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REGARD

Police et personnel de santé, le coronavirus ou le “Coran-à-virus”

En Algérie comme ailleurs, les parents pauvres de l’outillage professionnel sont à l’évidence les techniciens du secteur de la santé.

Les centres hospitaliers algériens sont, comme chacun le sait, dans un état de décrépitude avancée. Aucun hôpital public ne peut se targuer d’être dans une conjoncture normale, non pas au vu des standards internationaux mais au modèle le plus bas que nous puissions imaginer.

Tout ce qui concerne la réception des patients, les salaires des exécutants, le matériel médical totalement obsolète, le ménage des chambres, la peinture des murs de l’établissement, rien, absolument rien ne peut satisfaire le patient le moins exigeant. Il y en a même qui préfèrent mourir chez eux dans d’atroces souffrances que d’être mis dans une sorte de placard plein de mites et de cafards gros comme une balle de base-ball.

Il est évident que les premières mesures à prendre aujourd’hui seraient que l’hôpital soit mis au centre des préoccupations des autorités de l’État. Ce secteur devrait être, avec celui de l’enseignement, dans les éléments cardinaux dont l’administration devrait s’occuper en priorité. Résultat, ce ne sont ni les universités ni les hôpitaux qui obsèdent le gouvernement actuel comme tous les gouvernements passés mais le nombre de mosquées incalculables qui ont été construites en Algérie en l’espace de ces dernières décennies.

Le comble a été atteint il y a quelques jours à Sidi Bel Abbès lors d’une cérémonie de remise de centaines d’exemplaires du Coran par la police aux membres du corps médical du centre hospitalier de cette ville de l’Ouest.

La première question que tout esprit logique doit se poser à la lecture de cette nouvelle ahurissante, c’est la cohérence de cette remise des prix : qu’est-ce que des commissaires ou des inspecteurs de police ont à voir avec des médecins ou des infirmiers ? Ensuite, pourquoi des exemplaires du Coran et non pas des cartons de seringues, de thermomètres frontaux indispensables en cette période de coronavirus ou de stéthoscopes ?

La police algérienne qui a combattu vaillamment contre les terroristes lors de la décennie noire a-t-elle cédé aux sirènes des islamistes du FIS en 2020 ? 

L’Algérie, comme tous les autres pays, a besoin de scientifiques pour vaincre la pandémie et pas de charlatans venant des confins de l’ère troglodytique la plus obscurantiste.

Il est vraiment grand temps que les ministres de la Santé et celui de l’Intérieur sachent que les cérémonies de vaudou et de magie noire ne sont pas capables de venir à bout du Covid-19, pas plus que les incantations coraniques.

Voilà qui est dit !

Auteur
Kamel Bencheikh, écrivain