situation? Si la station de dessalement de l’eau de mer de Mainis ne neutralise pas sa saumure avant son rejet en mer, elle fait partie du problème. Une chose est certaine : il y a eu un dépassement alarmant des valeurs limites des rejets du chlore actif en mer  qui est de l'ordre de 1 mg/l.

Oued Boufsousa : un cours d’eau ou un égout à ciel ouvert ? 

Le moins que l’on puisse dire est que la chloration des oueds est un non-sens. Le bon sens reste la chloration puis la déchloration des eaux usées passant à travers une station de traitement. À moins d'avis contraire, oued Boufsousa est un cours d'eau et non pas un égout, autrement dit, c'est un milieu où règne une vie aquatique. le déversement de produits chlorés dans cet oued est préjudiciable à la faune, à la flore et en bout de ligne à la santé publique. cette pratique non conforme qui échappe au contrôle, constitue tout bonnement un manquement à la sécurité et une atteinte à l’environnement.

À quoi bon d’apposer les avertissements de danger sur les produits contrôlés

Par l'usage du chlore désinfectant à tort et à travers, la lutte contre les M.T.H s'est rendu très loin, au point de nuire à la santé publique. Il est bon de savoir que le contenant d'un produit chloré  comporter au minimum 2 pictogrammes (étiquettes) à savoir : la tête de mort, pour dire que c'est très toxique et le  poisson mort avec l'arbre sans feuille, pour signifier que c'est très toxique pour les organismes aquatiques. Ces deux mentions de danger nous interpellent pour éviter le rejet du produit dans un cours d'eau: une obligation légale à respecter.

Pour faire court, le pollueur de oued Boufsousa a porté atteinte à la quintessence de la préservation de l'environnement par la banalisation du chlore désinfectant. Il doit être tenu responsable et imputable de ses actes. 

 

Auteur
D. Gaham